‹ Le livre des ParfumsChapitre 38 sur 71 · JO · texte numérisé non relu

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cosmétiques, nous trouverons chez ces enfants de la nature de bizarres « maquillages » et de fantastiques coiffures à signaler, ce qui rentrera parfaitement dans notre cadre. En effet, la beauté est chose de pure convention. Le nègre pur sang est aussi fier de sa peau d’ébène que l’Anglaise de son teint de lis et de rose ; à ses yeux, la pâleur de l’Européen n’est pas moins disgracieuse que ne le sont pour nous les cheveux blancs et les yeux rouges de l’albinos.

Il en est de même des ornements auxquels le sauvage a recours pour augmenter ses charmes naturels ; ce qui l’embellit à ses yeux l’enlaidit encore aux nôtres, mais lequel a raison? Le dandy Botocudo étalant crânement la rondelle de bois qu’on lui a insérée dans la lèvre inférieure, en en augmentant chaque année le diamètre, est-il après tout plus absurde que ne l’était le petit-maître poudré du siècle dernier, dissimulantsa chevelure juvénile sous les apparences de la vieillesse? L’anneau que l’Indien porte au nez peut avoir certains inconvénients pratiques ; mais sous d’autres rapports a-t-il moins sa raison d’être que ceux dont nos élégantes chargent leurs oreilles? Tout cela est affaire de goût, et qui osera se poser en arbitre infaillible dans une question si sujette aux changements?

Que ceux qui croient que notre goût doit toujours servir de type à celui des autres veuillent bien consulter les journaux de mode qui ont paru il y a trente ou quarante ans, et ils trouveront certainement du dernier ridicule les ajustements qui faisaient les délices de

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l’époque; de même, nous pouvons nous attendre à ce qiie nos modes actuelles paraissent tout aussi outrées à nos petits-enfants.

C’est en Afrique que nous rencontrerons le plus d’excentricités en fait de toilette, par la raison que c’est de tous les continents celui qui a eu le moins de civilisation indigène et qui a été le moins envahi par les Européens.

Les Africains font grand usage de pommades, avec lesquelles ils s’oignent non-seulement la tête, mais le corps entier. Nous avons déjà observé cette coutume chez les anciens Égyptiens et même chez les Grecs et les Romains. Chez tous les peuples peu vêtus et exposés aux ardeurs du soleil, c’est pour ainsi dire une nécessité hygiénique, car cet enduit graisseux les protège contre les rayons solaires, par le même principe qu’une cuisinière empêche, en l’arrosant, son rôti de brûler. Outre l’utilité qu’ils leur reconnaissent sans doute, ces onguents ont aussi pour eux un but d’ornement, car ils sont aussi fiers d’une peau brillante de graisse qu’un rustre endimanché peut l’être de ses bottes vernies, et on ne peut pas faire un compliment plus flatteur à une de leurs femmes que de lui dire qu’elle est « dodue et luisante. »

Ces pommades ont pour base diverses matières oléagineuses qui abondent en Afrique, telles que les huiles de coco, de palme et d’arachides, et une espèce de beurre nommé cé, qui se fabrique en pilant dans un mortier et en faisant bojuillir dans l’eau le fruit

d’un arbre qui croît sur la côte occidentale. On les aromatise au moyen d’herbes ou de bois indigènes; mais, au dire des voyageurs, leur odeur est souvent

Toilette d’un Fiancé, Fernando-Po.

plus singulière qu’agréable; ce n’est pas toutefois la force qui manque à ces arômes, car M. Hutchinson parle dans ses voyages d’une pommade nommée tola. en usage dans la province de Fernando-Po, et dont

l’odeur est si pénétrante qu'on reconnaît à quelque distance l’approche d’un village aux émanations qu’apporte la brise.

