‹ Le livre des ParfumsChapitre 50 sur 71 · Inventaire de Gabrielle d’Estrées · texte numérisé non relu

Inventaire de Gabrielle d’Estrées

La France était alors parcourue par un grand nombre de colporteurs, pour la plupart italiens, qu’on nommait charlatans 1 et qui, accompagnés d'un singe dont les tours espiègles attiraient le public, débitaient force opiats, élixirs et parfums. Nous représentons ici

un de ces industriels, d’après une gravure du temps. Plus tard, ils ne se contentèrent pas de ce modeste équipage; mais, vêtus d’un habit rouge, ils firent leur commerce dans un fringant carrosse au son d’un orchestre assourdissant. Quelques années avant la révolution, le médecin du roi les fit bannir de France, à la grande satisfaction des boutiquiers auxquels ils faisaient une rude concurrence.

i. De ciarlare, qui, en italien, signifie jaser.

Quelques historiens prétendent que Louis XIV n’aimait pas les parfums; certains ajoutent même assez irrévérencieusement que ce monarque était trop

Charlatan du temps de Louis Xlll.

grand mangeur pour pouvoir les apprécier. Nous partageâmes pendant quelque temps cette erreur jusqu’à ce queM. Édouard Fournier dans son « Paris démoli », recherche historique fort curieuse, nous eût prouvé le contraire en citant la préface du « Parfumeur Fran-

çoys » publié en 1680, par le sieur Barbe, dans laquelle on qualifie Louis XIV du « roy le plus doux fleurant » qui ait existé, et on raconte que Sa Majesté se plaisait souvent à voir M. Martial composer les odeurs qu’il portait sur « sa personne sacrée. »

C’est au sujet de ce Martial que Molière fait briller les connaissances classiques de la comtesse d’Escarbagnas à laquelle on parle des épigrammes de Martial, et qui répond : « Quoi ! Martial fait-il des vers? je pensais qu’il ne fît que des gants l . »

Martial cumulait les emplois de valet de chambre de Monsieur et de parfumeur en vogue. « Quand on est dans la grande rue des parfumeurs à Montpellier, dit Chapelle dans son Voyage, on croit être dans la boutique de Martial. »

Loret, le gazetier versificateur du xvn 8 siècle, décrit ainsi dans sa lettre du 3 novembre 1652 une fête donnée par ce même industriel :

De Monsieur le valet <ie chambre,

Ce grand vendeur de musq et d'ambre,

Assavoir le sieur Martial,

Se voulant montrer jovial,

Fit, par pure réjouissance,

Un festin de rare importance A douze de ses compagnons ; lllec, on ne vit point d’oignons,

Mais des muscades, des eaux d’anges,

Des orangers chargés d’oranges,

Et de très-excellents ragoûts

Qui flairaient mieux que les égoûts *.

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