LES PRINCIPAUX PARFUMS DES HEBREUX
D'APRES UN MANUSCRIT ARABE PERSAN DU 12»rç* SIÈCLE 1. Darctani. Cmnaraome-2. Duhn Lalsàn, Baume de Judée 3,Nârdin Nard 4 Pta, Nard indien l'fyleriane)
Ce ne fut que pendant leur long séjour dans le pays des Pharaons, déjà arrivé à l’apogée de la civilisation, qu’ils prirent le goût des jouissances dont leur maîtres aimaient à s’entourer. Rentrés dans leur patrie, ils y amenèrent tous les arts qu’ils avaient vu cultiver par les Egyptiens, et ils n’eurent garde d’oublier un de ceux qui plaisaient le plus à leur nature sensuelle, l’art du parfumeur, ainsi que le nomme la Bible.
C’est pour cette raison que nous donnons aux Hébreux la seconde place dans notre histoire, sans vouloir toutefois contester la priorité de leur existence.
La Judée était fertile en fleurs odoriférantes et en plantes aromatiques. Les montagnes de Galaad qui font partie de la chaîne du Liban, et s’étendent au delà du Jourdain étaient couvertes d’amyrts, arbrisseau d’où découle le baume de Judée ou baume de Galaad, parfum fort estimé alors 1 . On trouvait aussi, d’après Théophraste et Strabon, dans les plaines de Jéricho, une grande quantité de rosiers et d’arbres à myrrhe et à encens.
Si, dans les temps primitifs, les Hébreux n’employaient pas ces aromates pour les cérémonies de leur culte, ou pour leur usage personnel, ils savaient
i. L’amyris est devenu excessivement rare de nos jours, et le peu de baume qu’on en récolte est réservé à l’usage du Sultan, Quelques auteurs ont voulu en conclure que les richesses aromatiques de la Judée avaient été grandement exagérées par les anciens,mais il ne faut pas oublier que ces arbres furent détruits par les Turcs lorsqu’ils envahirent le pays.
LES HÉBREUX
toutefois les recueillir et en faire un objet de commerce, car Joseph fut vendu par ses frères à « un convoi d’Ismaelites qui venoit de Galaad : et leurs chameaus estoyent chargés de drogues précieuses et de résine et de ladan, et alloyent en Égypte pour y porter ces marchandises 1 ».
Parmi les nombreux commandements que Moïse reçut du Seigneur, à son retour du pays de l’esclavage, se trouve celui qui lui enjoint d’élever un autel
1. Toutes les citations de la Bible que nous aurons occasion de faire dans ce chapitre seront empruntées à la version de Diodati (Ed. n!++) qui nous a paru convenir a notre ouvrage par son style a la fois naïf
pour brûler des parfums, et lui indique sa construction d’une façon précise.
Il doit être de bois de sittim 1 , entièrement recouvert d’or pur, de forme carrée avec une corne à chaque angle, et muni de barres pour pouvoir être transporté.
« Et qu’Aaron face sur cet autel le parfum des choses aromatiques; qu’il face ce parfum tous les matins, quand il aura acoustré les lampes.
« Et qu’Aaron face ce mesme parfum, quand il aura allumé les lampes entre les deux vespres. Que ce soit un parfum continuel que vous faciez devant l’Éternel de père en fils.
« N’offrez sur cet autel aucun parfum estranger, ni holocauste, ni oblation : et ne respandez aucune effusion dessus 2 ».
La forme carrée de cet autel, avec les cornes aux angles paraît particulière aux Hébreux; cependant dans les fouilles d’Herculanum on a trouvé une peinture représentant un autel de même forme qu’on suppose être égyptien en raison des ibis, qui l'entourent. Il est vrai que celui qui active la flamme n’a pas la tête rasée comme l’avaient généralement les prêtres égyptiens, d’où l’on pourrait conclure que, malgré son entourage, c’est plutôt un hébreu ; mais,
i. Bois incorruptible provenant, d’apres saint Jérôme, d’un arbre ressemblant à l’aubépine, mais beaucoup plus gros, et croissant dans les déserts de l’Arabie.
a. Exode xxx, 7-9.
d’un autre côté, les Hébreux ne brûlaient pas l’en¬
cens sur l’autel même; [il se (servaient d'encensoirs qu’ils tenaient à la main ou posaient sur l’autel. Ces encensoirs étaient fixes comme ceux des Égyptiens ; ils se composaient d’une coupe avec un couvercle percé à jour. Les illustrations que nous en donnons sont empruntées à Calmet, et on sait que Sicle de Simon Machabée. le savant bénédictin fait autorité en pareille matière ;
nous appuyons encore son témoignage en reproduisant un sicle d’argent de Simon Machabée où figure un encensoir du même genre.
« L’Éternel parla aussi à Moïse, disant :
« Et toi, prends des drogues fines, de la myrrhe franche le poids de cinq cents sicles, et de cinnamome odorant la moitié, à savoir deux cent cinquante, et de la canne odorante deux cent cinquante. »
« Et de la casse cinq cents à sicle de sanctuaire; et un hin d'huile d’olive. »
<c Et en fais l’huile pour l’onction sacrée, une huile de senteur, composée par art de parfumeur. Ce sera l’huile de l’Onction sacrée. »
Cette huile s’employait pour oindre le tabernacle de convenance, l’arche du témoignage, l’autel des parfums, l’autel des holocaustes, le chandelier à sept branches et la conque des ablutions.
On s’en servait aussi pour sacrer les grands prêtres, en la leur versant sur la tête en abondance suffisante pour descendre sur leur barbe et imprégner même le bord de leurs vêtements *. Ce fut ainsi qu’Aaron fut voué aux autels du Très-Haut, honneur qui se perpétua parmi toute sa génération.
Cette coutume d’oindre le grand prêtre fut discontinuée, d’après les uns, une cinquantaine d’années avant la destruction du temple, d’après les autres, elle existait encore au temps de Jésus-Christ.
i. Psaumes cxxxm.
LES HÉBREUX
On sacrait aussi les rois hébreux, mais on ignore si cette cérémonie s’accomplissait avec l’huile sainte ou avec l’huile ordinaire. Plusieurs rabbins prétendent que c’était le privilège des rois de la famille de David d’être oints avec l’huile qui servait aux grands prêtres, mais ceci ne s’accorde pas avec les prescriptions de l’Exode 1 , qui en défend l’usage à toute autre personne qu’à Aaron et sa race.
La Bible nous donne la formule de cette huile, mais elle ne nous indique pas le modus faciendi et il paraît difficile à concevoir comment une huile pouvait contenir en solution autant de matières solides. Le poids total des aromates, quinze cents sicles, équivaut à une vingtaine de kilogrammes, tandis qu’un hin d’huile représente environ cinq litres. Cet amalgame ne produirait donc qu’une pâte fort épaisse. Maimonide, le savant rabbin de Cordoue qui vivait au xn e siècle, prétend qu’on laissait infuser toutes ces drogues après les avoir pilées séparément dans de l’eau qu’on faisait • bouillir ensuite avec de l’huile jusqu’à complète évaporation 2 .
Nous trouvons dans le même chapitre de l’Exode les instructions nécessaires à la préparation du parfum sacré :
« L’Éternel dit à Moïse : Prend des drogues, du stacté, de l’ongle odorant 3 et du galbanum, toutes