‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 109 sur 213 · Voyez chapitre; xxxvi · texte numérisé non relu

Voyez chapitre; xxxvi

2. Jacques Matham, né à Harlem en iSyt, inscrit à la gilde des peintres en 1600 et doyen en iüo5. Il visita l'Italie et mourut dans sa ville natale le 20 janvier i63i. (Vander Willigen, les Artistes de Harlem, page 2o<S. Harlem, 1870.) Ce fut un excellent graveur. Son œuvre, qui se compose de plus de trois cents pièces, est décrit par Bartsch. {Peintre-Graveur, tome III, pages i3i et suivantes.)

3. Pierre de Jode, le Vieux, né à Anvers en iSyo, rei;u à la gilde de Saint-Luc en iSgcj, doyen en 1Ô07, mort le 9 août 1634. Graveur de très grand mérite, il eut un rils, Pierre le Jeune, qui se distingua à son tour et laissa des planches superbes d'après Rubens et van Dyck. Nous avons retrouve' au Capitole de Rome un magnifique portrait-groupe des deux Pierre De Jode, exécuté par van Dyck.

Goltzius eut encore pour élève un peintre très distingué, Werner vanden Valckeri, d'Amsterdam,

HENRI GOLTZIUS

J'arrête ici la biographie de Goltzius, qui^ en la présente année 1604, est un homme de quarante-six ans et Jouit, grâce à Dieu, d'une assez bonne santé, ce qui me réjouit fort.

Car, ainsi que Platon, arrivé à la fin de sa carrière, remerciait le Destin et la Fortune de l'avoir fait naître doué de raison et non bête brute, Grec et non Barbare, enfin de l'avoir fait vivre au temps de Socrate, je me félicite d'avoir pu connaître Goltzius et entretenir avec cet éminent artiste vingt années de cordiales relations '.

COMMENTAIRE

C'est van Mander qui, le plus souvent, vient résoudre les problèmes biographiques sur lesquels se divisent nos contemporains. Pour ce qui concerne Henri Goltzius, on s'est souvent demandé s'il était ou non lié par des liens de parenté à Hubert Goltzius. Nous avons répondu une première fois à cette question à propos de la biographie du célèbre archéologue brugeois. La filiation d'Henri Goltzius est très clairement exposée par van Mander et il suffit de la retracer comme suit pour constater, au premier coup d'œil, que les deux Goltzius étaient cousins germains-.

Jean Goltz

DE KeYSERSWEERT ,

peintre, né en i534.

Fille mariée à un peintre.

Hubert Goltzius,

. ' né à Wurtzbourg

Henri Goltzius, Jacques (et non Jean) Goltzius, ^^i iJah,

i558-i(h7. peintre et graveur. mort à Bruges en i583.

Hubert Goltz, peintre, originaire de Heynsbeeck, fixé à Venlo.

Sybert Goltz, statuaire.

Fille mariée à un peintre.

dont il existe un fort beau tableau du Christ iTenissaiit les petits enfants, au musée archiépiscopal d'Utrecht, et un tableau de corporation, daté de ih-i?, à l'hôtel de ville d'Amsterdam. Il faut citer également Jean van den Berg, né à Alkmaar en i588, d'abord élève de Goltzius, ensuite maitre d'école, et que Rubens choisit pour receveur de ses domaines en Flandre. Jean van den Berg eut un fils, Mathieu, qui vit le jour à Ypres en i6i5 et fut à son tour élève de Rubens. On possède de lui de nombreux dessins exécutés d'après les œuvres de différents maîtres. Mathieu van den Berg- mourut à Alkmaar en 1687, après avoir séjourné un certain temps à Leyde. Descamps le fait mourir en 1G47.

1. Henri Goltzius mourut le i"' janvier 1Ô17. M. vander Willigen a pensé que cette date avait été erronément admise, le fossoyeur de l'église de Saint-Bavon à Harlem ayant ouvert la fosse le 3 janvier. Nous nous en tenons au portrait gravé par Jacques Matham lui-même, dont l'inscription dit positivement : Obiit la Janiiarii 161-j. yEtat. 5g.

