Voir le chap. xn
dit que l’artiste, pour faire diversion à la douleur qu’il occasionne à son sujet, lui chante des ballades dont il donne le curieux spécimen suivant :
Celui qui payera bien sera Magnifiquement décoré,
Mais celui qui oublie l’opérateur Sera fait négligemment Avec des lignes trés-écartées,
O hiki Tangaroa !
Frappons ; que le ciseau tombant Résonne surdon chemin.
On ne sait pas tout le talent qu’il faut Pour bien conduire son ciseau O hiki Tangaroa !
On voit que, dans ses inspirations poétiques, l’artiste n’oublie pas le côté sérieux de l’affaire ; il a soin de rappeler à son patron que la beauté se paye, comme toute autre chose. Les femmes se laissent aussi martyriser la peau de cette façon, mais sans sacrifier leurs cheveux ; on leur trace seulement des lignes teintes en bleu sur les lèvres et le menton avec un petit accroche-cœur assassin au coin de l’œil ; quelquesunes se contentent de tracer des dessins sur leur figure avec
Peignes de la Nouvelle-Zélande, de l’ocre TOUge et de l’huile.
Elles portent généralement dans les cheveux des peignes de forme assez bizarre.
L’embaumement se pratique dans quelques parties
de la Nouvelle-Zélande, mais ce n'est que la tête du mort qu’on conserve en en retirant la cervelle, qu'on remplace par des fleurs, et en la faisant cuire au four, puis sécher au soleil. On conserve ces têtes dans des paniers en les arrosant d’huile parfumée, et dans les grandes occasions on les orne de plumes et on les expose à la vénération de la famille, qui leur paye un tribut de larmes.
Ces coutumes tendent à s’effacer par suite de l’occupation anglaise; cependant on les retrouve encore dans l’intérieur, où les naturels ont conservé tout leur esprit d’indépendance, ainsi qu’ils le prouvent par leurs fréquentes rébellions.
Coiffures des îles Fijis.
En parcourant les divers groupes de la Polynésie, nous rencontrons bien des coiffures étranges, mais peut-être il n’en est pas de plus bizarres que celles des habitants des îles Fijis. Non contents de tortiller
leurs cheveux en toute espèce .de formes, ils en dissimulent la noirceur avec des teintures bleues, blanches, rouges et jaunes. Les nuances cramoisi et jaune doré sont très-bien portées parmi les jeunes gens, mais le meilleur genre consiste en une réunion de différentes couleurs dans la même coiffure. Ainsi, les uns ont au milieu de la tête une masse sphérique de cheveux noirs, qui est entourée d’un bandeau de cheveux blancs, large comme la main, et ce bandeau prend toute la longueur de la tète et partage les cheveux noirs en deux ; d’autres portent sur le cou un grand chignon rouge ou jaune, qui forme contraste avec le reste; d’autres enfin disposent leur tête en damier semé de carrés noirs et blancs, ou la couvrent de petits cônes de toutes nuances.
Nous nous permettrons d’appeler sur cette mode l'attention des dames qui aiment les nouveautés excentriques. Nous sommes certain qu’une de ces coiffures en arc-en-ciel produirait dans un salon une sensation prodigieuse. Nous avons bien vu, il est vrai, et même assez fréquemment, des teintures européennes produire (malgré les promesses des prospectus) des nuances vertes ou bleues, mais on s’est obstiné jusqu’à présent à regarder cela plutôt comme un accident que comme un ornement. Il serait temps de revenir de ce préjugé; les cheveux roux si longtemps réprouvés n’ont-ils pas réussi à faire fureur dernièrement?
Avant de quitter les îles Fijis disons quelques mots des peignes des prêtres qui, avec une aigrette de plume rouge, constituent les insignes de leur dignité ; ces peignes sont faits de minces morceaux de bois reliés ensemble au moyen de fils très-fins de differentes couleurs et disposés avec beaucoup d’art.
Les prêtres de ces îles rendent des oracles comme les pythonisses des anciens, et ceux qui les consultent doivent leur apporter une dent de morse et une jatte d’huile parfumée dont ils s’enduisent le corps pour provoquer l’inspiration.
Les indigènes de l’île du Ducd’York de même que les Fijiens aiment beaucoup les chevelures à nuances diverses, mais moins experts qu’eux dans l'art de la teinture, ils se contentent de s’oindre la tète et de la couvrir ensuite d’une poudre blanche, rouge ou jaune, qu’ils portent toujours sur eux
•Épingle à cheveux (Nouka-Hiva).
dans une petite gourde. On voit que, si le règne de la poudre a cessé en Europe, il fleurit encore aux antipodes.
Nous trouvons encore les coiffures multicolores en faveur dans les îles de Darnley et de Britannia.
