‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 108 sur 213 · Nous ignorons si ce tableau existe encore · texte numérisé non relu

Nous ignorons si ce tableau existe encore

environné des instruments de la Passion, ayant près de lui deux anges agenouillés tenant des torches. C'est une très bonne chose, qui appartient au comte de Lippe ou à l'empereur.

Enfin, il a peint, en i6o3, une toile de Danaé, figure de grandeur naturelle, très bien posée, et dont les chairs ont un excellent relief. 11 a introduit dans cette composition une vieille à la face enluminée, un rusé Mercure et d'aimables enfants ailés apportant une bourse pleine.

Cette composition irréprochable est à Leyde, dans le cabinet d'un grand amateur, Barthélémy Ferreris'.

Il a fait encore, pour son agrément, un certain nombre de portraits, entre autres une Paysanne du Nord, et surtout un certain Jean Govertsen, de Harlem-, amateur de coquillages, qui est représenté tenant une nacre de perle et environné d'autres coquilles. C'est d'une grande perfection comme ressemblance et comme travail.

Voilà à peu près tout ce que je puis citer de Goltzius en fait de peintures.

Comme peintre verrier, il l'emporterait sur tout le monde s'il voulait se consacrer à cette branche, comme le prouve un rare petit échantillon que possède l'excellent verrier de Harlem, Corneille Ysbrantsen, encore que Goltzius n'ait fait cela que comme passe-temps et pour rappeler sa première profession.

Car, ne l'oublions pas, la peinture sur verre, non moins que la peinture et la gravure, procède du dessin, dans lequel je ne sache point que Goltzius soit surpassé.

Et si quelque tempête Tassaille, semblable à un roc superbe, il peut la braver, car la gloire de ses nobles ouvrages vivra, et ceux qui sottement aboient après lui périront.

D'ailleurs, il est de ceux qui ne se soucient en aucune sorte des

! . Ce tableau s'est pre'sente' deux fois en vente à Amsterdam : la première fois, à la vente Tonneman, en 1754; la seconde, à la vente Braaiiikamp en 1771. Le catalogue de la ce'lèbre collection mentionne la peinture comme un chef-d'œuvre. Elle atteignit la somme, éleve'e pour ce temps, de 410 florins. Personne n'a pu nous dire où elle se trouve aujourd'hui.

2. Van der Aa ne désigne qu'un seul Jean Goverstsz, autrement dit Nemius. 11 était originaire de Bois-le-Duc et, après avoir habité Amsterdam, alla mourir dans sa ville natale en i5o7.

HENRI GOLTZIUS

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bruits et des propos du monde, Taniour .de son art lui donnant le calme de Tesprit et lui faisant chérir la retraite, car, on le sait, Tart exige que riiomme lui appartienne tout entier.

Avant tout, son indépendance lui est chère et il n'estime pas moins la droiture et la courtoisie. Sa devise est : L'honneur prime l'or^ et chaque jour il prouve que le souci de son honneur remporte pour lui sur la soif du lucre.

Bien qu'il se garde de prétendre à la connaissance des sciences naturelles, il n'en est nullement ignorant.

Je me rappelle que certaines de ses reparties me plurent fort ; j'en ai malheureusement oublié plusieurs.

Il a gravé beaucoup de beaux portraits; en i583 il a fait sur cuivre les portraits en pied de deux jeunes princes polonais qui visitaient le pays et venaient de France ; ils étaient vêtus à la mode de ce pays. L'un d'eux était le neveu du roi de Pologne'.

Goltzius se trouvant avec ces seigneurs à leur auberge, à Harlem, la question du prix des portraits fut soulevée. Il y avait là un négociant d'Amsterdam plus riche qu'intelligent^ chargé de compter la somme ; voyant qu'elle dépassait son attente il dit, entre autres choses, que c'était trop et que Goltzius, payé sur ce pied, gagnerait plus qu'un négociant. A quoi Goltzius r.épondit : « Votre négoce n'a rien de commun avec notre art ; je puis, moi, avec vos capitaux, me faire négociant, mais vous, alors même que vous seriez plus riche que vous ne l'êtes, ne pourriez vous faire artiste. »

Étant un jour invité par quelques jeunes gentilshommes allemands, parmi lesquels il y en avait un qui désirait avoir son portrait dessiné en vue d'une gravure à faire, on l'engagea à boire, et bientôt il eut devant lui de nombreux verres qu'on le pressait de vider.

Goltzius alors s'informa poliment du motif pour lequel on l'avait fait venir. « Pour dessiner, lui fut-il répondu. — Pourquoi alors voulez-vous, messieurs, que je boive ? dit-il. Je ne suis point une

I. Eer bovcn Galt; jeu de mots sur le num du maître, Golt, voulant dire l'or.

1. Ce sont les deux portraits cités par Weigel, dans son Supplément, sous les n"' SSy et 358. L'un des personnages est indiqué comme âgé de vingt-deux ans, l'autre comme âgé de vingt-sept. Les deux planches sont datées de i583. Le roi de Pologne était, depuis iSyS, Etienne Bathori.

igS LE LIVRE DES PEINTRES

brute, et si je consentais, je serais impropre à tout travail et comment pourrais-je vous satisfaire ? » Réponse dont les jeunes gens furent très confus.

Un jour qu'il signalait les défauts d'un travail à un de ses élèves, celui-ci répliqua qu'il les connaissait ou les voyait bien. « Ta mesure est pleine, dit Goltzius, tu es assez riche « ; et il se tourna vers un autre disciple qui laissait plus de place à son enseignement et accueillait avec déférence ses conseils.

Il lui arrivait de dire, quand on lui parlait de certains peintres qui vantaient leurs oeuvres, ou avaient une haute opinion de leur propre mérite, qu'ils étaient heureux et riches, car celui-là est riche qui est content de soi, « ce qui ne m'est point arrivé », ajoutait-il, « de par mon travail ».

Je me rappelle lui avoir entendu dire, à plus d'une reprise, qu'il n'avait jamais rien fait qui l'eût satisfait entièrement ; il lui semblait toujours que cela eût dû être mieux ou fait d"autre façon, système qui n'est point mauvais, et n'expose pas ceux qui le pratiquent à s'égarer dans leur art, comme ces nouveaux Pygmalions amoureux de leur oeuvre, souvent plus arriérés qu'ils ne le croient et qui deviennent la risée des connaisseurs, aux yeux desquels ils ne passent pas seulement pour de petits sots, mais de fort grands.

Goltzius a eu pour élèves de bons graveurs, tels que De Gheyn (dont on trouve la biographie plus loin '), Jacques Matham, son beaufils, qui a visité l'Italie et demeure actuellement à Harlem, où il est un excellent maître dans son art"^.

Il y a aussi Pierre De Jode, qui a passé quelques années en Italie et est actuellement à Anvers^.

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