‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 179 sur 213 · DAVID VINCKEBOONS, DE MALINES · texte numérisé non relu

DAVID VINCKEBOONS, DE MALINES

A moins que Ton ne m'ait calomnié, je ne pense pas avoir encouru le reproche de surfaire la valeur de mes travaux. Je les laisse, pour autant qu'ils vaillent, se produire au grand jour comme témoignage de ce que je sais. S'il ne leur appartient pas de parler très haut en ma faveur, du moins pourront-ils plaider, auprès des hommes compétents, des circonstances atténuantes et faire qu'on les juge avec indulgence.

Et si mon savoir était insuffisant pour apprécier dignement les artistes et leurs œuvres, j'évite cependant d'entrer dans des comparaisons, d'atïecter pour les uns un puéril dédain, ou d'exalter les autres au détriment de ce que produisent leurs confrères.

Je me suis tracé pour ligne de conduite, en arrivant chez un amateur, de considérer et de noter soigneusement les peintures qu'il possède, les noms des auteurs et les remarques touchant le mérite et la réputation de ces œuvres. Car, s'il peut m'arriver de faire quelque état de mes propres jugements, je m'incline de grand cœur aussi devant l'opinion des juges plus éclairés. Je ne puis donc omettre de consigner ici la mémoire de David Vinckeboons, né à Malines en iSjS.

La première enfance de ce peintre s'écoula à Anvers, et il avait à peine sept ans lorsqu'il vint avec ses parents à Amsterdam, qu'il habite encore '.

Philippe Vinckeboons, le père, était un assez bon peintre à la détrempe*; il est mort à Amsterdam en 1601. David, qui eut son père pour seul maître, commença également par la détrempe avant de

1. Nous n'acceptons pas sans réserves ce renseignement, car il faut observer que Pliilippe \'inckehoons, « de Malines », est reçu bourgeois d'Amsterdam seulement le 8 mars i5qi. (Obreen, Archief voor nederlandsche Kunstgeschiedenis, tome II, page 274.)

2. Il est inscrit à la gilde de Saint-Luc à Anvers en i58o et y est encore mentionné le 3o septembre i58G.

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s'adonner à la peinture à riiuile. Il fait surtout de petites figures d'un excellent effet.

Je citerai d'abord de lui deux jolis petits tableaux qui sont à Amsterdam chez M. Jean De Bruyn, amateur qui habite la Calverstraçjt. L'un est un Portement de la croix avec un grand mouvement de figures de tout genre, comme il convient à un pareil sujet ' ; l'autre, une Fête champêtre, également peuplée d'épisodes plaisants, avec des chevaux, des maisons, des arbres et un paysage, toutes choses qu'il traite avec un grand talent'-.

Il a fait encore deux peintures de petites dimensions qui ont été envoyées à Francfort chez M. Caymocx : un paysage avec le Christ rendant la rue à l'aveugle'^, et une Noce villageoise, très agréablement traités \

On voit de lui à Amsterdam, à l'hospice des Vieillards, dans le bureau, une toile longue de quatorze pieds et haute de huit, représentant la loterie organisée au profit de l'établissement, une scène nocturne avec la place et les maisons peintes d'après nature, et une grande foule de gens avec des lanternes et d'autres lumières, tout cela fort bien exécuté. Cette œuvre date de i6o3-'.

Actuellement, en 1604, il s'occupe de deux petites peintures pour Jean van Conincxloo, le peintre; l'une est la Prédication du Christ ^\ l'autre une Noce villageoise, avec nombre de petites figures et de

1. C'est, selon toute vraisemblance, le tableau n" i()i du niusce d'Ausjsbouri;. La Pinacothèque de Munich possède une œuvre analogue et supérieure à tous égards, mais datée de lôii, par conséquent inconnue à van Mander. (Catalogue Reber, n° 719.)

2. La Kermesse en question fut gravée en i()Oi par Nicolas De Bruyn; il en existe un grand nombre de répétitions. M. Riegel {Beiträge, etc., tome II, page ôq) place le prototype dans la Galerie de Hambourg. Le musée de Brunswick en possède une édition, également originale, datée de 1608. La Galerie Harrach, à Vienne, les musées dWugsbourg, d'Anvers, de Bruges, de Parme [Scuola fiamminga, n° -l'oi), nous en montrent des exemplaires plus ou moins parfaits. M. Riegel nous assure qu'il existe même une tapisserie, reproduisant la même donnée, au Palais impérial de Vienne.

3. Nous ignorons où se trouve ce tableau. Il a été gravé par Jean van Londerscel.

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