‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 170 sur 213 · Nagler, loc. cit · texte numérisé non relu

Nagler, loc. cit

5. D'après le texte du portrait de ce maitre, gravé par W. Hollar pour le recueil de Meyssens : Images de divers hommes d'esprit sublime, etc. (Anvers, 1649). Plus tard, on supprima le nom de Rottenhamer pour le remplacer par celui d'Uflenbach « à Francfort ». Nous ne connaissons l'état de la planche avant cette modification que par M. Bode.

h. Hautle, loc. cit., page 51').

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qu'il nous ait laissé dans ce genre des tableaux estimés, tels qu'un Banquet des Dieux que l'on retrouve plusieurs fois, notamment au musée de Saint-Pétersbourg, au palais Liechtenstein, etc.; il lit pour les églises de Munich, d'Augsbourg et de Freising des tableaux religieux.

A l'église métropolitaine de Munich se trouve le Couronnement de la Vierge; à l'église du Saint-Esprit, la Vierge et l'Enfant Jésus; à Benedictbeueren, Saint Léonard; à la cathédrale d'Ulm, la Nativité ; à l'église Saint-Ulrich, à Augsbourg, la Chute des Anges, la Vierge et l'Enfant Jésus avec saint Ulrich et sainte A/ra, V Assomption de la Vierge et Y Annonciation. Pour l'église Saint-Maurice, il peignit une Assomption; à Freising, un Saint Sébastien.

De même, la célèbre salle de l'hôtel de ville d'Augsbourg, dite Salle d'or, contient de lui des peintures exécutées en 162:).

Le musée du Louvre possède une œuvre capitale de Rottenhamer : la Mort d'Adonis.

Les œuvres du maître paraissent avoir été très estimées en France ', dans les Pavs- Bas et en Angleterre. Les musées de Hollande nous montrent d'assez beaux spécimens de son talent. La Galerie de La Haye expose jusqu'à cinq de ses peintures; les musées d'Amsterdam et de Rotterdam en possèdent d'autres. De même, la Galerie de Hampton Court en conserve. Un assez important tableau, représentant le Parnasse (Minerve visitant les Muses), parut en vente à Bruxelles, à la salle Saint -Luc, au mois de décembre i883. Nous ignorons à qui fut adjugée cette œ^uvre, certainement authentique, mais non signée.

Rottenhamer laissa deux tils, dont l'un, Dominique, fut peintre, mais resta très oublié. Nagler cite de lui un dessin daté de i6i3.

On possède de Lucas Kilian un portrait de Jean Rottenhamer, gravé en 1626 d'après un dessin fait d'après nature.

Adam Elsheimer. — 11 y a actuellement à Rome un excellent peintre allemand nommé Adam-'. Il est né à Francfort et fils d'un tailleur d'habits. Assez médiocre à son arrivée en Italie, il a fait à Rome de rapides progrès et est devenu, par Tétude, un habile artiste. Il ne s'occupe pas seulement de dessiner, mais, dans les églises et

1. Il faut observer, cependant, que le Baptême du Christ, qui parut en vente chez le duc de Tallard en J-jôb, après avoir été acquis 1,007 livres par M. Blondel de Gagny, et revendu i,5oi livres, après sa mort, en 1776, n'atteignit plus, à la vente Nogaret, en 1780, que 600 livres. En revanche, la Chute de Phaéton, avec beaucoup de figures, et dont le paysage était, comme celui de l'œuvre précédente, attribué à Breughel de Velours, après s'être vendu i,5io florins à la vente Wassenaer, en 1750, et 1,900 livres en 1777, chez le prince de Conti, monta, en i8io,à ii,5oo livres à la vente de Clavière. (Ch. Blanc, Trésor de la Curiosité, tome II, pages 18, 278. Paris, 1857.)