2. Et non issus de germains, comme nous l'avons dit par erreur, tome I''', page 382.

Il est evident que van Mander, avant de dresser sa généalogie, s'est adressé à Goltzius lui-même, Goltzius son ami, presque son élève, et qui nous a laissé de l'historien de la peinture le magniiique portrait placé en tête de son ouvrage, portrait peint par lui-même et gravé par son beau-fils Matham. Il faut remarquer que Goltzius survécut à van Mander d'une douzaine d'années, que, par conséquent, les deux personnages habitant la même ville, le biographe pouvait recourir au peintre quand bon lui semblait pour être renseigné.

Les années qui s'écoulèrent entre la publication du Livre des Peintres et la mort de Goltzius n'ont été retracées par personne ; elles durent être surtout consacrées à la peinture. Si admirables que soient les estampes gravées par le maître, à la tin du xvi*^ siècle, — le portrait du tils de De 'Vries est de iSqj, — on peut croire qu'il déposa le burin vers cette époque. La seule de ses estampes qui soit datée de i6i5, V Adoration des Bergers (Bartsch, n° 21), demeura inachevée et ne fut sans doute datée que plusieurs années après son exécution.

Le Cabinet des estampes de la Bibliothèque royale de Belgique possède un Joueur de musette, épreuve datée de i6o5, mais c'est un simple griffonnement et la date et le monogramme qui sont à rebours, non moins que la nature du tirage, permettent de croire que le travail n'était pas destiné à l'impression.

Goltzius le graveur est suffisamment connu pour que nous soyons dispensés d'un nouvel examen de l'œuvre du maître. S'il est réellement l'auteur du portrait de Gérard Mercator (Bartsch, n° 176), cette planche aurait été gravée à l'âge de seize ans; pour un si jeune artiste ce serait là un travail presque prodigieux, mais au fond c'est une œuvre froide et assez correcte, rien de plus.

Les gravures de iSyj sont nombreuses; l'influence de Coornhert s'v fait sentir dans une assez forte mesure, et l'on n'a point de peine à les distinguer des a^uvres appartenant aux mêmes séries et dont l'éditeur le plus ancien est Philippe Galle, déjà fixé à Anvers depuis plusieurs années. Ces planches furent-elles exécutées à Anvers même? Le point est difficile à résoudre et van Mander ne disant en aucune sorte que Goltzius ait séjourné près de Philippe Galle, on peut croire qu'il se bornait à reproduire les dessins qui lui étaient envoyés à cette fin et qui, d'ailleurs, étaient distribués entre plusieurs artistes : les Wiericx, les fils de Galle, les CoUaert, etc.

Très rapidement, Goltzius est un maître et grave d'après ses propres dessins et d'après nature. Dès l'année 157Q il fait paraître le portrait de son père, (euvre d'un caractère admirable. L'origine germanique de la famille se manifeste par les inscriptions. « Bien que l'on puisse, en ce bas monde, tout déraciner et anéantir, l'amour doit être éternel », dit le texte allemand placé sous le portrait.

En i58o paraît le médaillon de Gisbert de Duvenvoorde, avec la devise Moderata durant (Bartsch, n° 200); l'année suivante, le bourgmestre de Harlem Gerrit ^^'illemsz Vries (?) (Bartsch, n° 208). Goltzius a vingt-deux ans à peine.

Bien que la très haute perfection de burin qui se manifeste dans les Cliefs-d'œuvre et les Culbuteurs ne doive être atteinte que dans quelques années, Goltzius est un maître dés avant l'arrivée de van Mander à Harlem.

HENRI GOLTZIUS

Les années qui vont suivre le montrent moins à son avantage. Il ne connaissait point jusqu'alors les œuvres de Spranger, nous l'avons vu par sa biographie, et si nous parcourons la biographie de van Mander rédigée par son frère et qui fait suite à Tédi-

lACOBU.S' MaTHAM.

