‹ Le livre des ParfumsChapitre 58 sur 71 · Voir le chap. X, page · texte numérisé non relu

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larder, on voit une civette en cage qu’on entoure de fourneaux ardents pour activer ses sécrétions; un bouc qu’on peigne pour enlever le labdanum de sa barbe; une grotte d’où l’on extrait le benjoin sous forme de pierre; et l’ambre, qui s’élève en écume du fond de la mer. Nous verrons, en traitant de ces diverses substances, à quel point ces opinions étaient erronées.

Le musc en poches nous arrive de Chine en petites boîtes de vingt onces, et se vend à des prix variant de 35 à 60 francs l’once, suivant la qualité et l’état du marché. Le musc en grains, c’est-à-dire retiré de la poche, coûte beaucoup plus cher. Le musc est, sans exception, le plus fort et le plus persistant de tous les parfums; aussi est-il fort utile dans les compositions; employé à petites doses, il soutient les odeurs, même les plus délicates, et augmente leur suavité sans trahir sa présence. Bien des personnes professent l’horreur du musc et préfèrent cependant, sans s’en douter, les parfums qui en contiennent.

L’odeur du musc ne se trouve pas seulement chez l’animal- dont nous avons parlé; elle se rencontre aussi, mais à un bien plus faible degré, chez le bœuf musqué, le rat musqué, le canard musqué, le capricorne musqué (cerambyx moschatus ), et dans un polype, le tipula moschifera, qu’on pêche sur les côtes de la Méditerranée, et principalement â Nice. A l’exception, toutefois, des queues de rats musqués, qu’on rencontre de temps à autre dans le commerce,

ces genres de muscs ne sont pas exploités. Nous avons essayé d’extraire l’odeur du polype en question avec de l'alcool; mais quoique l’odeur soit bien franche quand le poisson est frais, l'infusion ne la reproduit

pas. Nous ne fûmes pas plus heureux dans nos expériences* sur des glandes de crocodile, qui ont cependant une odeur très-musquée quand l’animal est vivant, mais qui deviennent fétides aussitôt extraites.

Plusieurs fleurs, et entre autres celles du mimulus moschatus, possèdent aussi le parfum du musc, mais à doses trop faibles pour qu’on puisse l’extraire. Il faut, du reste, se défier un peu de la qualification de musquée que les botanistes appliquent à une foule de plantes et de fleurs, et qui pour eux signifie simplement parfumée, car leur odeur n’a souvent aucun rapport avec le musc; nous citerons, par exemple, la muscade ( myristica moschata ), qui a un arôme tout à fait différent, et l’ambrette (hibiscus abelmoschus ), qui ressemble bien plus à la civette qu’au musc. Le docteur Cloquet, dans son Osphrésiologie, prétend que

quelques préparations d’or et d’autres métaux sentent le musc, mais nous n'avons jamais eu occasion de nous en apercevoir.

La civette est une sécrétion glandulaire du chatcivette (viverra civetta), animal de la race féline, qui

a environ un pied de haut sur trois de long, et qui habite l’Afrique et les Indes; on l’importe principalement du Maroc et de l’archipel Indien. Autrefois on gardait un certain nombre de ces chats à Amsterdam, dans des cages de bois, et, deux ou trois fois par semaine, on leur enlevait la civette avec une spatule de bois. Cette substance, en nature, a une couleur peu séduisante et une odeur qui l’est encore moins; cependant, employée à doses homœopathiques, elle produit un effet fort agréable, et se rapproche même plus que le musc du parfum des fleurs. Le prix varie de 15 à 20 francs l’once.

L’ambre gris a été pendant bien des siècles un objet de discussion parmi les auteurs, qui ne pou-

vaient s’accorder sur son origine. Les Orientaux, surtout, donnant libre cours à leur imagination, avaient inventé les fables les plus absurdes à ce sujet. Ainsi Chardin raconte, dans ses Voyages, que, suivant un auteur persan, l’ambre est une espèce de naphte qui surgit comme une fontaine du sein de la mer; que, d’après un autre, c’est la gomme qui découle d’un arbre, en Arabie, comme l’encens; et qu’enfin « un savant homme des Indes » l’a assuré que c’était un mélange de cire et de miel congelés, dont les abeilles font leur nid en Afrique, et qui se trouve ensuite entraîné par les pluies dans l’Océan. Sâdi était plus près de la vérité quand il attribuait la production de l’ambre à une espèce de veau-marin, en qualifiant un homme stupide de gau-ambar, bœuf à ambre.

Nous avons vu ce que le « Parfumeur françoys » pensait de l’ambre; on le regardait alors comme un produit de la même nature que l’ambre jaune et de là vient la similarité de noms.

Déjà cependant Marco Polo, le grand voyageur du xin 6 siècle, nous avait appris la véritable origine de l’ambre en parlant des habitants de Madagascar : « Ils ont anbre asez, por ce qe en cel mer a balenne en grant habondance, et vos savez qe la balenne fait l’anbre. »

On paraît avoir oublié cette vérité, et ce fut seulement en 1785, qu’un Suédois, le docteur Swediaur, l’exhuma en s’attribuant le mérite de la découverte.

Il est maintenant reconnu que l’ambre gris s’en-

gendre dans les vastes flancs du cachalot à grosse tête (physeter macrocephalus) et que c’est le résultat d’une maladie ; parfois il en guérit en rejetant cette matière morbide, parfois aussi il en meurt et est mangé par les autres poissons, qui se gardent bien toutefois de toucher à la substance qui a causé sa mort. L’ambre étant dégagé dans les deux cas, se trouve flottant sur la mer ou déposé à terre par la vague. C’est principalement

sur les côtes du Groenland, du Brésil, des Indes, de la Chine et du Japon, et parfois aussi sur la côte occidentale de l'Irlande qu’on recueille le précieux aromate. Le plus gros morceau qu’on ait jamais vu pesait 182 livres et fut acheté en 1689 au r °i de Tydore par la compagnie hollandaise des Indes pour la somme de 116,400 florins; nous en donnons ici le dessin emprunté à Rumphius '.

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