La Comtesse i'Escarbagnas, Sc. jcvn
a. Mu^e historique.
Le roi donnant l’exemple, la cour ne dédaignait pas de s’occuper aussi de la confection des parfums qu’elle employait. Le prince de Condé faisait aromatiser son tabac en sa présence, et la maréchale d’Aumont inventait une poudre de senteur qui est encore connue de nos jours sous le nom de poudre à la Maréchale.
Certaines personnes, toutefois, préféraient les parfums d’Italie à céux du cru. Lorsque Poussin partit pour ce pays, M. de Chanteloup le chargea de lui acheter des gants parfumés chez « la signora Maddelena » qui était alors en grande réputation à Rome; Du Pradel dans son « Livre commode des adresses » cite le « sieur Adam, courrier du cabinet » qui se charge de rapporter des essences de Rome, Gênes et Nice.
La parfumerie, était alors beaucoup plus avancée qu’au siècle précédent; elle n’avait plus recours aux corbeaux,, aux chiens ni même aux pommes. Dans le « Parfumeur françoys », que nous avons déjà cité, et dont nous reparlerons plus tard, on trouve beaucoup de formules qui ne seraient pas déplacées dans un manuel moderne. Il y en a, toutefois, un grand nombre qui ne seraient plus d’aucun usage de nos jours, telles que celles pour aromatiser le tabac et pour ocaigner. c’est-à-dire parfumer les peaux pour les gants et les éventails.
Sous le règne de Louis XV, les parfums devinrent encore plus recherchés dans le grand monde.
L'étiquette prescrivait l’usage d’un parfum différent chaque jour, et Versailles reçut bientôt le nom de « la cour parfumée. » A Choisy, où M me de Pompadour tenait le sceptre de l’élégance et de la beauté, les parfums étaient également en faveur et figuraient pour une somme assez ronde dans les dépenses de la favorite, qui s’élevèrent parfois à 500,000 livres par an.
« Tout le monde, à cette époque, dit Alexandre Dumas dans une de ses amusantes causeries, se couvrit de parfums, hormis les philosophes, qui cherchaient à se distinguer par leur mauvaise odeur, et encore y avait-il des traîtres dans le camp. »
Sous Louis XVI, le parfumeur le plus en renom futFargeon, fournisseur de Marie-Antoinette, et il méritait son succès, car c’était un homme de progrès. A la révolution, la parfumerie partagea le naufrage de tous les objets de luxe; mais, bannie sous la Terreur, elle revint avec le Directoire, et reprit toute son importance sous l’égide de l’impératrice Joséphine, qui l’aimait avec toute la passion d’une créole. L’empereur Napoléon lui-même, quoique accoutumé à la rude vie des camps, était loin de mépriser les parfums et aimait à aromatiser son bain d’un flacon d’eau de Cologne.
Nous terminerons ici la partie historique de notre « Livre des Parfums », mais il nous reste à donner quelques détails sur la chevelure et la barbe.
Commençons par le sexe fort.
Les Gaulois portaient les cheveux longs, ce qui valut à leur pays le nom de Gallia comata, la Gaule
aux longs cheveux. Jules César les força de les couper quand ils furent soumis, ce qu'ils considérèrent comme une grande humiliation.
Les anciens Bretons portaient aussi les cheveux longs, mais assez mal soignés, tandis que leurs vainqueurs , les Anglo- Saxons et les Danois, prenaient beaucoup de soins de leur chevelure. Du temps d'Edgar et d’Éthelred, les soldats danois étaient les élégants du jour et captivaient les belles insulaires au moyen de leurs cheveux, qu’ils peignaient et arrangeaient une fois par jour, dit la chronique.
Les prêtres, qui étaient obligés de se raser la barbe et une partie de la tête, prêchaient sans cesse contre les cheveux longs, mais avec peu de succès; un certain prédicateur, toutefois, profita, un jour, de l’émotion que son sermon avait causée pour tondre son auditoire sur place avec une paire de ciseaux qu’il avait cachée dans sa manche, mais ce fut un triomphe partiel et qui n eut pas de suite.
Les Francs portaient les cheveux longs et parlagés sur le front. Les soldats rasaient le tour de la tête et faisaient tomber les cheveux du sommet sur le front.