2. Adam Elsheimer, né à Francfort-sur-le-Mein en 1.^78, mort à Rome en i(J20. Il était élève de Philippe Uft'enbach à Francfort, peintre-graveur de mérite dont l'œuvre est décrit par Bartsch dans le Peintre-Graveur, tome IX, page 577, et par Passavant. [I^eintre-Gravcur, tome IV, page 238.)

ADAM ELSHEIMER

ailleurs, s'absorbe clans la contemplation des œuvres des grands maîtres et les grave dans son esprit.

Adamu^ Francofurxen ji«s

PiCTOF^.

tibi

ur-fem trrfmu jjCa.cuit ^-x^tszi^e at^ annu .

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PiftOT-um Roma, cft Är-ufvcum-pii Sf^oia.. Jisjiiiuo pinacns luJ TruJ iunt fnjuld ■ Umviu ,

ADAM ELSHEIMER.

D'aprcs la gravure de S. Frisius.

Il excelle à peindre sur cuivre de curieuses inventions et, s'il ne produit pas beaucoup, ce qu'il fait est très habile.

Extrêmement obligeant, il ne demande qu'à rendre service. J'estime

3u) LE LIVRE DES PEINTRES

qu"en la présente année 1604, il peut être âgé de vingt-huit à trente ans.

COMMENTAIRE

A Tépoquo où Jean Meyssens lit paraître le portrait d'Adam Elsheimer '. il disait de lui : « Sa vie a esté de peu de durée; il mourut pauvre, laissant par le monde une renommée qui durera à jamais. » La prophétie ne s'est point complètement réalisée, et c-est à la critique moderne que le peintre de Francfort devra d'être rangé à sa juste place dans l'histoire de l'art.

Par elles-mêmes, les œuvres d'Elsheimer ne suffiraient pas, sans doute, à lui faire une haute réputation, à côté de tant de pages eminentes créées de son temps ; et pourtant, chose étrange, son inlluence se fait sentir au loin et agit sur les plus grands peintres : Rubens, Rembrandt et Teniers en tête.

« C'est un remarquable spectacle de voir cet Allemand attiré vers l'inévitable Rome, dit M. C. Vosmaer-, comme la mouche vers la chandelle, sans que pourtant il v brûle ses ailes.

« Il paraît avoir été un homme d'une originalité inébranlable, d'une humeur parfois mélancolique, sérieuse toujours, d'un esprit pensif et rentré en soi-même. Se fixant à Rome, il s'y maria'* et eut des enfants; il avait plusieurs disciples, de nombreux amis, un succès complet; ses œuvres furent payées largement, et tout cela n'a pu le satisfaire. A quoi aspirait ce chercheur? Peut-être à une peinture nouvelle dont il entrevovait les merveilles. Avant d'abord peint en grand, « il devint », dit Sandrart, qui l'a connu, « le premier qui inventa un genre'de petites scènes, de paysages et autres curiosités. »

« Un jour, dit encore le même contemporain, il exposa à Rome un petit tableau sur « cuivre. On y vovait l'ange conduisant le jeune Tobie, à travers un Hlet d'eau, tandis « que le chien de Tobie saute de pierre en pierre : le soleil se lève et frappe en plein « dans le visage des figures. Tout cela est si beau, si naturel, si plein d'expression, de « vie, de naïveté, et dans un pavsage si charmant, qu'à Rome chacun avait force « louanges pour cette nouvelle manière de peindre d'Adam de Frankfurt... »

« D'où vient à Rome, en pleine Italie, où régnait dans tout son éclat le prestige du grand art, ce succès brillant d'un petit tableau bien simple, sans prétention aucune et différant entièrement de ce qui était universellement reconnu être la beauté?

« La raison en est dans cette manière nouvelle :

« Au lieu de représenter les scènes bibliques et mythologiques dans un entourage et sur une terre idéale, il les attira près de nous, les fit mouvoir dans des paysages charmants et gracieux empruntés aux sites d'Italie; à leurs personnages, il prêta des

I. Images de divers hommes d'esprit sublime, etc. Anvers, 11)41).

■2. Rembrandt Harmens van Rijn, ses prccjrsciirs et Si's années d'apprentissage, page qj. La Haye, i8G3.

