Voyages de Richardson
a6o LE LIVRE DES PARFUMS.
comme ils la tiennent très-courte, cela lui donne l’aspect d’une brosse à souliers, dont elle a aussi la dureté.
Les Neam-Nams, qui habitent le centre de l’Afrique sous l’équateur, ont grand soin de leurs cheveux, qu’ils portent en nattes épaisses retombant sur le cou. Le derrière de la tête est orné d’épingles d’ivoire, de six à douze pouces de long, sculptées avec assez de goût et teintes en diverses couleurs; ces épingles, dont on alterne les grandeurs, s’élèvent en demi-cercle et forment une coiffure qui rappelle celle des paysannes du lac de Côme.
Coiffures d’Ishigo.
Nos élégantes se sont-elles jamais demandé d’où leur est venue la mode des chignons? Tout simplement du pays des Gorilles, de l’Ishigo, où Du Chaillu la trouva florissante dans le cours de ses expéditions africaines, et cela bien avant qu’elle fût adoptée en Europe.
Il y a trois sortes de chignons : le perpendiculaire, l’horizontal et l’oblique; c’est un édifice assez compliqué qu’on ne peut ériger soi-même, aussi a-t-on généralement recours à des coiffeuses qui en font leur spécialité. Les hommes, moins coquets, se contentent de tresser leur laine en forme d’oreilles de caniche qui leur retombent gracieusement autour de la tète.
Les Dirikas teignent leurs cheveux en rouge avec une substance qui ne figure pas parmi les matières premières de nos parfumeries; d’autres tribus les teignent en brun au moyen de chaux obtenue par la calcination du corail. Les Djibbas, peuples belliqueux, se font une queue avec les cheveux de leurs ennemis vaincus, qu’ils tressent avec les leurs. On juge la valeur du guerrier à la longueur de cet appendice.
Les Griquas sont passionnés pour les couleurs éclatantes. Ils s’enduisent le corps d’ocre rouge et la tête d’une pommade bleue mélangée de mica ; les parcelles de mica qui se détachent les couvrent d’une poussière brillante qui reluit au soleil et leur cause une immense satisfaction d’amourpropre.
Les coiffures les plus variées et les plus extraordinaires toutefois sont celles qu’on rencontre chez les Ounyamonezis, qui habitent les montagnes de la Lune. Nous en donnons un échantillon pris dans les Voyages du capitaine Burton. Pour compléter leurs charmes,
ils se pratiquent de chique côté de la figure deux profondes incisions; les femmes même ne craignent pas de s’infliger cette torture pour être belles; mais avec leur penchant naturel à la coquetterie, elles teignent les cicatrices en bleu.
Coiffures d’Ounyamonezis.
Dans l’ile de Madagascar, les hommes portaient jadis leurs longs cheveux noirs en nattes arrêtées par un nœud au bout, mais le roi Radama, trouvant à cette mode quelques inconvénients pour ses troupes, publia un édit ordonnant à tous ses soldats de couper leurs tresses. Cette loi, toutefois, rencontra beaucoup d’opposition, nom-seulement chez les hommes qui tenaient
autant à ces ornements capillaires que les hussards de l’ancien régime à leurs nattes et à leurs queues, mais aussi chez les femmes, qui mettaient un certain orgueil à tenir les cheveux de leurs maris bien tressés et bien enduits d’huile de coco. Le roi Radama, voyant que les voies légales ne suffisaient pas, paya d’exemple et parut un jour à une revue complètement tondu. Ceux qui tenaient à rester bien en cour firent, en soupirant, le sacrifice de leurs nattes, mais les plus obstinés résistèrent, encouragés par leurs femmes, qui s’étaient ameutées pour les soutenir. Le bon roi, pour en finir, donna simplement l’ordre à ses gardes de conduire les récalcitrants dans un bois voisin et de leur couper les cheveux de façon à ce qu’ils ne repoussent pas. Les séides intelligents, avec un zèle digne d’un tel maître, exécutèrent ses ordres à la lettre en leur coupant la tête 1 .
Dans les contrées qui environnent la baie de Delagoa, les naturels se rasent tous les cheveux, à l’exception d’une petite touffe qu’ils laissent croître au sommet et qu’ils disposent en carré au moyen d’épingles de bois. Les chefs remplacent ce simple ornement par des panaches de plumes rouges et des vessies remplies d’air.
Depuis le Nil-Blanc jusqu’au mont Sinaï, l’antique mode égyptienne de natter les cheveux est encore en vigueur. Chez les Arabes Hassanieh, qui habitent cette
[. Voyages du capitaine Cwen.
première localité, les deux sexes se nattent les cheveux ; seulement les hommes les rejettent en arrière et les laissent pendre sur le cou, tandis que les femmes les rassemblent de chaque côté de la figure, et s’ornent la tête par derrière avec du corail, des grains d’ambre ou des petits colifichets de cuivre.Une parure très-goûtée de ces peuples se compose d’un chapelet de dés perforés descendant sur le sommet de la tête, et d’une série déboutons de cuivre plaqués sur le front 1 .
