‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 186 sur 213 · JEAN VAN RAVESTEYN · texte numérisé non relu

JEAN VAN RAVESTEYN

Réduction de la gravure de Paul Pontuis, d'après van Dyck.

une manière large et facile de procéder, autant pour l'histoire que pour le portrait.

Ravesteyn. — Je ne puis omettre de citer encore à La Haye un très bon peintre et portraitiste du nom de Ravesteyn, lequel a une bonne manière de procéder'.

Arnold Jansz Druyvesteyn. — A Harlem, il y a un jeune homme, Arnold Jansz Druyvesteyn, qui peint habilement le paysage et les petites figures, mais qui ne pratique qu'en amateur'.

mettant en couleur une ancienne vue de la ville. (P. A. Leupe, Aanteekeningen tiit het dagboek v.m bitrgemeesteren, etc., van den Haag. {Archief d'OhrQtn, tome II, pages io5 et 12b.)

Ad. Siret {Dictionnaire des Peintres, 3» édition, 1881, page 5i2) assure qu'il peignit des vitraux pour la chapelle du château de Fredericksborg, près Copenhague, de'truit par le feu en i85(i.

De i'3?i à 1666 nous trouvons Evrard Krynsz vander Maes d'une manière presque ininterrompue parmi les dignitaires de la corporation artistique de La Haye. (Voir A. Bredius, De Deekens en Hooftmans van Haagsclie St. Lucas Gilde, dans VArchief d'Obreen, tome V, pages 67-84.) Il ne saurait donc être admis, comme le veut Immerseel, que la carrière du peintre prit fin en lùi-j.

I. Jean van Ravesteyn, né en 1572 et mort au mois de juin ii)57, à La Haye, fut un des plus grands portraitistes de son temps. On voit de lui, dans les salles de l'hôtel de ville et au musée municipal de la Haye, de grandes toiles représentant les officiers de la garde bourgeoise, œuvres trop peu connues et qui peuvent compter parmi les plus belles du genre. L'une est datée de 16 lô, l'autre de if'M7. Cette dernière fut commandée au peintre par Pierre van Veen, au nom de la ville, et pavée 5oo florins. (Voir A. J. Servaas van Rooyendans le Xedcrlandsche Kunstbode, page 334. Harlem, 1881.)

Le Magistrat, délibérant sur la construction du nouveau Doelcn, quatorze personnages, i63(j. Autre tableau d'officiers, i638.

Au musée de La Haye se trouvent vingt-quatre portraits de colonels au service de la République des Provinces-Unies. Ils sont datés de lôii, 1612, iôi5, iGiô, 1021 et 1624 et furent probablement exécutés pour le prince Maurice. (Voir Vict. de Stuers, Catalogue des tableaux et sculptures du musée royal de la Haye, 4° édition (i883), pages 20-21.) Les œuvres de Ravesteyn ne se rencontrent pas seulement en Hollande. Il y a au musée de Dresde un portrait du prince Maurice daté de i6o5 ; à Munich, trois belles peintures dont l'une date de 1622. Le musée de Lille possède de lui deux magnifiques portraits des époux Vrydaghs van VoUenhoven, acquis en 1808. (N"" 436-437.) Ils ne sont point datés.

On ne connaît pas le maitre de Ravesteyn. Admis à la gilde de Saint-Luc à La Ha3-e, en 1597, il y fonctionna plusieurs fois comme doyen jusqu'en i636. (Voir A. Bredius dans VArchief d'Obreen, tome III, page 285, et tome V, page 67.) En parcourant la liste des doyens, nous rencontrons d'autres peintres du nom de Ravesteyn : Antoine, ayant servi trois ans déjà en i632, et Arnold, en i6()6 et 1667; ce dernier était fils de Jean; il était venu au monde en i6i.5. ( C. Vosmaer, Rembrandt Harmens van Rijn, ses précurseurs et ses années d'apprentissage, pages 81 et suiv. et 161. La Haye, i863.)

\"an Dyck a inséré le portrait de Jean van Ravesteyn, gravé par Paul Pontius, dans son Iconographie. Nous le reproduisons.