Nous empruntons au même auteur la description suivante de la toilette d’un fiancé de cette contrée : « Devant une petite hutte appartenant à la mère de la fiancée, je reconnus bientôt l’heureux époux qui, livré aux soins de sa future belle-sœur, traversait toutes les phases de la toilette de rigueur. L’opératrice, une pipe noire et courte à la bouche, commença par lui ceindre le corps, ainsi que les bras et les jambes, de bandelettes de tshibbu, puis elle se mit à l’enduire partout de pommade de tola. Le fiancé ne paraissait pas très-pénétré du bonheur qui l'attendait; il tournait de temps à autre des regards sombres vers un morceau d’igname, en forme de cœur et orné d’une plume de perroquet, qu’il tenait à la main. Cet objet, qu’on nomme ntshoba, est considéré comme un talisman pour éloigner toutes mauvaises influences dans ce jour solennel. »

Ce mode d’embellissement n’est pas, du reste, réservé aux hommes, car voici ce que dit M. Hutchinson de la fiancée : « Pliant sous le poids de ses anneaux, de ses guirlandes et de ses ceintures de tshibbu, la fiancée avait, grâce à son vernis de pommade de tola, l’apparence d’une momie exhumée, sauf sa figure, qui était d'un blanc mat, non par excès de modestie, car les nègres n’ont pas l’habitude de pâlir, mais par suite d’un enduit qu’on lui avait appli-

qué comme symbole de pureté. Aussitôt qu’elle fut en dehors des palissades, on compléta sa toilette nuptiale en lui plâtrant tout le corps de blanc. »

On voit qu’à défaut de la fleur d’oranger, ces peuples ont su trouver un charmant emblème de la circonstance; malheureusement l’enduit finit un jour par s’écailler, et, à mesure que le fond noir se révèle, les illusions s’envolent.

Les pommades, telles que nous les avons décrites, forment à peu près toute la parfumerie qu’emploient les Africains occidentaux ; dans quelques parties, cependant, on recherche les herbes aromatiques pour purifier l’air des cases. Les femmes du Bakwani ramassent des racines odorantes, qu’elles portent sur elles renfermées dans de petites écailles de tortue. On fait aussi un savon avec les cendres de la plante nommée

A salsola, mais l’usage en est fort limité.

Quelques peuplades se servent du kohl égyptien pour se noircir les paupières, quoiqu’elles ne paraissent guère en avoir besoin. L’illustration ci-contre représente un étui à kohl fait de peau d’antilope, qui nous a été rapporté Étm à kohl africain. D’Afrique par M. Simmonds ; la partie ronde contient le fard qu’on applique avec le manche,

qui est mobile. A côté on voit une épingle à cheveux.

La côte orientale de l’Afrique se sent du voisinage des Indes et de l’Arabie, et les parfums y sont plus variés qu’à l’ouest. La haute Egypte a conservé quel-

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ques vestiges des goûts de ses anciens habitants, et les aromates y sont fort en honneur. Le musc pour parfumer les vêtements et le kohl pour noircir les paupières forment une partie indispensable des présents qui doivent être envoyés à une jeune fille par son fiancé, et ce dernier, avec une louable sollicitude pour les intérêts de la communauté, se tient pendant quelques . jours après l’accomplissement du mariage sur une natte à la porte de la mosquée, montrant ses présents sur un plateau et sollicitant les aumônes des fidèles.

Une coutume non moins singulière accompagne les préparations du mariage. La veille de la cérémonie, on trace sur le corps de la fiancée, au moyen de pommades colorées en diverses nuances, un palmier chargé de fruits et entouré de serpents : cette figure symbolique se nomme le Jardin du fiancé.

Le consul Pethericlc, dans son intéressant ouvrage sur l’Egypte, le Soudan et l’Afrique centrale, décrit ainsi une autre bizarrerie qui est particulière à la Nubie. Se trouvant un jour à Berbera, ville située dans ce pays, et ayant demandé un bain, il fut fort surpris de voir entrer une négresse portant un bol et une tasse pour tout appareil balnéatoire. Le bol contenait de la pâte à faire le pain, et la tasse, de l’huile aromatisée avec des racines. On commença par lui pétrir tout le corps avec la pâte, ce qui le nettoya parfaitement, puis on le frotta avec l’huile pour donner de l’élasticité aux membres. Cette opération, qu’on appelle dilka, est en grande faveur chez les naturels, et M. Pe-

therick dit en avoir éprouvé beaucoup de bien-être; il attribue même à cet usage l’absence complète de maladies cutanées chez ces peuples, et croit que cela les met à même de braver les vents piquants de l’hiver, quoique étant fort légèrement vêtus.

