Lettres de lady Montague; chap
un assez bon spécimen de leur langage hyperbolique.
Ode de Djami sur les cheveux de sa maîtresse.
« O toi qui as enlacé mon cœur dans le réseau de tes boucles, le nom seul de ta chevelure ondoyante est devenu un piège pour les cœurs. O toi dont les tresses me retiennent captif, c’est un honneur pour ton
Micht. Boucles d’oreilles égyptiennes.
esclave de porter de si douces chaînes. Quel autre voile s’unirait mieux aux roses de ton teint que tes cheveux noirs comme l’aile du corbeau et suaves comme le musc? L’oiseau fuit le lacet du perfide chasseur, mais mon âme troublée se débat avec délices dans les filets de ta chevelure. Ses boucles habitent une région plus élevée que celle de la lune, et c’est de leur profonde nuit que se lève l’aurore de la félicité pour Djami ton esclave. »
Les Orientaux attachent d’autant plus de prix aux cheveux de leurs femmes, qu’ils se privent eux-mêmes de cet ornement. Les Turcs se rasent la tête complètement , à l’exception d’une longue mèche au sommet
par laquelle l’ange Azrael doit les saisir au moment de la mort, pour les porter à leur dernière demeure.
Les Persans se rasent depuis le front jusqu'à la nuque, laissant de chaque côté une forte mèche de cheveux qui déborde du konla et retombe en frison sur le cou.
En revanche la barbe est pour les Orientaux l'objet des plus grands soins, et, suivant en cela, comme en beaucoup d’autres choses, l’exemple de leur prophète, ils ne la coupent jamais. Les plus scrupuleux même étendent un mouchoir au-dessous de leur batbe quand ils la peignent et ramassent soigneusement les poils tombés, qui les accompagnent au tombeau.
Le musulman jure par sa barbe ; c’est pour lui le serment le plus solennel ; ses femmes et ses enfants lui baisent la barbe en l’abordant comme signe de respect. Les esclaves seuls ont le menton rasé ; traiter ainsi un homme libre seraitjle plus grand des affronts.
Les Persans sont célèbres pour la beauté de leur barbe, aussi le dellâk ou barbier est-il un important personnage. C’est lui qui la peigne, la lisse, la parfume; et lorsque l’âge vient entremêler le noir de jais de quelques fils
d’argent, c’est encore lui qui sait, au moyen d’une habile mixtion d’indigo et de henné, dissimuler les ravages du temps et donner à la barbe une magnifique nuance d’aile de corbeau.
Nous donnons comme spécimen des magnifiques barbes persanes le portrait de Feth-Ali Schah, grandpère du Schah actuel ; ce dernier ne suit pas à cet égard les traditions de famille, car il coupe presque à ras sa barbe, qui sans cela atteindrait sans nul doute les proportions de celle de son aïeul, à en juger par la longueur de ^es moustaches.
Le dellâlc du grand schah Abbas devint assez riche pour faire bâtir à ses frais un très-beau pont qui porte encore son nom, et celui auquel est confié le soin de la barbe du souverain actuel s’est élevé récemment un magnifique palais à Téhéran, non loin de celui de son maître.
Chap. VIII.