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BARTHELEMY SPRANGHER iSg
Ce sont là les œuvres publiques de Sprangher, mais il y en a beaucoup d'autres chez l'empereur, car Sa Majesté a pris un goût très vif aux travaux de son peintre.
En i582, se trouvant à Vienne, l'empereur donna l'ordre à Sprangher de quitter Prague et d'aller le rejoindre à la Diète d'Augsbourg, ce que Sprangher fit avec sa femme et son ménage, et il accompagna ensuite l'empereur à Vienne.
A dater de cette époque, l'empereur ne voulut plus permettre que Sprangher travaillât chez lui, mais exigea qu'il eût son atelier dans les appartements privés du souverain, qui prenait grand plaisir à le voir peindre.
Retourné à Prague, Sprangher continua d'y peindre en présence de l'empereur, d'où vient que si peu de personnes possèdent de ses tableaux, car il ne se faisait point aider, et le ciel l'ayant comblé de ses biens, il ne travaillait que pour son plaisir, sans autre ambition que de contenter son maître, et cela pendant près de dix-sept années.
N'étant pas de l'étoffe dont on fait les courtisans, race éhontée, Sprangher ne fut jamais quémandeur, et s'il obtint quelque chose, il peut se vanter d'avoir toujours obtenu de son empereur la bonne grâce et la faveur 'auxquelles il avait droit de prétendre.
Il eut, à la fin, la récompense de sa discrétion, car, un jour, en i588, l'empereur étant à Prague, dans un grand festin, et en présence de toute la cour, lui fit mettre au cou une triple chaîne d'or, avec ordre de la porter toujours. L'honneur fait à Sprangher rejaillit sur l'art tout entier.
Quelques années auparavant, l'empereur, en présence des Etats rassemblés à Prague, avait conféré à Sprangher la noblesse pour lui et ses descendants et, à dater de ce jour, le peintre ajouta à son nom celui de vanden Schilde que, pendant bien des années, avaient porté ses ancêtres, car il est d'usage dans ce pays, lorsqu'on est admis à la noblesse, d'ajouter ainsi un nouveau nom au sien.
On peut donc dire à présent messire Barthélémy Sprangher vanden Schilde, un titre qui s'associe fort bien à la qualité de l'homme, attendu
,4o LE LIVRE DES PEINTRES
que le mot peintre tire son origine de Técu, comme il a été dit ailleurs ^
Énumérer les ouvrages que Sprangher fit pour l'empereur serait lono-, car il y en a beaucoup *. Il fit également pour Sa Majesté des miniatures, genre dans lequel il se distinguait aussi, diaprés moi, car je ne connais pas de meilleurs travaux de l'espèce qu'une Dispute du Saint-Sacrement que je vis de lui à Rome.
- 11 fit aussi, quoiqu'on petit nombre, des œuvres destinées à quelques amis.
Vu le grand âge de Sprangher, l'empereur lui permit enfin de travailler chez lui, à la condition, toutefois, qu'il eût constamment en train quelque œuvre, grande ou petite, pour Sa Majesté, ce qu'il fait, étant passionné pour son art et déplorant amèrement le temps perdu, maintenant que ses yeux, ses bras, ses jambes, le servent moins bien que par le passé. De l'avis unanime, toutefois, ses dernières œuvres sont toujours les meilleures.
Nous eussions désiré voir aux Pays-Bas beaucoup d'œuvres comme celle qu'il a récemment envoyée au brave amateur M. Pilgrim, Vénus et Mercure apprenant à lire à Cupidon, page excellemment composée et peinte, et grandement vantée des connaisseurs.
Touchant ses dessins, je ne lui connais pas de pareil pour le maniement de la plume et je suis d'accord en cela avec les plus compétents dans ce genre, notamment Goltzius, qui m'a dit ne savoir personne de plus habile.
Nous avons vu ici ce magnifique Banquet des dieux^ ou les Noces de Psyché, que l'habile et savant burin de Goltzius a reproduit en i585 et où, en ce qui concerne la composition, on voit combien sont habilement distribués les groupes et comme chaque personnage est bien dans son rôle, car Hercule est le portier, les Muses et Apollon