Beaußls de Eenn Mtz.ßit m a. Mttrhrn l'an 15 yj-- U JJ^ ûctoh. mmcrut 1 à'j 1 . le 2. 0 lanuter

JACQUES MATHAM.

Fac-similé de la gravure de vandcr Does, d'après P. Soutman.

tion du Livre des Peintres de 161 8, nous voyons que dans cette « Académie », que formèrent ensemble Goltzius, Cornelisz et van Mander, ce dernier « enseigna à ses confrères la manière italienne, chose facile à apprécier dans la suite des Métamorphoses d'Ovide de Goltzius ». Sous l'intîuence de ces leçons, les exagérations musculaires ne

connaissent plus de bornes sous le burin de Goltzius. Il en arrive à faire la planche du Grand Hercule (Bartsch, n" 142^ qui confine à la charge.

Le voyage d'Italie vient arrêter le maître dans la voie fâcheuse qu'il poursuit, et s'il n'est pas exempt de maniérisme à son retour, c'est assurément sous une forme plus simple et plus correcte que ses œuvres se présentent à nous.

Nous avons alors la suite des Muses (Bartsch, n"* 146-154), le Triomphe de Galathée (Bartsch, n» 270) et la belle figure de Prophète, d'après Raphaël (Bartsch, n» 269', les Chefs-d'œuvre (Bartsch, n°^ i5-2o), le Saint Jérôme, d'après Palma, enfin le magnifique portrait du jeune De Vries.

C'est à la même période — à en juger par l'âge du modèle — que doit appartenir le grand portrait de Goltzius (Bartsch, n" 172), rangé à juste titre parmi les merveilles de l'art du burin ', et qui reproduit sans doute une peinture du maître, citée par Gérard Hoet, comme ayant appartenu à une collection dispersée en 171 5.

Oui, quand et comment, Goltzius produisit-il ses planches en camaïeu, œuvres en quelque sorte isolées parmi les types de la gravure hollandaise ? Pas un auteur du temps ne mentionne ces pages importantes, certainement inconnues à van Mander. Qu'elles aient été dessinées par le maître, à cet égard il ne peut y avoir aucun doute; en revanche on ne peut croire qu'elles aient été gravées par lui. Désigner son collaborateur, est chose encore impossible, les points de comparaison faisant défaut; rien n'indique même que ces planches intéressantes appartiennent à un élève de l'habile graveur.

A notre avis, les camaïeux de Goltzius doivent être envisagés comme le reflet de sa peinture, et sont, dès lors, infiniment plus intéressants que ne sont portées à l'admettre les personnes faniiliarisées avec les gravures du maître.

Van Mander assure que Goltzius ne commença à peindre qu'après son retour d'Italie. L'assertion est confirmée par les dates inscrites sur quelques-unes des productions de son pinceau. Le Déluge du musée d'Oldenbourg est de 092; VAge d'or du musée d'Arras, petit tableau malheureusement défiguré par des repeints, porte le millésime iSgS. La date la plus récente, i6i5, figure sur un tableau du musée de Rotterdam. (N" gb du catalogue de 1884.)

Waagen, très sévère pour Goltzius dans son Manuel de la Peinture et qui voyait ù peine en lui un créateur, n'apprit à le connaître comme peintre qu'à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg; il n'hésita point alors à revenir sur sa première impression et à déclarer qu'il avait précédemment méconnu la valeur du maître-. En effet, Goltzius est un peintre remarquable et ses grandes figures d'Hercule, de Minerve et de Mercure, datées de 161 1 et de i6i3, dont s'est récemment enrichi le musée royal de La Haye (catalogue, y^ édition, n«^ 34, a, b, c), sont vraiment imposantes.