3. D'après Baglione, la femme d'Elsheimer était une Ecossaise.

ADAM ELSHEIMER 3ii

costumes, des allures, des sentiments- humains : il en tit des hommes. Et Thomme, en s'y reconnaissant, éprouva pour eux une sympathie subite

« Il est indubitable qu'il a exercé une très grande influence. Quantité d'élèves et d'amis l'entouraient. Ceux qui nous sont le plus connus sont Lastman, Pinas, Teniers, qui resta dix ans chez lui ', Thomas de Hagelstein ;qui était le Dietrich de ce Rembrandt); entin, Goudt, le gentilhomme d'Utrecht, son ami, qui le protégea et propagea ses œuvres par ses gravures. Bramer encore et Wytenbrouck, Poelcnburg et vander Laar ont été de son entourage.

« Ce n'est donc pas une coïncidence fortuite qui fait retrouver Elsheimer dans une partie de Rembrandt. »

Nous avons cité Rubens; ce grand peintre fut certainement en relations avec Elsheimer pendant son séjour à Rome, car il nous l'apprend lui-même dans une lettre adressée à Pierre van Veen en 1622, lorsqu'il parle au frère de son ancien maître des procédés de gravure à l'eau-forte employés par le peintre allemand et dont celui-ci lui avait conflé le secret-.

Rubens possédait quatre tableaux d'Elsheimer : Judith, V Annonciation, Céi-ès, effet de nuit, et un Paysage en rond ■'. 11 avait même copié d'après lui Une pièce d'un sacrifice, et, parmi les estampes gravées d'après le maître, nous trouvons une planche de Soutman, le Sultan à la tête de son année, qui, au premier état, porte le nom d'Elsheimer, et, au deuxième celui de Rubens '.

J. D. Passavant, en 1847, c'onsacra une monographie étendue à Elsheimer"'. Plus récemment, le docteur W. Bode, d'abord dans l'Annuaire des musées roj'aux de Prusse'", ensuite dans ses Etudes pour servir à Vhistoire de la peinture hollandaise' , a repris le sujet et étudié le peintre sous ses faces les plus diverses. C'est un travail de premier ordre et pour lequel aucune source d'information n'a été négligée. Il en ressort que la réputation d'Elsheimer, de son vivant, était en quelque sorte européenne. On doit attribuer à ce fait la diffusion extraordinaire de ses œuvres.

Toutefois, M. Bode ne tient pas pour authentiques toutes les peintures qui ont été assignées à Elsheimer par les divers catalogues et, notamment, il lui retranche celles du musée de La Haye et de la Galerie de Pesth. Cette dernière, où l'on voit des Femmes qui se baignent non loin d'un groupe de bœufs au pâturage, est cependant une création des plus remarquables.

Nous renvoyons le lecteur au travail de notre savant confrère pour ce qui concerne les peintures d'Elsheimer, ainsi que ses dessins, dont le musée de Francfort possède

I. C'est fort difficile à croire, Teniers e'tant né en i58i et sa présence à Anvers en 160G étant attestée par les registres de la gilde de Saint-Luc.

•1. Ch. Ruelens, P. P. Rubens, documents et lettres, page '6'i. Bruxelles, 1877.

1>. Spécification des peintures trouvées à la maison mortuaire de feu messire Pierre-Paul Rubens, chevalier. (Sub n°' 32, 33, 34 et 35.)

4. Basan, 34; Schneevoogt, 76. Ce premier état est resté inconnu à Schneevoogt et Basan.

5. Archiv für Frankfurts Geschichte und Kunst, tome I", page 44. Francfort, 1847.

0. Jahrbuch der Königlich Preussischen Kunstsammlungen, tome 1°'', pages 5i et 245. 1880. 7. Studien yur Geschichte der Holländischen Malerei, pages 233-35Ô. Brunswick, i883.