Chez les Francs comme chez les Goths, la barbe était le témoin le plus sacré de leurs serments ; il suffisait de la laisser toucher pour sceller une alliance. Clovis demanda cette faveur à Alaric, afin qu’il devînt son parrain, mais le roi goth la refusa, et il s’en suivit une guerre sanglante dans laquelle les Francs furent victorieux.
On a peu de détails sur Pharamond, mais on sait que le second roi de France, Clodion, avait reçu le surnom de Chevelu en raison de la beauté et de la longueur de sa chevelure. Depuis cette époque jusqu’au règne de Louis VII, les rois portèrent la chevelure et la barbe longue ; dans les premiers temps de la monarchie, les princes et les seigneurs se les teignaient en jaune doré; quelques-uns même ornaient leurs cheveux d’or, de perles et de pierreries.
Louis VII eut le malheur de se laisser persuader par Pierre Lombard de se couper les cheveux et la barbe, comme étant un sacrifice agréable à Dieu. Sa première femme, Eléonore d’Aquitaine, se moqua de lui en l’appelant moine, et de là vint une rupture amenant entre la France et l’Angleterre une guerre qui dura près de deux cents ans et coûta la vie à des millions d’hommes. De petites causes les grands événements !
On revint, toutefois, bientôt aux cheveux longs, qui restèrent à la mode chez les grands comme chez les petits, quoique fréquemment anathématisés par le clergé, jusqu’à un accident arrivé à François I er et ra-
conté ainsi par Pasquier : « Dans mon jeune aage, nul n’estoit tondu fors les moines. Advint que le roy François I er ayant, esté fortuitement blessé à la teste d’un tison par le capitaine de Lorges,[sieur de Montgomeri,
il ne porta plus de longs cheveux. Sur son exemple r les princes premièrement, puis les gentils hommes, et finallement tous les subjects se voulurent former; il n’y eust pas que les prestres ne se missent de la partie; ce qui eust été auparavant trouvé de mauvais exemple. »
Ainsi que l’a dit Ronsard :
Doncques le peuple suit les traces de son maistre ;
Il prend de ses façons, il l’imite et veut estre Son disciple, et toujours pour exemple l’avoir,
Et se former en luy ainsi qu’en un miroir.
Pour se consoler de la perte de ses cheveux, François I er laissa croître sa barbe, et ses courtisans en tirent autant, mais les prêtres, moins heureux, ne purent jouir de ce privilège qu'en payant au roi une forte redevance.
Guillaume Duprat, allant prendre possession de l’évêché de Clermont, trouva sous le porche de l’église
ment de son menton. Voilà une barbe qui lui coûta cher.
La mode des cheveux courts et des barbes longues florissait en Angleterre sous Henri VIII, comme le prouvent les portraits du temps, et, entre autres, ceux de Holbein. Elle régna de même en Allemagne, à en juger par un dessin de Jost Amman, que nous repro¬
ie doyen du chapitre armé de ciseaux pour lui couper la barbe, mais le prélat lui jeta son surplis à la tête et s’enfuit, aimant mieux perdre son évêché que l’orne-
duisons ici, et qui représente la boutique d’un barbier allemand au xvi e siècle. On remarquera, dans le fond, un client subissant une opération fort semblable au « Shampoo », que les Américains prétendent avoir inventé.
Henri III relevait ses cheveux comme ceux d’une femme sous sa petite toque ornée d’une aigrette, il portait des pendants d'oreilles, et rasait sa barbe, ne conservant que les moustaches et une impériale raidies par de la pommade. Il fut bientôt imité par ses mignons et par tous les gens du bel air; quelquesruns encadraient leurs têtes de boucles qu’on appelait bichons. « Ces beaux mignons, dit l’Étoile dans son journal, portaient les cheveux longuets, frisés et refrisés, remontant par-dessus leurs petits bonnets de velours comme font les femmes », et il ajoute qu’à voir leur tête sortant de l’immense fraise empesée qui leur entourait le cou « il semblait que ce fût le chef de saint Jean-Baptiste dans un plat. »
Sous Henri IV les courtisans adoptèrent une tenue plus martiale, mais il était de bon ton de se teindre
les cheveux en noir et la barbe en roux quand la nature n’y avait pas pourvu. Les façons de couper la barbe, déjà fort variées au xv e siècle, le devinrent encore plus à cette époque ; c’était à qui inventerait une mode nouvelle. De même en Angleterre, sous la reine Élisabeth, les barbes étaient fort variées de noms et de formes, suivant la profession de ceux qui les portaient. Ainsi le stilet était affecté au courtisan, la cathédrale à l’homme d’église, la hache au soldat, etc.
