‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 117 sur 213 · C'est-à-diri; en iSyS · texte numérisé non relu

C'est-à-diri; en iSyS

2. Soen3 exécuta, en eftet, plusieurs paysages au Vatican, sous le pontificat de Grégoire XIII. Mathieu Bril et Ce'sar de Saluces i^Cesare Piemontese^ furent ses principaux collaborateurs. La partie du Vatican que désigne van Mander est la salle dite Ducale.

li. «Il dipinto délia facciata di mezzo, di figura ovale, dove nel primo piano si osserva un gallo, è l'opéra di Giovanni Fiamniingo, che dipingeva à tempi di Gregorio XIII, e due figure laterale che sono pur nel IVegio, dove erano anticamente alcune porte, le condusse Paride Nogari, etc.» (Erasmo Pistolesi , // Vaticano dcscritto ed ilhtstrato, tome VIII, pages 86-87. Rome, i838.)

4. Pages 194 b de l'Ecole italienne, édition de 1Ô04, et iiS^, édition de i()i8. C'est à propos de ce maître que van Mander désigne Socns comme Anver.sois.

JEAN SOENS 221

Soens est aujourd'hui fixé à Parme, où Ton me dit qu'il a fait ses principales œuvres, de superbes grands paysages'. Il traite également très bien la figure. Les choses que j'ai vues de lui, dans ce genre, étant à Rome, sont de petites dimensions, mais curieuses et spirituelles^.

11 est encore garçon et âgé de cinquante-six ou cinquante-sept ans, et très digne d'être compté parmi les meilleurs peintres néerlandais, surtout comme paysagiste-^.

commentaire:

Jean Soens est un peintre très peu connu dans les Pays-Bas et nous ignorerions probablement et son nom et son origine sans le scrupuleux van Mander. Les registres de !a gilde artistique d'Anvers ne le mentionnent ni comme élève de Mostaert ni comme peintre indépendant, et c'est encore une fois à van Mander que nous devons de savoir qu'il a travaillé dans cette ville.

Les tableaux de Soens se rattachent à tout l'ensemble des paysages du xvi« siècle des van Cleve, des Savery, des Valckenburg, etc. Très poussés, ils offrent assez d'intérêt par la conscience avec laquelle le peintre précise tous les détails. Ce sont habituellement des épisodes de l'histoire sacrée qu'il choisit, et sa peinture délicate devait certainement donner du prix aux œuvres de l'espèce, auprès de ses contemporains.

Notre jugement se fonde sur les tableaux des musées de Parme et de Naples.

La première de ces galeries possède une suite de six sujets tirés de V Histoire de la Création et représentés sur des panneaux ronds. Ce sont des œuvres essentiellement flamandes, de celles que l'on voit apparaître dans les fonds d'appartements des maîtres du commencement du xvn° siècle.

Le musée de Parme possède un septième tableau, une Résurrection m« 2o5i, que le sujet et la facture rattachent aux deux œuvres conservées au musée de Naples.

Ici nous trouvons le Christ au Jardin des Oliviers (salle VI, n" 971, et, dans la même salle (n" 45), V Ascension.

Toutes ces peintures sont détaillées et se ressentent, dans une certaine mesure, de l'influence des Bril, avec moins de grandeur dans la conception, toutefois.

Zani (Enciclopedia) emprunte, sans dire a quelle source, les mots : Joannes Sonsis nobilis Belga. On pouri-ait conclure de cette mention que Soens aurait été anobli p>endant son séjour à Parme.

1. Il y décora la chapelle de Santa Maria la Bianca — aujourd'hui détruite, — de peintures comparables, disait-on, aux œuvres de Corrège et qui transportèrent d'enthousiasme Annibal Carrache. (Lettere Pittoriche, tome l", page 211.)

2. Les tableaux que nous connaissons de Soens sont, effectivement, d'assez petite dimension.

3. Les auteurs ne s'accordent pas sur la date de la mort de Soens; on a cite' 1G04 et \fio-. Vander Aa [Biographisch Woordenboe!;) à'.t iGii.