3i2 LE LIVRE DES PEINTRES

un recueil d'une importance exceptionnelle que M. Bode suppose avoir appartenu au chevalier Goudt, sinon à Rembrandt.

Passavant, de son côté, donne la liste des estampes gravées d'après Adam de Francfort, et qui sont très nombreuses. Elles émanent des meilleurs maîtres du xvii« siècle : le chevalier Goudt, Madeleine De Passe, — qui dédie à Rubens la planche de Céphale et Procris, — de Hollar, qui ne reproduit pas moins de vingt-deux dessins de la collection du duc d'Arundel, de Matham, de Vorsterman (dont la Vénus paraît avoir échappe à Passavant comme à M. Bode) ^

Elsheimer a également gravé à l'eau-forte, mais ses planches sont en petit nombre et généralement fort rares. Outre quatre petits Paysages avec des nymphes et des satyres, on cite un Saint Joseph tenant l'Enfant Jésus par la main, dans un pavsage ; Tobie et l'Ange, sujet deux fois répété; une Famille de satyres, un Jeune homme debout près d'un cheval'-; en'àn Adam et Eve, planche qui faisait partie du Cabinet Charles van Hulthem vendu à Gand en 1846 (n° 527), et que nous croyons pouvoir identirier avec une pièce du Cabinet des Estampes de Bruxelles.

Le portrait d'Adam Elsheimer, peint par lui - même et de grandeur naturelle, appartient au musée des Offices, à Florence. (^N^ 439.) Il a été gravé par Jean- Dominique Ferretti, Jacob Frey, B. Eredi, J. Eisenhardt (pour l'article de Passavant!, et J. B. Meunier.

Un second portrait, gravé par S. Frisius, figure dans le Theatrum honoris.

Wenceslas Hollar, enfin, a gravé, d'après un original de J. Meyssens, le portrait qui fait partie du recueil de ce dernier, Images de divers hommes d'esprit sublime, et qui passa dans le Gulden Cabinet de C. De Bic.

Les portraits des livres de Sandrart, Descamps, Houbraken, De Jongh, etc., sont des copies de l'un des originaux cités.

Théodore De Vries. — Il y a encore à Venise deu.x Néerlandais de talent : Théodore De Vries ^, un Frison, et Louis Toeput, qui est de Malines, je crois.

J'aurais voulu pouvoir m'étendre plus longuement sur ces artistes ;

1. H. Hymans, Histoire de la gravure dans l'école de Rubens, page iijjî, Bruxelles, I1S79.

2. Reproduit en fac-similé dans le Jahrbuch der K. Prcussischen Kunstsammlungen, tome !■"■, page 2G0.

!■!. M. W. Eeckhofï, l'archiviste de Leeuwarden, dans ses recherches sur les artistes originaires de la Frise : De Stedelijke Kunstver^ameling van Leemvarden, page 281 (iSyS), ne parvient pas à fournir sur Théodore De Vries d'autres renseignements que ceux de Kramm, lesquels, du reste, sont empruntés à van Mander. Tout le monde sait que le célèbre Chien de Golt:[ius, gravé en 1597, est le portrait du tils de Théodore De Vries.

Peut-être ce jeune homme devint-il plus tard le peintre Abraham De Vries, qui travailla à Anvers en i(o4-i()35, k Rotterdam et à Amsterdam, et que l'on trouve un temps en relations avec le conseiller Peiresc. (Voyez C. Ruelens, le Peintre Adrien de Vries, Bruxelles, 1882; et A. Castan, Contributions à la biographie du portraitiste A. De Vries. {Bulletin de l'Académie royale de Belgique, > série, ttjme VU, page njy. Bruxelles, 1884.)

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