En Nubie, la chevelure, qui est un peu laineuse, se dispose généralement en petites nattes serrées tout autour de la tête ; le grand genre toutefois est de ne natter les cheveux que dans la moitié dç leur longueur, et de raidir tout le reste en pointes à l’aide d’une solution gommeuse, ce qui donne à la tête l’aspect d’un hérisson; cette coiffure étant très-longue à faire ne se renouvelle généralement qu’une ou deux fois par mois, et pendant tout ce temps les élégantes doivent reposer leur tête, quand elles dorment, sur un oreiller de bois creusé pour recevoir le cou, afin de ne pas dé-
x. Voyages du consul Petherick.
ranger le précieux édifice. On voit que dans tous les pays la mode a ses victimes.
Les Abyssiniennes portent dans leurs cheveux des peignes et des épingles de bois ou d’ivoire ; ces ornements sont finement sculptés et quelquefois teints de henné ; elles se couvrent aussi de colliers de bois odorants, et les plus raffinées ont autour du cou une petite boîte d’argent contenant du coton parfumé, qu’elles regardent comme une amulette.
Les Arabes Bédouins du mont Sinaï ont aussi leurs cheveux nattés et s’en font une Épmgle et i*'®®* abyssiniens, espèce de corne qui forme une protubérance sur le front. Les jeunes filles s’ornent la jête d’un chapelet de perles de couleür ; quelques-unes portent au-dessus du front une coquille d’huî*tre sculptée, symbole qui annonce aux jeunes gens de la tribu que le mariage ne leur déplairait pas. Cet emblème n’est peut-être pas aussi poétique que le langage des fleurs, mais il ne manque pas abyssinienne, d’utilité pratique. Voyez, si la mode en venait en Europe, comme la vue de la coquille d’huître faciliterait la déclaration d’un amoureux timide.
Quittons maintenant l’Afrique, et d’un bond ra-
pide arrivons aux îles Philippines ; là nous trouverons les naturels du pays, les Tagals, fort occupés de leur toilette. C’est surtout à leurs cheveux, qui sont noirs, longs et brillants, que les femmes donnent de grands soins; elles les lavent au moins une fois par jour avec une herbe savonneuse nommée go-go, et les inondent d'huile de coco imprégnée du parfum de Vihlangihlang ou du san-paquita.
Dans les îles Loo-Choo les deux sexes enduisent leurs cheveux du jus d’une herbe aromatique qui leur donne un fort beau brillant, et les relèvent au sommet de la tête, où ils forment une coque dans laquelle on plante deux épingles; celles des pauvres gens sont simplement de bois, celles des gens riches sont d’ivoire sculpté orné de pierres précieuses.
L’Australie abonde en substances aromatiques, mais les aborigènes, qui occupent un des derniers échelons de la race humaine, n’ont pas les sens assez raffinés pour les apprécier. En revanche, les colons commencent à exploiter ces richesses naturelles; déjà les essences des familles de VEucalyptus et du Melaleuca, arbres dont il existe d’immenses forêts, sont parvenues jusqu’à nos marchés d’Europe, où elles se vendent pour parfumer les savons, et bientôt on saura sans doute aussi tirer parti des fleurs du
Wattle, qui offre quelque ressemblance avec la cassie de la Provence 1 .
Les habitants de la Nouvelle-Zélande, quoique bien supérieurs à ceux de l’Australie, ne font pas non plus grand cas des parfums et des cosmétiques. Le principal mode d ’embellissement auquel ils ont recours est le tatouage, qui se pratique aussi dans presque toute la Polynésie. Le tatouage est ce qu’on peut appeler un fard indélébile; on a dû commencer par se peindre la figure jusqu’au, jour où un sauvage à l’épiderme endurante ait eu l’idée de rendre la couleur permanente en la fixant dans la peau.
La Nouvelle-Zélande possède une supériorité marquée dans l’art du tatouage. Les chefs sont trèsfiers des élégantes arabesques qui décorent leurs phy¬
sionomies, et sacrifient volontiers leurs cheveux et leur barbe pour fournir un canevas plus étendu pour le dessin. Cette opération, qui s’appelle moko. s’exécute avec la résine calcinée du kaori qu’on insère dans la peau au moyen d’un petit ciseau fait d’un os d’albatros. M. Taylor, qui décrit longuement le procédé
dans son intéressant ouvrage sur la Nouvelle-Zélande,