MARINUS LE ZÉLANDAIS, DE ROMERSWAEL
La réputation qu'il s'est acquise ne permet pas que Ton passe sous silence un bon peintre du nom de Marin de Romerswael ou Marin le Zélandais. Ses œuvres se rencontraient beaucoup autrefois en Zélande.
C'était un habile praticien à la manière moderne, plus dure qu'agréable, à en juger par ce que j'ai vu de lui. Chez Wijntgis, à Middelbourg, il y a un Receveur, assis dans son bureau, œuvre bien composée et fort joliment peinte'. J'ignore les dates de sa naissance et de sa mort, mais je sais qu'il florissait au temps de Frans Floris.
Il y a peu de temps encore Marinus était un inconnu. Rathgeher et Passavant le passent sous silence dans leurs études sur Fecole flamande, et Waai^en, qui le fait vivre à Bàle, l'appelle maître Max'unin, probablement sur la foi d'une signature mal lue. Ce fut Mündler qui, le premier Journal des Beaux-Arts, i863, page 127), mit sur la voie du nom véritable du peintre. Le doute était d'autant moins possible que plusieurs de ses tableaux, entre autres le n" i38 de la Pinacothèque de Munich, portent le mot Reymersii'aelen avant ou après le nom. Marinus, bien qu'il se présente comme un imitateur, et presque un plagiaire de Quentin Metsys, n'en est pas moins un peintre intéressant et e.xpressif, en même temps qu'un praticien d'une rare habileté. Guichardin le connaissait tout au moins de nom; il l'appelait Marino di Sirissea, c'està-dire de Zierickzee. Vasari se contente de dire Marino di Siressia, ce qui ne signifie plus rien. En somme, Marinus, Marin, est un prénom parfaitement connu, et le qualificatif Zeez/)/', le Zélandais, n'est qu'un simple surnom. L'auteur du catalogue du musée de Dresde croyait que Marinus était la traduction de vander Meer.
Le catalogue de la Galerie Nationale de Londres croit également à tort que Zeeun^ est l'équivalent de Marinus, le prénom, et Romersii'aal, le nom patronymique. Le lecteur sait à quoi s'en tenir. Nous avons découvert que le peintre s'appelait Marin Glacszoon, était ZéXundaxs ( Z eemi> ) et, enfin, natif de Romerswaal ou Reimerswael, une des villes submergées de l'ile de Walcheren.
I. Pcut-Otre k tableau du musée de Munich, n" 44. (N" ilîtj, catalogue Reber.)
L'apprentissage de Marinus se fit à Anvers où son père avait été reçu franc-maitre en 1475 à la gilde de Saint-Luc, sous le nom de Claes i,Nicolas) de Zierickzee'. Nous disons son père, attendu qu'en l'année iSog « xMarin Claessone itils de Nicolas), le Zélandais », est inscrit comme élève chez Simon van Daele, peintre sur verre. Le mot Zeelander, employé à Anvers, équivaut à celui de Zeeuw, employé en Hollande pour désigner les Zélandais. Il devient donc probable que Marin Claeszone de Zeeuw a fait à Anvers, et dans le voisinage de Quentin Metsys, ses débuts.
Jusqu'à ce jour les œuvres reconnues du maître sont assez peu nombreuses ; elles se confondent plus d'une fois, sans doute, avec celles de Quentin Metsys, comme l'a fait observer avant nous M. Max Rooses.
Il faut remarquer aussi que les deux artistes furent contemporains, car, en réalité, un Saint Jérôme en méditation^ au musée de Madrid, est daté de i52 1 -.
Les autres dates que l'on a relevées sur les peintures de Marinus sont i538 et 1542, sur deux admirables panneaux de la Pinacothèque de Munich, un Changeur et sa femme et un Receveur. Un tableau de Dresde, reproduction presque textuelle du tableau de Quentin Metsys du Louvre, les Peseiirs d'or, est daté de iSqi. Un autre, à Madrid, porte la date de i558 qui figure également sur une version à Nantes, enfin, sur une dernière répétition à Copenhague, figure la date de i56o'*.
Ajoutons, pour compléter l'œuvre du maître : une Vierge avec VEnfant Jésus et un second Saint Jérôme, au musée de Madrid. Un admirable Usurier ou Banquier à Londres, à la Galerie Nationale (n» 944^ et un tableau très proche de celui-ci attribué à Quentin Metsvs : le Comptable, au niusée d'Anvers (n" 244). Puis encore deux répétitions des Usuriers à Anvers et à Valenciennes, un Banquier chez le marquis de Lansdowne, à Londres '', un Saint Jérôme au palais Brignole Sale, à Gènes, et une Sainte Famille au palais Balbi Piovera, attribués l'un et l'autre à Lucas de Leyde''; un autre Saint Jérôme au Belvédère, à Vienne (n° 989), et V Administrateur infidèle, (n° 988), du même musée; un Saint Jérôme chez M. le chevalier de Burbure, à Anvers, et un autre au musée de Douai, et nous en passons très probablement.
Le catalogue de la Galerie Nationale de Londres recule jusqu'en 1567, « et même au delà », la date de la mort de Tartiste. Voici qui tend à confirmer cette présomption :
Par sentence du 23 juin 1567, Marin Claeszoon, né à Romerswael, est condamné à