Les éloges que lui donne van Mander et sa participation plus ou moins heureuse aux peintures du Vatican ne lui constituent pas une importance suffisante pour que les collectionneurs se soient préoccupés de recueillir ses œuvres pendant les siècles qui nous séparent de l'époque de sa mort.

Nous ne connaissons aucune reproduction gravée des œuvres du maître, et c'est en vain que nous avons fouillé les catalogues pour trouver la mention d'une estampe portant son nom. Si des œuvres de l'espèce existent, elles ne peuvent donc être qu'en très petit nombre et doivent être envisagées comme rares.

JEAN VAN ACHEN

EMINENT PEINTRE DE COLOGNE Pierre Isaacsz. — ■ Joseph Heins. — Pierre Stevens. — Egide Sadeler. — Adrien De Vries.

La célébrité des maîtres qui ont excellé clans la j3einture sera toujours un bien vif stimulant pour les jeunes artistes. Le monde retentit de la gloire de ces maîtres; ni Timmensité des mers, ni l'élévation des plus hautes cimes, n'arrêtent le vol de leur renommée et, devenus bientôt l'objet de l'attention universelle, ils se voient admis à faire briller leur génie devant les princes et seigneurs dont ils conquièrent la bienveillance. Tel fut aussi le sort de l'éminent peintre van Achen.

Né en i556', dans la célèbre ville de Cologne, de pieux et honorables parents, il continua de porter après son père, bourgeois digne et grave, le nom d'Aix-la-Chapelle ~, d'où sa famille était originaire.

La bonne Nature, ayant prédestiné le jeune homme à la carrière artistique, toléra que jusqu'à sa douzième année il allât à l'école pour y apprendre à lire et à écrire, pourvu toutefois que la plume entre ses mains servît aussi à dessiner des hommes et des animaux, conformément à la voie qu'elle-même lui avait préparée pour arriver à la perfection et aux honneurs. Cette voie, l'enfant la suivit docilement et, en quelque lieu qu'il allât, observait les choses que lui montrait la grande initiatrice, distinguant de bonne heure le beau du laid, l'aimable du déplaisant.

Lui arrivait-il de voir un cheval fougueux, portant fièrement la tête,

1. En i552, d'après Merlo. {yac/irichten von dem Leben und \\'erken Kölnischer Künstler, page i.)

2. En allemand Achen, en flamand Aaken. C'est cette dernière orthographe que van Mander adopte, naturellement. Mais 1.; nom du maître se rencontre grandement défiguré, comme le fait observer le D'' W. Schmidt, dans l'excellente notice du Künstler-Lexikon de Meyer, tome I", page Sg. Il arrive ainsi que dans les catalogues on rencontre Abak, Aquano, Jean Dach, Fanachen et même Janachen.

quelque joli visage de femme, il faisait de son mieux pour les retracer, et Ton reconnaissait sans peine Toriginal. Il se fit même qu'une grande dame étant venue à Cologne, il la dessina pour Tavoir entrevue à sa fenêtre, et tout le monde la reconnut.

Il fit aussi, d'après nature, à la plume, un chat, placé un peu haut, et avec tant d'habileté, qu'un peintre qui rendait visite au père van Achen, ayant vu ce dessin, supposa que l'auteur suivait un apprentissage régulier et ne fut pas médiocrement surpris d'apprendre le contraire. II insista de toutes ses forces pour qu'on permît au jeune homme d'embrasser la carrière artistique, ajoutant qu'il y avait là l'étofiTe d'un grand maître.

Jean fut donc placé chez un peintre obscur pour n'y rester guère plus d'un an, car il s'aperçut bientôt qu'il n'y avait rien à apprendre à telle école. Il passa alors, à Cologne môme, chez un autre peintre du nom de Georges ou Jerrigh', un Wallon qui avait étudié à Anvers et qui, stimulé par la pauvreté, était devenu un maître, surtout pour le portrait.

A dater de ce jour, Jean fit des progrès rapides et lorsque, ses six années révolues, la mort lui ravit son maître ~, il était habile à peindre d'après nature et avait fait déjà lui-môme de nombreux et excellents portraits. Il se mit alors sérieusement à l'étude du dessin, suivant surtout la manière de Spranger, si j'en juge par les choses de cette époque, que je fus à même de voir de lui.

