LES MATIÈRES PREMIÈRES DE LA PARFUMERIE
ardente especiaria.
ormis les régions glaciales, que le soleil favorise rarement de ses rayons, chaque pays produit son contingent de substances aromatiques;il faut toutefois que la quantité en soit sufpour valoir la peine de les exploiter; aussi nous avons vu dans notre dernier chapitre que quelques contrées avaient gardé jusqu’à présent le monopole de cette production.
Les matières premières de la parfumerie peuvent se diviser en douze séries, savoir : celle des substances animales, des fleurs, des herbes, des andropogons, des
citracées, des épices, des bois, des racines, des graines, des baumes et résines, des fruits et des essences artificielles. Nous examinerons tour à tour chaque série.
La série animale comprend le musc, la civette et l’ambre gris. Ces substances sont très-utiles en parfumerie, en raison de la puissance de leur arôme, qui résiste mieux que tout autre à l’évaporation.
Le musc est une sécrétion qui se trouve dans une poche ou vessie sous le ventre du daim musqué (mos-
Daim musqué
(moschus inoschatus, ou moschiférus).
chus moschatus, ou moschiferus ), ruminant qui habite les montagnes de la Chine, du Thibet et du Tonquin. « C’est, dit le docteur Hooker dans son Journal des Himalayas, un joli animal gris, grand comme un daim et lui ressemblant un peu; il a le pelage rude, deux petites cornes et deux crocs s’avançant de la mâchoire supérieure et lui servant à déraciner les herbes aromatiques dont il fait sa nourriture et dont il tire son odeur, à ce que croient les Bhoteas. » Le mâle
seul possède le précieux parfum; celui du Tonquin est le meilleur, celui d’Assam vient après, et le moins bon de tous est le musc caberdine, dû à une variété de l’espèce qu’on nomme kubaya (moschus Sibériens), et qui habite le versant opposé des montagnes du côté de la Sibérie.
Il y a bien des siècles que les Chinois connaissent le musc; ils l’appellent 5/zar h'iang; shay est le nom de
Chasse au daim musqué, d’après un dessin chinois.
l’animal et hïang signifie parfum. Tavernier est le premier voyageur européen qui fasse mention de cet aromate, en racontant qu’il en avait acheté 7,673 poches pendant un de ses voyages, ce qui prouve qu’il était
déjà très-abondant. Il décrit aussi la chasse au musc, qui se pratique en février et mars, époque à laquelle la faim chasse ces animaux de leurs repaires neigeux vers les régions cultivées. Les chasseurs leur tendent des pièges et les tuent avec des flèches et des bâtons. Les pauvres bêtes sont tellement maigres et épuisées par la faim, qu’elles se laissent facilement poursuivre et prendre.
Les Chinois sont peu changeants dans leurs coutumes, et il est probable que la chasse au musc se pratique encore de même façon de nos jours, à en juger par le dessin chinois que nous reproduisons ici, et qui servait d’enveloppe à une poche de musc.
Poche de musc (grandeur naturelle).
Le musc est une substance onctueuse, d’un brun rougeâtre, qui devient noir en l’exposant à l’air. L’odeur en est si forte, qu’au dire de Chardin, le chasseur, quand il détache une poche de l’animal,
a soin de s’envelopper d’un linge le nez et la bouche pour éviter une hémorrhagie que pourrait causer la violence du parfum. Heureusement les naturels ont soin de falsifier plus ou moins le contenu des poches avant de nous les expédier, de sorte que nous ne sommes pas exposés ici à de pareils accidents. Cette falsification s’opère au moyen du sang ou du foie haché de l’animal, qu’on insère adroitement dans la poche à la place du musc qu’on en retire; parfois aussi on y glisse de petits morceaux de plomb pour augmenter le poids ; les plus habiles réussissent à fabriquer de fausses poches avec la peau de l’animal, en la remplissant de musc mélangé d’autres sübstances.
Le sieur Barbe, qui n’avait probablement pas lu les Voyages de Tavernier, nous assure gravement, dans son Parfumeur françoys que le musc est « le sang d’un animal qui porte ce nom, qui se nourrit dans les pais chauds, que l’on attrape en vie et que l’on pique par tout le corps; et par ce moyen luy ayant fait former plusieurs vessies, on l’expose au soleil, où son sang se caille et se seiche. » Cette opération assez barbare est représentée au premier plan de son frontispice, que nous reproduisons ici comme illustrant les curieuses idées qu’on se faisait, il y a deux siècles, de l’origine des parfums.
A côté du musc qui se laisse complaisamment