Le Tityus dévoré par le vautour, peinture de 161 3, qui orne encore l'hôtel de ville de Harlem, n'est pas moins digne d'éloges et démontre que, pour avoir été un praticien des plus adroits lorsqu'il maniait le burin, Goltzius n'avait pas que cette seule qualité pour justifier l'admiration de ses contemporains et de la postérité.

I. C'est la rcduction de ce portrait qui accompagne le présent chapitre.

•2. Die Gemälde Sammhtnt:: der K. Ermitai^e 7« St. Petersburg. Munich, 1864.

HENRI GOLTZIUS

Nagler, qui n'est point coutumier du fait pourtant, a ccrit de Goltzius une biographie quelque peu fantaisiste; à cette histoire si naïvement racontée par van Mander qui nous montre le désespoir du jeune artiste à la pensée qu'il ne verrait point l'Italie, l'auteur du Kiinstler-Lexicon substitue le récit des infortunes domestiques du célèbre graveur et va jusqu'à attribuer le misérable état de sa santé aux tracasseries de la femme vieille, mais riche, qu'il avait acceptée pour épouse.

Nous ignorons — les contemporains n'en ayant rien dit — si l'union de Goltzius fut heureuse. Son beau-tîls, Jacques Matham, eut pour lui une vive affection et dut à son enseignement de devenir un très grand artiste. Lorsque Goltzius épousa la mère de Jacques Matham, c'est-à-dire en iSjq, celui-ci venait à peine d'atteindre sa huitième année. Goltzius fut donc réellement pour lui un père, et si son union resta stérile, il dut s'intéresser d'autant plus vivement au tils de sa femme, dont la haute intelligence artistique se manifeste dans des œuvres souvent très belles. « Matham, dit Bartsch, nous a laissé nombre de pièces qui feraient honneur à Goltzius lui-même. »

Matham fut extraordinairement précoce. Dès l'âge de seize ans nous le voyons graver d'après Goltzius les Parques (Bartsch, n» 3ooj; quelques-uns de ses meilleurs travaux sont exécutés à l'âge de dix-sept et de dix-huit ans. Un séjour assez prolongé en Italie lui permit de se familiariser avec les maîtres et il grava les Italiens avec beaucoup de talent '.

Goltzius et Matham appartenaient à la religion catholique, bien que leur art soit souvent très profane et que tous deux aient gravé plus d'une notabilité protestante, à commencer par les princes de Nassau. Goltzius nous a même laissé d'admirables portraits du Taciturne et de Charlotte de Bourbon-Montpensier, sa femme.

Lorsque le grand artiste mourut, le i'-''' janvier 1617, il eut sa sépulture dans l'église Saint-Bavon, à Harlem. Une plaque de cui.vre, depuis longtemps usée, marquait la place, en avant du chœur, où reposait sa dépouille. Sa femnie lui survécut; la longue épitaphe qu'elle fit graver sur la tombe du défunt portait que les époux avaient vécu trente-six années dans les liens du mariage. L'inscription ajoutait que la veuve et le frère du défunt, Jacques Goltzius, avaient consacré, à frais communs, ce pieux souvenir à sa mémoire -.

La mention de l'épitaphe vient très à propos nous apprendre le degré de parenté qui existait entre Henri et Jacques Goltzius, dont le nom se rencontre sur trois planches exécutées d'après les compositions du premier : Pallas, un Jeune homme repoussant les offres d'argent d'une vieille femme, et une Jeune femme repoussant les offres d'un vieillard^. Ces estampes, qui ne sont pas précisément médiocres, doivent leur principal intérêt au nom de Goltzius.

Quant à Jules Goltzius qui grava également d'après Henri, nous savons qu'il n'était pas, comme on l'a presque toujours soutenu, le fils de ce dernier — puisque

1. L'œuvre de Jacques Matham est décrit par Bartsch. (Peintre-Graveur, tome 111.)

2. Le texte de l'épitaphe est reproduit dans le Groote Schouburf;h der Nederlandsche Konstschilders en Schilderessen d'Arnold Houbraken, tome y*, page 35.

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