CHAPITRE VIII
l’extrême orient
'est maintenant vers l’extrême Orient que nous dirigerons nos pas dans notre progression qui deviendra géographique plutôt que chronologique, car nous trouverons dans ces contrées une civilisation antérieure à celle de la plupart des nations dont nous nous sommes occupé jusqu’à présent.
Certains auteurs, il est vrai, prétendent que les Babyloniens, à l'apogée de leur puissance, envahirent les Indes et leur enseignèrent le culte des arts ; d’au-
très veulent que ce soit le grand Sésostris, à la tète d’une flotte égyptienne, qui ait civilisé ce pays. Il est toutefois probable, d’après les traditions et les anciens monuments du peuple indou, qu’il fut plutôt le devancier que l’imitateur de ses voisins.
Sans invoquer l’histoire de Bacchus, entourée des nuages de la Fable, nous pourrions citer les expéditions de Darius Hydaspe et d’Alexandre le Grand, qui trouvèrent les Indous arrivés à un aussi haut degré de perfectionnement que leurs conquérants.
Dans un pays comme les Indes, où abondaient les épices les plus aromatiques et les fleurs les plus suaves, et où le tempérament sensuel des habitants les portait à rechercher toutes les jouissances physiques, il est permis de supposer que l’uSage des parfums fut autant répandu dès la plus haute antiquité qu’il l’est encore de nos jours.
La mythologie indienne reconnaît cinq ciels, chacun présidé par un de leurs dieux supérieurs. Celui de Brahma, nommé bràhma-loka, est situé sur le mont Méru, ceux de Vichnou, de Chiva, de Kuvera et d’Indra sont sur les sommets de l’Himalaya. Tous ces paradis sont remplis de fleurs et de plantes odoriférantes; c’est dans celui de Brahma que se trouve le champac blep, cette unique variété de l’espèce généralement jaune 1 qui sert aux jeunes Indoues à parfumer et orner leur chevelure.
i. Michelia Champaca.
L’EXTREME ORIENT
Le ciel d’Indra contient une fleur encore plus remarquable, le camalata, dont les corolles rosées répandent une odeur exquise, et ont en outre le don d’accorder à ceux qui la possèdent tout ce qu’ils désirent.
Aux Indes, comme partout ailleurs, nous trouvons les parfums employés d’abord aux rites religieux. Les Védas ou livres sacrés, dont on fait remonter l’existence à mille cinq cents ans avant Jésus-Christ, prescrivaient en l’honneur de la Trinité indienne ou Trimourti, composée de Brahma, Vichnou et Chiva, des sacrifices de bois odorants brûlés aux quatre points cardinaux.
Un poème sanscrit intitulé Sakountald ou VoAnneau perdu, écrit par Kâlidâsa sous le règne de Vikramâditya I er , il y a quelques deux mille ans, décrit ce genre de sacrifices. Kanwa,père de Sakountala et chef des ermites, allume un de ces bûchers, qu’il arrose d’un onguent consacré et qu’il entoure d’une herbe nommée Icousa 1 en s’écriant :
Saintes flammes, flammes mystiques,
Vous qui montez de nos autels En nuages aromatiques Vers le séjour des immortels;
Flammes que l’herbe consacrée Entoure d’un cercle divin,
Purifiez ma fille adorée.
Jamais je ne vous prie en vain 2.
De même que les Grecs et les Romains, les Indous