Dans le Soudan, ce mode assez original de bains se remplace par des fumigations aromatiques. Dans un trou creusé auprès du lit, on place un pot de terre dans lequel on fait brûler un bois de senteur nommé tulloch. Les naturels s’assoient au-dessus en se couvrant d’une épaisse couverture et restent exposés pendant dix minutes aux nuages odoriférants qui leur causent une transpiration abondante et exercent, à ce qu’ils croient, une action tonique et bienfaisante sur la peau. Les belles du pays, qui font un usage fréquent de cette fumigation, finissent par être couvertes d’un émail parfumé qu’elles considèrent comme un de leurs principaux attraits.

Dans le Dar-Fûr on consomme une assez grande quantité de parfumerie qu’on tire de l’Egypte; elle se compose principalement de kohl, d’une mousse aromatique nommée rhéa, d’une sorte d’absinthe qu’on appelle shé et du dufr, coquille d’un poisson qu’on trouve dans la mer Rouge. Cette dernière substance pourrait bien être la même que l’onyx des Hébreux dont il est parlé au chapitre ni de cet ouvrage.

En pénétrant plus avant dans l’intérieur, nous trouvons une espèce de pommade plus ou moins parfumée que les naturels conservent dans des œufs

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d’autruche et dont ils s’enduisent à profusion. Le grand genre est de s’en mettre un morceau sur la tête et de le laisser descendre en fondant sur tout le corps. D’autres tribus s’appliquent cette pommade au moyen d’une plume d’autruche, qu’ils portent sur eux renfermée dans un étui composé d’une corne de buffle.

Le dessin que nous donnons ici de ce singulier article de toilette est emprunté au curieux musée ethnologique que possède M. S. H. Berthoud,et qu'il a fort obligeamment mis à notre disposition. C’est probablement l’unique spécimen qui existe en Europe.

Si nous passons maintenant aux modes différents qu’emploient les enfants de l’Afrique pour disposer les cheveux ou plutôt la laine que la nature leur a donnée en partage, nous trouverons une immense variété qui dépasse en originalité les fantasques conceptions de nos coiffeurs modernes. Nous citerons seulement les plus remarquables. Les indigènes des possessions françaises, fières d’appartenir à la patrie de l’élégance et du bon ton, cherchent à imiter les tresses,

les boucles et les chignons de leurs maîtresses; on jugera, par les esquisses ci-dessous, jusqu’à quel point elles y réussissent.

Les Bushukulompos se composent une espèce de casque conique qui s’élève .tantôt sur le sommet, tantôt

Coiffures de Bushukulompos.

à l’arrière de la tête 1 . Les femmes de Londa s’arrai^-

i. Voyages de Livingstone.

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gent la chevelure en forme de tricorne, dans lequel elles plantent une épingle sculptée qui leur tient lieu de plumet 1 ; ceci leur donne, de profil, un faux air de sergent de ville.

Les femmes de l'Ashira se font autour de la tête une série de pointes rattachées à un cercle, singulière

Coiffure de Londa. Coiflurc de l’Ashira.

auréole qui les feraient ressembler à des portraits de saintes si la figure qu’elle entoure avait une expression plus angélique.

Les femmes des Makololos se coupent les cheveux à la malcontent , et celles du grand désert de Sahara se rasent la tète, à l’exception d’une longue mèche qui est nattée et pend sur la figure 2 .

Les Hottentots ont, d’après sir John Barrow, une chevelure très-singulière qui croît en petites touffes séparées, au lieu d’être répartie sur tout le crâne, et

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