‹ Le livre des ParfumsChapitre 44 sur 71 · Reliquary · texte numérisé non relu

Reliquary

« Véritablement, dit Tertullien en s'adressant aux idolâtres, nous n’achetons point d’encens. Si les Sabéens s’en plaignent, qu’ils sachent que nous employons plus d’aromates pour ensevelir les chrétiens que pour encenser vos dieux. » t

Cette coutume d'embaumer les morts est souvent citée dans les chroniques des premiers siècles. Le cimetière de l’abbaye de Barking répandait, d’après Bede, les odeurs les plus suaves provenant des corps embaumés qui y étaient enterrés, et lorsqu’on ouvrit la tombe de la princesse Earcongota, abbesse du couvent de Brie en Gaule, « l’atmosphère devint tellement parfumée qu’il semblait qu’on avait ouvert un coffret rempli des baumes les plus odoriférants*. »

Il est probable qu’on brûlait aussi des aromates sur les tombeaux, comme le faisaient les Romains, car saint Éphra'im, un des Pères de l'Église, ordonne, dans son testament, qu’on n’emploie pas de parfums sur sa tombe, mais qu’on donne plutôt les épices au sanctuaire, les aromates au Seigneur et l’encens à l’église.

Lorsque les chrétiens purent exercer librement leur culte, l’encens prit sa place dans la liturgie. Constantin le Grand, après avoir érigé sur la voie Ostienne à Rome un magnifique .'temple dédié à saint Pierre et saint Paul, le dota de diverses propriétés en Afrique et en Orient, qui produisaient ensemble près

i. Bede, Histoire de l'Église, liv. III, c. vm.

de huit cents livres d’aromates divers, tels que l’encens,, le baume, la myrrhe, le storax, etc.

On avait coutume aussi de parfumer l’huile des lampes et la cire des cierges 1 . Saint Paulin de Nola nous décrit les tombeaux des martyrs environnés de lumières qui répandent à la fois le plus vif éclat et la plus douce odeur.

Lorsque Clovis fut baptisé à Reims, en l’an 496, on brûla de l’encens et on alluma des cierges parfumés. Le monarque, voulant sans doute se mettre à l’unisson, se présenta orné d’une perruque gaufrée et parfumée avec un soin merveilleux. Saint Rémi lui ayant reproché cette vanité, le néophyte passa sa main dans ses cheveux pour les défriser 2 .

Les parfums étaient alors fort coûteux, et ils figuraient souvent dans les présents que les princes se faisaient entre eux. Ce fut ainsi que Hugues le Grand, père de Hugues Capet, ayant demandé en mariage la sœur du roi Athelstan, lui envoya les plus suaves parfums qu’on eût jamais vus en Angleterre 3 , et que Charlemagne reçut d’Aaroûn-al-Raschid les plus précieux aromates de l’Orient.

On employait à cette époque un moyen simple et peu coûteux de parfumer les appartements : c’était de couvrir le parquet, en guise de tapis, d’herbes odoriférantes, comme cela se pratique encore dans quelques

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