Les cheveux longs, et bouclés accompagnés d’une moustache et d’une impériale commencèrent leur vogue sous Louis XIII et la continuèrent sous Louis XIV ; seulement, comme il n’était pas donné à tous d’avoir assez de cheveux pour une coiffure aussi abondante, les perruques massives dites à la Louis XIV furent inventées par Binet, coiffeur de ce monarque. Déjà à diverses époques on avait porté perruque, mais plutôt pour cacher la calvitie que pour servir d’ornement.
En Angleterre nous trouvons La perruque à la Louis xiv. J es mêmes modes aux mêmes époques; d’abord sous Charles I er et Charles II, les cheveux longs et frisés et la barbe dite en T, à cause de sa forme; entre les deux règnes, le court intervalle de la république, pendant lequel les adhérents de
Cromwell se coupaient les* cheveux ras, ce qui leur valut le nom de Têtes-Rondes, puis à la fin du siècle les vastes perruques importées de France. S’il faut en croire les bavardages de Pepys, certaines personnes portaient ce genre de coiffure par paresse, car le naïf
bourgeois raconte qu’il va acheter une perruque simplement « à cause de la peine que cela donne de se tenir les cheveux propres. »
La poudre commença à devenir en vogue au commencement du xvm e siècle; elle était cependant connue depuis longtemps, car l’Étoile, dans son journal, en 1593, dit qu’on vit dans Paris des religieuses frisées et poudrées, mais l’horreur qu’avait Louis XIV de cette mode en retarda l’adoption. Subissant les arrêts de la capricieuse déesse, les deux sexes consentirent facilement à se vieillir avant 1 âge, tout en se soumettant à une opération longue et désagréable.
Les coiffures varièrent aussi alors à l’infini : il y eut
la comète, l’escalier, le ‘boudin, le rhinocéros, la
dragonne, l’échelle, le colimaçon, l’artichaut, et une
foule d’autres noms bizarres. Ceux qui n’avaient ni le temps ni le talent d’exécuter ces œuvres d’art se con¬
solaient avec les perruques dont nous voyons encore des spécimens sur la tête des magistrats en Angleterre et sur celle des cochers de bonne maison dans les
DEPUIS LES GAULOIS JUSQU’A NOS JOURS. m
autres pays. A Londres, quelques jeunes gens revenant d’Italie formèrent le club des Macaronis et dépassèrent tous les autres petits maîtres par l’excentricité de leurs coiffures, que n’épargnèrent pas les caricaturistes du temps.
La révolution française, qui changea tant de choses, eut son action sur les coiffures : tout devint grec ou romain, et la titus remplaça « l’oiseau royal. »
Nous parlerons maintenant de la coiffure des dames, en prévenant nos lectrices que nous ne pourrons leur donner qu’un relevé très-sommaire des modes les plus saillantes, car il faudrait de gros volumes pour décrire toutes celles qui se sont succédé durant les dix-huit siècles que comprend ce chapitre.
Avant la conquête romaine la coiffure des Gauloises était fort simple : une couronne de fleurs ou de
feuillage était leur seul ornement; les jeunes filles laissaient flotter leurs cheveux sur leurs épaules, les femmes mariées les attachaient et parfois même les coupaient.
Les Romains substituèrent à ces coutumes primitives les raffinements de leur luxe, et il est à présumer que les Gauloises se soumirent d’assez bonne grâce au changement. Nous donnons ici trois spécimens de coiffures pris dans diverses parties de la Gaule et qui prouvent que les dames de cette époque possédaient déjà les germes de ce bon goût qui devait faire de leurs descendantes les arbitres de la mode.
Quoique Marseille, colonie phocéenne, ait conservé les coutumes de ses ancêtres, sans avoir de rapport avec la Gaule, elle doit cependant trouver sa place ici. Nous reproduisons une médaille antique de Médaille phocéenne, cette ville qui donnera une idée de l’élégance avec laquelle les habitantes disposaient leurs cheveux.
Pendant les premiers siècles de la monarchie nous trouvons peu de variété à signaler dans les coiffures.
Tantôt les dames portaient leurs cheveux flottant sur les épaules, tantôt elles les réunissaient en deux longues tresses relevées sur les côtés ou pendant par der-
Crespinc. rière. Les croisades amenèrent la mode orientale des réseaux qui furent, comme nous l’avons dit, de tous les temps et de tous les pays. Ce réseau qu’on adopta au xni e siècle était d’or et se nommait crespine.