Les jeunes gens de ce dernier pays affectionnent les cheveux blancs, et prennent autant de peine à blanchir leurs cheveux que nos vieillards à noircir les leurs.
Les femmes de Nouka-Hiva, aux îles Marquises, se frottent le corps d’huile de coco, afin de lui don- „ T , , ner un lustre dont
Boucles d’oreilles d’os de poisson (Nouka-Hiva)
grandeur naturelle. elles font beaucoup de
cas; les plus élégantes emploient au lieu d’huile le suc du papa pour garantir la peau des influences de l’air et lui conserver sa blancheur. Quelques-unes se tatouent, mais cet usage tend tous les jours à disparaître. Elles ont grand soin de leurs cheveux qu’elles attachent avec de longues épingles’sculptées, et elles portent des boucles d’oreilles faites pour la plupart d’arêtes de poisson. Les spécimens de ces ornements que nous illustrons se trouvent dans le musée de M. S. H. Berthoud, ainsi que le peigne des îles Salomon, qui est fait d’une dent de morse.
Aux îles Sandwich, les jeunes filles s’ornent la tête
d’une guirlande composée des fleurs jaunes de Yilima entremêlées avec des herbes odorantes; cette parure, qui est faite avec beaucoup de goût, s’enroule plu¬
sieurs fois autour des cheveux comme un turban, ou elle forme une simple couronne avec un pan retombant sur le cou.
Nous arrivons maintenant à Taïti, la reine de l’océan Pacifique, où les indigènes et surtout les femmes ont toujours donné de grands soins à leur toilette. Les Taïtiennes sont généralement grandes et bien faites; elles ont de belles dents et de magnifiques •cheveux noirs, qu’elles lavent une fois par jour et qu’elles imprègnent ensuite de monoï, pommade composée d’huile de coco dans laquelle on fait infuser de la sciure de bois de santal ou la racine pilée d’une racine aromatique nommée toromeo. Leur chevelure,
qu’elles laissent pendre en nattes ou qu’elles ramassent sur le sommet de la tête, est ornée d’élégantes couronnes qu’elles composent de différentes façons : tantôt elles emploient des herbes odorantes telles que le maïri, qui croît dans la montagne, ou le miri, qui se trouve dans la vallée; tantôt c’est la paille d’arrowroot nommée pia, qu’elles entrelacent avec des immortelles, ou le reva-reva, tiré de la fibre du cocotier; tantôt enfin ce sont de simples guirlandes de fleurs, parmi lesquelles brillent les suaves étoiles du tiaré. Joignez à cela un collier fait des facettes de l’ananas ou des fruits parfumés du pandang, et la parure est complète. On peut voir au musée des colonies quelques-uns de ces ornements, qui sont fort gracieux.
Abordons maintenant l’Amérique en commençant par la pointe méridionale. Nous trouvons à la Terre-de-Feu le maquillage en grande faveur, et, de même que les coquettes de l’ancien régime , les naturels affichent une préférence pour le rouge et le blanc, seulement ils l’appliquent d’une manière différente : le rouge se porte sur la poitrine et les épaules, et le blanc le long des bras et des jambes. Il est d’assez bon goût aussi de se tracer un cercle blanc autour de l’œil et de se passer une arête de poisson à travers le nez 1 .
Les naturels du Brésil tressent une partie de leur chevelure en nattes rattachées par derrière et se tatouent le tour de la bouche en rouge et en bleu en
i. Voyages du capitaine Cook.
LA TOILETTE CHEZ LES SAUVAGES. 27j
guise de moustaches. Nous avons déjà parlé des Botocudos, qui s’insèrent une rondelle de bois dans la lèvre inférieure, en en augmentant chaque année le diamètre, ce qui donne un charme infini à leur physionomie, déjà assez réussie.
Dans la plupart de ces contrées auxquelles la nature a donné en partage une foule de richesses aromatiques, les indigènes s’en préoccupent généralement fort peu ; nous devons cependant faire exception pour un parfum nommé umari, que les habitants du Rio- Negro retirent de YHumirium floribundum par un procédé qui mérite d’être cité pour sa singularité. On soulève, sans l’arracher, l’écorce de cet arbre, et on y insère un morceau de coton, qui s’imbibe, au bout d’un mois, du précieux arôme *.
Nous dirons maintenant quelques mots des autochthones du Pérou et de tout le golfe du Mexique. Vu leur ancienne civilisation, ils ne devraient peutêtre pas figurer dans ce chapitre, et cependant il serait difficile de leur trouver une autre place.
Il est fort probable que, du temps des Incas, les Péruviens faisaient usage des parfums que fournit leur sol en abondance, mais nous manquons de données certaines à cet égard. Nous savons seulement que les deux sexes portaient les cheveux longs; les femmes les réunissaient en longues tresses. La plus grande injure qu’on pouvait faire à un Indien était de le pri-