2. Arnold Jansz Druyvesteyn naquit à Harlem en 1567. Samuel Ampsing (Beschryvinge en Lof der Stad Haerlem, page 3()6. Harlem, 1628) affirme qu'il mourut le 5 août 1627, âgé de cinquante ans; De Jongh, d'après des «renseignements particuliers)', reprenait cette date du chroniqueur, rectifiant ainsi Houbraken qui faisait mourir Druyvesteyn dix ans plus tôt. Pourtant Houbraken était

•/• Crt/ys. Cx^ati

JACQUES DE MOSSCHER.

Fac-similé d'une gra\ure de ,1. Stoiker, d'après .1. van Ravcstcyn.

Jacques De Mosscher. — A Delft, il y a Jacques de Mosscher, très expert dans toutes les parties d^ l'art'.

Thonis Ariaensz. — A Alkmaar, il y a Thonis Ariaensz, un bon peintre ^.

Nicolas vander Heck. — Nicolas vander Heck, de la famille de Martin Heemskerck et élève de Jean Naghel, bon peintre, surtout pour le paysage ^.

dans le vrai, car M. A. vander Willigen {les Artistes de Harlem, page 122) a trouve' dans les archives de l'e'glise de Saint-Bavon, à Harlem, sous la date du 5 août ilny, la mention de la mort de Druyvesteyn qui occupait alors (pour la cinquième fois) les fonctions de bourgmestre.

M. vander Willigen ajoute que Frans Hals peignit plusieurs fois le portrait d'Arnold Jansz Druyvesteyn. Il faut se rappeler, toutefois, que le plus ancien tableau que l'on connaisse de Frans Hals est de 161 3 (voir W. Bode, Studien ^nr Geschichte der Hollandischen Malerei, page 43), que, dès lors, les portraits dont il s'agit doivent être au nombre des premières œuvres du grand peintre, son modèle étant mort en 16 17.

Nous ne pourrions citer aucune œuvre de Druyvesteyn qui, du reste, n'a pratiqué qu'en amateur, on vient de le voir.

1. Jacques Fransz De Mosscher fut élève de van Mander et entra dans la gilde de Harlem en iSglî. (A. vander Willigen, les Artistes de Harlem, page 227.) Nous le trouvons également inscrit à la gilde de Delft, le trente-huitième sur la liste commencée en i(3i3. (.4rc/nV/ d'Obreen, tome 1"'', page 5.) Il porte le nom de Jacob Musscher, et, en marge, il est dit <i Jacob Fransz Muskel ». Les anciens auteurs ne mentionnent pas Jacques De Mosscher, dont le portrait gravé en manière noire par J. Stolker d'après Ravesteyn est joint à cet article. La Galerie de Schlcissheim possédait, sous le nom de J. van Mopel, un paysage signalé pour la première fois par le Ü'' W. Bode, qui nous donne aussi le fac-similé de la signature du maître : J. v.in Mosscher. {Die Künstler von Harlem. {Zeitschrift für bildende Kunst> tome VII, page 173.)

Jugeant toutefois par le st3le, M. Bode ne se croit pas justifié à ranger ce tableau, qui est aujourd'hui à la Pinacothèque de Munich, dans l'œuvre du maitre cité par van Mander. La Pinacothèque possèd un second paysage attribué au maître. 11 provient également de Schleissheim.

Jacques De Mosscher était poète et le sonnet qu'il adresse à van Mander, et que celui-ci fait imprimer en tète de son livre, est loin d'être dénué de valeur.

2. La gilde de Saint-Luc ne fut érigée à Alkmaar que le 3o décembre i()3i. Nous avons parcouru la liste des confrères qui y furent inscrits, à partir de cette date. Cette liste a été publiée par M. A. vander Willigen dans le Nederlandsche Spectator du 25 mai 1837. Un seul porte le prénont d'Antoine (Tlionis); il est admis en 1645 et s'appelle vande Zande ; il nous est impossible de savoir si van Mander a entendu le désigner. De quatre Adrien, également inscrits, pas un ne s'appelle vande Zande. Antoine vande Zande n'est donc pas fils d'Adrien. Si, d'autre part, nous jetons les yeux sur les peintures conservées à Alkmaar, — nous parlons des tableaux de corporation, — Thonis Ariaensz n'est pas cité comme l'auteur d'une de ces toiles que décrit avec beaucoup de soin M. Bruinvis dans le Kiinstbode de 1880, page 90.