Vers les premières années du xiv e siècle on commença à dresser les cheveux de chaque côté de la tête
en forme de cornes, et, comme la chevelure naturelle ne suffisait pas, on employa dans ce but des coussins de faux cheveux nommés atours; les plus économes substituaient aux faux cheveux du chanvre ou du lin, comme nous l’apprend un poëte du temps :
Foi que je doi saint Mathelin De chanvre ouvré ou de lin Se font cornues.
Cette mode était trop ridicule pour ne pas être en butte aux critiques des auteurs contemporains. Jean
de Meung, qui continua le « Roman de la Rose », en parle dans ces termes :
Sus ses oreilles port tex cornes Que cers, ne bues, ne unicornes S’ils se dévoient effronter,
Ne puit ses cornes surmonter.
Malgré toutes les railleries des satiriques et les admonestations des évêques, cette coiffure, aussi incommode que disgracieuse, dura fort longtemps; car, en 1371, le chevalier de la Tour-Landry nous raconte dans son livre que les dames de son temps « estoient bien branchues et avoient grans cornes », et Juvénal des Ursins nous dit qu’en 1417 « les dames et demoiselles menoient grands et excessifs états, et cornes merveilleuses hautes et larges et avoient de chascun côté, au lieu de bourlées, deux oreilles si larges que quand elles vouloient passer par l’huis d’une chambre il falloit quelles se tournassent de côté et se baissassent où elles n’auroient pu passer. »
Les coiffures à cornes traversèrent le détroit et furent en grande vogue pendant longtemps en Angleterre ; elles
n'échappèrent pas,
toutefois, au ridicule, et un bas-relief, qui se trouve encore à l’église de Ludlow, prouve que les sculpteurs se mêlaient aussi de la critique.
Tout extravagante qu’était cette mode, elle fut remplacée par une autre qui l’était encore davantage,
celle des hennins, attribuée à Isabeau de Bavière ; c’était encore une coiffure à cornes, mais formée d’une carcasse en carton s’élevant quelquefois à deux pieds de hauteur et garnie de gaze ou de linge fin retombant en voile. Le clergé, toujours ennemi des toilettes outrées, prêcha en vain contre cet absurde couvre-chef, et alla jusqu’à promettre des indulgences aux enfants qui poursuivraient dans les rues les femmes, qui en portaient, en criant :
« Au hennin, au hennin ! »
Vers la même époque survint la mode plus gracieuse des turbans, les uns fermés, les autres laissant échapper au sommet une longue mèche de cheveux. Puis ce fut le tour des longs bonnets pointus en forme de clocher, dont les Cauchoises ont gardé quelques traces, des coiffures en cœur, et de ce volumineux appendice que Pierre des Gros, dans son « Jardin des nobles » qualifie de cheminées.
Toutes ces coiffures excentriques disparurent vers la fin du siècle, cédant plus au besoin de changement qu’aux attaques dont elles étaient l’objet ; mais ce fut
pour faire place à un autre abus, celui des perruques, qui, d’après Coquillard, se fabriquaient de crins de cheval :
De la queue d’un cheval peinte Quand leurs cheveux sont trop petits Ils ont une perruke feinte.
Le règne de François P 1 ', en. restaurant les beauxarts et les belles-lettres, épura en même temps ,1e goût dans le costume. L’Italie nous communiqua ses modes, et de coquets réseaux , emprisonnant à demi des cheveux élégamment frisés, vinrent succéder à toutes les énormités que nous avons décrites.
Sous le règne si court de François II, sa jeune reine Marie Stuart imagina la charmante coiffure qui est si bien connue sous son nom, et continua à la porter jusque dans l’exil; mais les chagrins ne tardèrent pas, sans doute, à lui ravir ses beaux cheveux, car lorsque le bourreau voulut lever en l'air sa tête après l’avoir tranchée, la tête roula à terre et il lui resta en main une perruque. Peutêtre aussi avait-elle coupé sa chevelure pour la dérober au contact de cette impure main. .
Les excentricités des courtisans de Henri III se communiquèrent naturellement aux dames, et l’on
vit, chez elles comme chez les hommes, les styles les plus variés et les plus bizarres.
