‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 44 sur 213 · Voir ci-après, chapitre xxxi · texte numérisé non relu

Voir ci-après, chapitre xxxi

5. C'est-à-dire, sous le gouvernement de l'archiduc Ernest d'Autriche en i3o4.

LES FRERES FRANÇOIS ET GILLES MOSTART 6i

Alors ce fut au tour de Gilles de faire ses doléances au sujet de l'Espagnol qui refusait de payer son œuvre un prix équitable et pour cela lui cherchait noise afin d'obtenir la peinture pour rien ; bref, l'Espagnol eut tous les torts du monde.

Je pourrais citer de lui quantité d'autres niches de l'espèce; l'histoire d'une Cène où l'on se battait et qu'il savait également modifier en la lavant; un Jugement dernier, dans lequel il s"était mis en enfer, jouant au trictrac avec un ami, et nombre de bons mots qu'il serait trop long de rapporter, car j'en aurais de quoi faire un volume.

En mourant il léguait l'univers à ses enfants', disant qu'ils y trouveraient du bien en abondance, avec cette réserve qu'il leur faudrait trouver le moyen de le gagner. Il mourut à un âge avancé, le 28 décembre 1598.

11 y a à Middelbourg, chez M. Wijntgis, un grand et beau tableau de lui, où les sieurs de Schetz sont reçus en grande pompe par les paysans, comme seigneurs de Hoboken'. Il y a encore un Portement de la croix et une perspective, effet de nuit, où Saint Pierre est délivré de prison et conduit par l'ange, et plusieurs autres choses très bien faites.

COMMENTAIRE

Les deux Mostaert méritent les éloges que van Mander leur accorde et, de même que Jacques Grimmer, Savery, etc., font preuve d'une véritable initiative en qualité de paysagistes et de peintres de vues de ville. C'est ainsi que Jules Goltzius nous a laissé une suite des Mois gravée d'après Gilles, extrêmement bien étudiée et rendant à merveille les sites de la Flandre aux diverses saisons.

Le burin de Henri Causé nous reproduit également une vue de la grande place d'Anvers avec l'ancien hôtel de ville, démoli en 1564. Nous en concluons qu'un Ecce Homo, appartenant à l'administration communale d'Anvers, et où le Christ est présenté au peuple du haut du perron de cet ancien hôtel de ville, est l'œuvre, non pas de Gilles, mais de François Mostaert"*.

1. Marie en i5(34, il eut dix enfants. (Vanden Branden, page !>o6.) Quand il mourut, sa famille était dans une profonde misère. Le portrait de Gilles Mostaert, peint par Guillaume Key, est au muse'e du Belvédère, à Vienne, n° gSa du catalogue de 1884.

2. Gaspard, Balthasar et Melchior Schetz, d'Anvers. Melchior fut banquier et trésorier général de Philippe II (i5i4-i58i).

3. Ce tableau figura à l'Exposition rétrospective d'.Xnvers en 1877, n" 5oo du catalogue.

Le Rclvcdcre, à Vienne, possède trois paysages, des sites montagneux, égalenient dus au pinceau de François. (2'^ étage, n"* loSj, io38 et loSg.) Il est évident que, pour s'être fait une réputation à l'époque de sa mort, le jeune artiste avait dû produire un nombre d'œuvres au moins suffisant pour qu'on apprit à le connaître. 11 partage donc jusqu'ici le sort de son maître, de Blés, de Mandyn et de nombre d'autres oubliés.

Les œuvres de Gilles Mostaert, chose remarquable, ne sont pas plus nombreuses que celles de son frère.

Contrairement à l'assertion de van Mander, il ne peignit pas seulement la figure, puisque nous venons de signaler une suite de paysages gravés d'après lui par Goltzius. Nous le trouvons, en outre, en i5()5, recevant de la part de l'archiduc Ernest d'Autriche une somme de 98 fl. 8 sous, pour deux tableaux acquis par le gouverneur et qui devraient se trouver encore à Vienne, où l'on envoya la collection rassemblée par le frère de l'empereur. 11 s'agissait d'un Eff^t de lune et d'un Effet d'incendie '. Le n" 1037, attribué à François Mostaert, est précisément un clair de lune, .\ugustin Carrache Ht une gravure du Couronnement de la Vierge d'après G. Mostaert ; de même beaucoup d'autres graveurs, Jean Sadeler, Henri Hondius, les Wiericx, nous permettent de juger ses compositions religieuses conçues dans le goût de Michel van Coxcven -. Au surplus, le musée d'Anvers possède de l'artiste un tableau d'une certaine importance; plusieurs personnages entourant un Christ en croix. (N" 261.)

Le musée de Copenhague possède de lui un autre Christ en croix authentiqué par la signature. iN» 246.)

Un second Gilles Mostaert, né en i588, devint franc-maître de la gilde de Saint-Luc d'Anvers en 161 2. Il était fils de notre artiste'*.

M. vanden Branden donne une liste étendue d'oeuvres de Gilles Mostaert désignées dans les inventaires anversois, notamment celui du célèbre amateur van Valkenisse où ne figurent pas seulement une soixantaine de tableaux, mais dix-huit assiettes peintes par l'habile praticien. Que sont devenues toutes ces œuvres? En dehors de celles que nous avons mentionnées, M. vanden Branden n'a pu retrouver que quelques petits panneaux de la Passion appartenant aux hospices d'Anvers.

Gilles Mostaert comptait parmi les bons peintres de son temps. Ce qui le prouve, c'est qu'il fut appelé, conjointement avec Martin De Vos, Amhroise Francken et Bernard De Ryckere, à estimer la valeur du Jugement dernier de Raphaël Coxcie, commandé par la municipalité gantoise ''. Les missions de ce genre ne se confiaient qu'à des artistes d'un talent éprouvé.

I. Voyez le Voyaf^e d'Ernest d'Autriche, etc., par le docteur Coremans, dans le Bulletin de la commission royale d'histoire, tome XIII, page 120.

■2. Nous pouvons citer l'Homme des douleurs, par Wiericx (Alvin, n"" 198, 224, 11IÎ2); le Christ en croix, par Jean Sadeler; Saint Jérôme au désert, par le même; Saint Paul à Malte, par H,. Hondius; le Couronnement de la Vierge, par Augustin Carrache; Madeleine au pied de la croix, par un anonyme : Hans Liefrinck excud.

?. Vanden Branden, Geschiedenis, page 3oG.

4. Edmond De Busscher, Un Procès artistique au XVI" siècle. (Bulletin de V Académie royale de Belgique, 2" se'rie, tome XVI.)

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