‹ Le livre des ParfumsChapitre 52 sur 71 · Lettre IX · texte numérisé non relu

Lettre IX

des grandes dames de l’époque dont les portraits ornent les galeries de Hampton- Court. Le changement suivant ne fut pas heureux ; on substitua aux boucles vaporeuses deux grosses coques montées sur des fils de fer. Mais il fallait bien du nou-

La poudre amena une révolution dans les coiffures qui tendirent à s’élever de plus en plus; déjà sous la Régence elles avaient atteint une hauteur respectable;

mais vers la fin du règne de Louis XV, elles prirent des proportions aussi exagérées que celles des hennins. Il ' fallait alors « souffrir pour être belle, » et bien des pauvres martyres consentaient à rester un jour entier dans une immobilité parfaite pour ne pas endommager leur édifice capillaire. Les plus économes mêmes se faisaient « faire une tête » qui durait trois semaines; mais, quand au bout de ce temps-là, on devait l’ouvrir, comme disent les recueils de cette époque... horresco referens!

C'est de cette époque que date l’existence du coiffeur. Jusque-là les perruquiers avaient conservé le monopole des têtes, tant féminines que masculines; mais lorsque la coiffure devint un véritable monument, elle nécessita l'emploi d’un architecte réunissant le goût au talent. Les perruquiers ne cédèrent

pas ainsi leur empire sans coup férir ; ils intentèrent aux coiffeurs un procès qui fut une des causes célèbres du siècle dernier, mais ils durent abandonner le sceptre à leurs adversaires secrètement soutenus par leurs infidèles sujettes.

Parmi les nombreux artistes capillaires qui illustrèrent l’ère des coiffures pyramidales, le plus remarquable fut sans contredit Léonard, attaché au service de Marie-Antoinette. Ce fut à un bal de l’Opéra, en 1776, que cette princesse, alors dauphine, parut avec une coi Jure en hérisson qui fit une sensation formidable. Huit jours après, toutes les dames de la cour

avaient adopté cette mode et s’arrachaient l’heureu:

novateur, quoiqu'il fît payer ses visites 24 louis. Après le hérisson ce fut le qués-a-co : puis le pouf-au-senti-

ment, puis une foule d’autres créations dont nous donnons quelques illustrations en y ajoutant deux

Coif.'ures poudrées anglaises, la réalité et la caricature.

spécimens des caricatures auxquelles ces extravagances donnèrent lieu en France et en Angleterre.

Un jour, Marie-Antoinette perdit ses cheveux, aussitôt Léonard inventa la coiffure à l’enfant, et on ne vit plus que des cheveux courts et frisés; peu à peu cependant la coiffure revint à des proportions plus normales, et elle était devenue fort gracieuse vers la fin du règne de l’infortunée princesse.

Nous terminerons ici notre travail historique, car aller plus loin serait presque de la chronique contem¬

poraine, et si, par hasard, on nous demandait quelle est, à notre avis, la coiffure la plus gracieuse parmi celles que nous avons décrites, nous répondrions : Qu’importe le cadre, pourvu que le portrait soit joli !

.Fleurs Européennes

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