Ce fqt alors qu’on commença, en France, à se teindre les cheveux en blond, comme on le faisait déjà depuis quelque temps en Italie. Marguerite de Valois inaugura cette mode, qui dura jusqu’au règne de Louis XIII, comme on le voit dans les satires du sieur de Courval publiées en 1627, et dédiées à Marie de Médicis. Ce livre, dont nous devons l’obligeante communication à M. O. Delepierre, un des plus savants bibliophiles de Londres, est fort rare, et nous croyons être agréable à nos lecteurs en reproduisant tout au long le passage qui se rattache à notre sujet, et qui dépeint en termes fort curieux la coquette de l’époque :
Alambiquant des eaux pour laver son visage ,
De lys, de nénufar, de concombre sauvage,
De fèves, de bouillons et de jus de limons.
Graine de psyllium, semence de melons,
Pour effacer du teint les taches apparentes,
. Ores dressant un fard de drogues différentes,
De tartre calciné et d’alun zucarin,
De gomme tragacante, joint à l’unguent citrin,
De poudre de boras, de canfre et de ceruse,
D’huile de talc, de ben, et myrrhe dont on use,
De sel ammoniac, de nitre et sel gemma,
D’un peu de blanc de plomb et d’alun emplumé;
Puis pour peindre la joue en couleur bien vermeille Représentant au vif la couleur naturelle,
Nostre belle sçait bien de santal rouge user,
D’Orcanette et Brésil pour le bien déguiser,
D’Espagnol vermillon, en eau alumineuse,
Pour rendre une couleur vermeille et gracieuse.
Nostre belle en aprez, pour rendre ses cheveux
Grossiers, gras, mercurez, noirastres et lenteux A mille inventions se montre très active,
Se servant dextrement de certaine lexive,
De la fleur de genest, capilli-veneris, Polyphodeï quercin, stecas et berberis,
De la cendre qui vient des racines d’ayerre,
Des razures de boüis et de iielet de terre, Melisse, catherac, escorce de sapins,
Pour rendre ses cheveux plus deliez, plus fins, Jaunastres, chastenez, ou de couleur citrine, Semblables aux cheveux de la douce Cyprine, Frisez, crespillonnez, frizotez, crespillez, Ondelez, perruquez, retors et annelez, Cendrez, poudrez, musquez de poudre violette, Benion et storax, ambre gris et civette,
Si qu’allant par la rue elle laisse en passant De son chef parfumé un odeur doiix-flairant.
En Angleterre, les cheveux blonds firent fureur sous Élisabeth, simplement parce que cette reine était blonde, certains même disent rousse.
Aussi le blond fut-il chanté par tous les poëtes du temps, Shakespeare en tête, et toutes les-dames voulurent être de la « couleur de la reine, »
ayant recours à fart quand la nature s’y était refusée.
De même qu’en France, la mode des cheveux blonds dura assez longtemps, et sous George II ils avaient acquis une telle valeur, qu’une perruque de cette nuance se payait un millier de francs. Une des beautés 4 e la cour, mistress Howard, possédant sans doute plus de cheveux sur la tête que de guinées dans la poche, vendit un jour ses boucles
Coiffure Louis XIII.
dorées pour se procurer les moyens d’offrir à dîner au ministre de Hanovre.
Sous la reine Anne, le métier de coiffeur était exercé principalement par des femmes, coutume qui paraît vouloir renaître de nos jours. Dans une annonce du temps, une de ces coiffeuses, pour prou- • ver son habileté, dit qu’elle frise si artistement les cheveux des dames qui en ont, qu’il est impossible de voir qu’ils sont à elles. Quelle délicate flatterie pour les perruques !
Les cheveux bouclés des deux côtés furent en vogue, en France, sous Louis XIII; sous Louis XIV on y ajouta de petites frisures sur le front, et cela devint la coiffure à la Sévignê. Sa rivale, la Fontange, qui se composait d’une pyramide de dentelles posée sur le front, était beaucoup moins gracieuse, mais elle convenait aux dames qui avaient plus d’intérêt à cacher leur chevelure qu’à la montrer. Il y avait aussi Yhurlu-brelu, mélange de feuillage et de fleurs dont nous parle M'" e de Sévigné 1 et que Ninon comparait à un printemps d’hôtellerie.
La coiffure à la Sévigné fit fureur, en Angleterre, sous Charles II, et elle encadre parfaitement les têtes
Coiffures Louis XIV.