Passant aux artistes cités sous le nom d'.\ertsz, nous en trouvons un portant le prénom d'Antoine qui se fait admettre à la gilde de La Haye à la tin du xvi° siècle. (Voir Archief A'Oh\:cc.n, article de M. A. Bredius, tome V, page 11.) Mais ce serait beaucoup s'aventurer que de l'identifier avec celui que mentionne van Mander.

Et, pour épuiser la matière, nous ajouterons que la gilde de Dordrecht admit le i5 juillet 1621 un Teuncs Aertsz, peintre verrier.

3. Nicolas vander Heck lut, selon Houbraken, un des fondateurs de la gilde de Saint-Luc d'Alk-

PIERRE GEERITSZ MONTFORT. — JEAN ARIAENSZ 349

Pierre Geeritsz Montfort. — Toujours à Delft demeure un jeune artiste fort distingué, Pierre Geeritsz Montfort, né à Delft et issu de bonne famille. Il cultive Tart par goût et s'y montre très appliqué. Il est âgé d'environ vingt-cinq ans et est élève de Michel Miereveld chez qui, toutefois, il n'est resté que six mois. 11 s'applique sans relâche à l'étude des beautés de la peinture, du coloris, etc., et pratique par lui-même de diverses façons, faisant aussi sur papier bleu des dessins rehaussés de blanc et de noir. Son aspiration n'est pas de beaucoup produire, mais de produire quelque chose qui vaille'.

Pierre Diericksen Cluyt. — Un autre élève de Miereveld est Pierre Diericksen Cluyt, de Delft. Son père, botaniste distingué, auquel était confiée la direction du jardin botanique de Leyde, a écrit un savant ouvrage flamand sur les abeilles et leur miel.

Pierre, le fils, est très appliqué à la poursuite de la perfection artistique et se montre intelligent dans la composition, le dessin et la peinture '.

Jean Ariaensz, de Leyde. — Il faut compter aussi honorablement parmi les peintres Jean Ariaensz, de Leyde, qui traite le paysage et d'autres parties de l'art avec talent, et fait de jolies architectures.

maar en lôji. L'auteur se trompe. Toutefois le maître avait dès longtemps placé des peintures à l'hôtel de ville, — ■ notamment en iôi3 un grand paysage où figurait la noblesse (voir Bruinvis, Kiinstbode, 1880, page 90), — lorsqu'il se fit inscrire en i635. Houbraken mentionne de lui le Jugement de Salomon, la Justice de Camhyse, enfin une autre scène où un magistrat est de'capitJ pour avoir rendu un arrêt injuste, comme existant k l'hôtel communal d'Alkmaar.

Le même auteur cite d'autres toiles de vander Heck qu'il connaît chez des particuliers : une Fête villageoise, la Table de Cèbes, le portrait du naturaliste Adrien Matius, etc. Nous n'avons point la date de la mort du peintre. Le catalogue du musée de Dresde (édition de 1868) lui attribue deux paysages. Nicolas vander Heck était petit-neveu de Martin Heemskerck et fils de Jacob Dirksz vander Heck qui fut l'héritier de ce maître. (Voir la généalogie publiée par vander Willigen, les Artistes de Harlem, page lyS.)

1. Van Mander a parlé déjà de ce jeune homme dans la biographie de Miereveld. (Voir ci-dessus, page 175.) M. Henry Havard {l'Art et les Artistes hollandais, tome I", Appendice B. Paris, 1S79) rappelle un passage de Bleyswijck où il est dit que Miereveld avait des égards particuliers pour Montfort, et nous apprend, d'après ses propres recherches, que le peintre-amateur vivait encore le 24 juillet 1620. Pour être âgé de vingt-cinq ans en 1604, comme le fait observer M. Havard, Pierre Montfort avait vu le jour vers iSyo.

