Tableau de la Galerie de Schleissheim
Actuellement, et depuis un temps assez long, Goltzius s'occupe d'une grande toile où il y aura beaucoup de personnages nus, et qui doit surpasser, dit-on, tous ses précédents dessins à la plume. Je n'en ai absolument rien vu, bien que, sans doute, cela eût dû être pour que j'en pusse parler en connaissance de cause. Mais jamais Goltzius ne montre ses œuvres en cours d'exécution, si empressé qu'il soit à les faire voir à tout le monde après leur achèvement. En cela, comme en beaucoup d'autres choses, il ressemble au grand. Michel-Ange.
Je ne crois pas qu'il y ait personne de si habile à faire une composition d'un seul jet, sans croquis préalable, ni à l'ombrer à la plume avec une pareille netteté de hachures.
Laissant la plume aux mains du roi des praticiens, je passe à l'examen de ses peintures.
A son retour d'Italie, Goltzius avait gravé dans sa mémoire l'image ineffaçable des glorieuses peintures italiennes; en quelque lieu qu'il allât, il ne cessait de les revoir. La grâce de Raphaël, la morbidesse du Corrège, les puissantes oppositions du Titien, les riches étoffes et les beaux accessoires si bien peints par Véronèse et les autres Vénitiens, tout cela le poursuivait au point que les choses de son pays ne pouvaient plus le satisfaire aussi complètement.
C'était pour les peintres un régal et un précieux enseignement de l'entendre parler de ces choses, car ses paroles étaient d'ardentes carnations, des ombres vigoureuses, et autres choses dont il a été bien rarement raisonné.
S'il lui arrivait de dessiner quelque chose, les chairs devaient être indiquées au naturel, à l'aide du crayon de couleur, de telle sorte qu'au bout du compte, il se mit à la peinture à l'huile, deux ans à peine après son sevrage, bien qu'il eût atteint sa quarante-deuxième année. C'était en 1600 '.
Sa première peinture a été pour Gisbert Ryckersen, à Harlem :
I. Nous connaissons de lui des peintures antérieures à cette date. L'Age d'or, au musée d'Arras, est daté de i5q8. (C'est une œuvre de petites dimensions, malheureusement fort retouchée.) Le musée d'Oldenbourg possède même un Déluge daté de i5()2. Nous ne l'avons pas vu. Quant au Porte- Enseigne de la Pinacothèque de Munich, daté de iSijo, c'est, d'après le catalogue même, une œuvre douteuse.
HENRI GOLTZIUS 195
un petit Christ en croix avec la Vierge, la Madeleine et saint Jean au pied de la croix, sur cuivre'. Le cadavre du Christ est fort naturellement rendu, bien coloré et extraordinairement compris. L'ensemble est d'un fort joli ton.
Dans le fond, on voit la ville de Jérusalem, et, à Tavant-plan, on remarque une poule et ses poussins, une allusion aux paroles du Christ pleurant sur Jérusalem -.
Antérieurement déjà, Goltzius avait peint pour son agrément une figure de grandeur naturelle d'après Tobie Swartenburgh, de Harlem, représenté assis et nu à la manière d'un archer indien. Dans le fond, un petit Saint Sébastien ^
11 a fait aussi sur panneau une grande peinture pour son compagnon de voyage, Jean Mathyssen. Elle représente le Paradis ou la Joie céleste, c'est-à-dire l'âme chrétienne, vêtue de la robe blanche d'une conscience pure, et d'une foi inébranlable dans l'église de Dieu, épousant le Christ, son divin fiancé, représenté par un innocent enfant, à la joie de l'assemblée céleste de qui l'âme pieuse reçoit la palme et la couronne, pour prix de sa constance.
Ce serait aussi, au besoin, sainte Catherine qui, par la constance de sa foi et le martyre, reçoit le Christ pour époux.
Le tableau est une œuvre accomplie sous le rapport des figures, des draperies, etc. Le peintre y a évité à dessein de donner aux chairs et aux visages des ombres vigoureuses, mais le relief reste bon, les deux côtés étant légèrement ombrés.
11 se trouva très bien, dans l'exécution d'une grande draperie de bleu d'outremer, d'employer pour le glacis une manière de tamponner à l'aide du pinceau, ce qui se pratique dans la peinture sur verre.
Bref, c'est une œuvre des plus soignées, peinte entièrement d'après nature, et fort estimée des connaisseurs, en même temps qu'elle plaît à tout le monde par ses qualités gracieuses*.
Goltzius a peint encore sur cuivre un Homme de douleurs assis,