Lorsqu'il eut atteint sa vingt-deuxième année, Jean prit le chemin de l'Italie, et, en arrivant à Venise, se rendit chez un peintre flamand du nom de Gaspard Rems^, lequel, au lieu de l'interroger sur ce qu'il savait et de s'assurer de sa valeur, se borna à s'informer de sa nationalité et, apprenant qu'il était de Cologne, lui dit : « Alors vous êtes un niof; ces gens-là ne savent pas grand'chose », et, là-dessus, il

I. E. Jerrigh. Son nom ne figure pas dans les registres de la gilde anversoise. Ce fut en i568, selon Merlo, que van Achen entra chez Jerrigh.

■1. Il n'est pas exact que Jerrigh mourut en 1574, attendu que le muse'e de Cologne possède de lui une Annonciation datée de 1601.

X Gaspard Rem, né en 1542, inscrit à la gilde de Saint-Luc d'Anvers en i334 comme élève de Guillaume van Cleve. Le musée du Belvédère, à \'iennc, possède son portrait peint par lui-même et un Saint Jérôme en pénitence, dont Raphaël Sadeler a fait une estampe en l'jo?. Le portrait, peint en 1614, représente le maitre âgé de soixante-douze ans.

JEAN VAN ACHEN

l'envoya chez un médiocre peintre italien du nom de>Morett', qui donnait du travail aux compagnons de passage et faisait le commerce

loAN}^E.sAQUAlSiUS,Coi^ONlEl-^SIS,

Pi CT OK.

J-^tCTura; Aautnus vnmtis se trudit »b annv,

^jt£ Tir-ipJ zat luuer^is (pjnx. votue/re / — znrv. \je^}~nuintmt juvttum. ciirH, tcmncr^et Itala. teÀÎlCs \ Mox artem oijcrvans Roma, puiût/îi^a. stutrcit.

JEAN VAN ACHEN.

D'après la gravure de H. Hondius.

de tableaux. Jean fut chargé par ce maître d'exécuter un certain

I. 11 ne faut pas songer à identiticr ce peintre avec Alexandre Bonvicino, dit le Morelto di Brcscia, un des plus grands maîtres italiens, né en 14(18 et mort en i555. 11 y a eu plusieurs peintres du même nom.

nombre de copies d"après les belles choses qui se trouvaient dans les églises.

Pour le susdit Gaspard, il se peignit lui-même d'après nature et riant', œuvre excellente, et Gaspard stupéfait se trouva fort déconcerté d'avoir dit que les mofs, — c'était ainsi qu'il nommait les Allemands, — n'étaient bons à rien.

Gaspard garda toute sa vie le portrait en question et se plaisait à le montrer à tout le monde et à en faire ressortir les mérites. 11 se trouva même, par la suite, très honoré de pouvoir ébaucher les toiles de van Achen, ce par quoi nous voyons l'imprudence et le manque de courtoisie de ceux qui prétendent juger les gens d'après leur nationalité ou leur mine.

Poursuivant son voyage, notre artiste arriva à Rome, où il fit plusieurs belles choses, dont il faut citer comme la principale un tableau d'autel, peint à l'huile, sur étain ou sur plomb : une Nativité, disposée d'une façon particulière, avec des anges, etc., selon le goût des Pères Jésuites, car le tableau est dans leur église, au pied du Capitole". 11 est fort beau.

Laissant là beaucoup d'autres productions, je dirai qu'il s'est peint aussi lui-même, ayant près de lui une femme. Donna Venusta, jouant du luth, et lui, derrière elle, riant et tenant une coupe. Les hommes compétents disent n'avoir jamais rien de vu de mieux, ni de lui, ni de personne^.

Van Achen alla aussi à Florence, où il peignit les portraits de beaucoup de seigneurs et de dames de condition, et celui du sérénissime duc François''. 11 peignit aussi une illustre femme-poète, Donna Laura'', dont il garda la copie, qui est encore à Amsterdam, chez son élève, Pierre Isaacsz '^ ; c'est une œuvre magistralement traitée.

Revenu à Venise, il y fit d'excellentes peintures pour un négociant

Page 1