2. Cluyt a été mentionné déjà à la page lyS. Nous avons dit alors qu'il était fils de Théodorus Clutius. A notre connaissance, aucune œuvre ne figure sous son nom dans les Galeries.

33o LE LIVRE DES PEINTRES

Après avoir visité un grand nombre de pays, il s'est fixé à Leyde. C'est un homme dans la force de Tage'.

Hubert Tons. — Je ne puis omettre de citer non plus, parmi les jeunes peintres d'avenir, le très intelligent Hubert Tons, un descendant du Tons dont il a été question plus haut. Il fait de très jolis paysages et des figures en petit et habite Rotterdam-.

Bien d'autres jeunes talents mériteraient sans doute de trouver place ici, mais leur nom m'est inconnu ou m'échappe en ce moment. Je compte que leurs progrès seront tels que la Renommée se chargera de les faire connaître et de transmettre leur souvenir à la postérité.

S'il m'était arrivé, par contre, de vanter quelqu'un au delà de ses mérites, puisse-t-il y trouver un stimulant à se montrer digne un jour de tels éloges.

Je souhaite, enfin, que nul ne dénigre mon labeur, soit à cause de ses imperfections, soit pour y avoir trouvé quelque chose qui ait été de nature à lui déplaire.

Que personne, non plus, ne cherche à se grandir par vanité, au nom de cet art que j'ai, ci-dessus, appelé le reflet de la vie et qualifié de fleur ; qu'on se souvienne que notre vie n'est elle-même qu'une ombre fugitive et une fleur des champs bientôt flétrie.

Le sceptre du plus puissant monarque, la plume et le pinceau les plus habiles, sont arrachés par la mort aux mains qui les détiennent, aussi l'art par excellence à cultiver et à pratiquer est-il l'amour du prochain, seule voie de l'éternelle félicité.

1. Orlcrs, dans sa description de Leyde {Bcschryvinge der Stadt Lcy den, page 370, 1Ô41), se borne à reproduire van Mander en ajoutant qu'Adriaensz est « mort en cette ville, il y a quelques anne'es ». M. Vosmaer {Rembrandt, sa vie et ses œuvres, page 28, La Haye, 1877) nous montre Jean Adriacns tt. paysagiste, mort vers i6i2v, s'associant à quelques autres peintres pour obtenir la constitution d'une gilde de Saint-Luc par la ville de Leyde.

2. Nous avons, comme l'entendait van Mander, donné place à la présente notice, à la suite de celle de Guillaume et Jean Tons (tome I", chapitre xxxiv, page 270), en ajoutant que Hubert fut inscrit à la gilde de Saint-Luc d'Anvers en iScjG.

Il peut être utile d'ajouter ici qu'un Jean Tons, statuaire, fut admis en qualité de maître, le .11 mars i''i4i, dans le métier des Quatre Couronnés de Bruxelles. (Voir A. Pinchart, Archives des Arts, Sciences et Lettres, tome I"', i8(3o, p. 37.)

LE LIVRE DES PEINTRES 35i

J'aurais pu consacrer quelques chapitres aux plus habiles d'entre les peintres verriers et aux graveurs, ainsi qu'aux femmes qui, dans nos Pays-Bas, ont manié le pinceau. Mais, outre que j'ai eu l'occasion de mentionner les principaux en parlant des peintres, je m'aperçois que mon livre grossit à vue d'œil. Je m'en tiens donc à mon projet primitif de parler des peintres seulement.

Au surplus, il est grand temps, me semble-t-il, qu'ayant relaté comment ont peint les autres, je m'en retourne à mes propres pinceaux afin de constater si moi-même je puis faire quelque chose qui vaille.

Je dépose donc, pour l'amour de l'art, cette plume que jusqu'ici j'ai tenue pour l'honneur de ses adeptes, l'enseignement et la délectation de la jeunesse artiste, et maniée non sans grande dépense de temps et de fatigue et de préjudice pour moi-même.

Ce qui ne m'a pas empêché de poursuivre et d'achever ma tâche avec le même amour qui me l'avait fait entreprendre.

Page 1