‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 86 sur 213 · Voir ci-après, chapitre xxxii · texte numérisé non relu

Voir ci-après, chapitre xxxii

2. La fidélité doit se prouver. Il nous paraît absolument probable que ce fut à cette occasion que notre auteur donna au château de Sevenberghen, non loin de Harlem, la fête dont parle son biographe anonyme. Van Mander avait composé lui-même l'esbatement.

peinture et le dirent bienvenu. Sa présence nous fut douce et son départ nous causa de vifs regrets.

Il fut aussi reçu dans sa ville natale avec de grandes démonstrations de joie. Il se rendit ensuite à Cologne et regagna sa demeure de Prague où il continue de s'occuper vaillamment de son art.

Aujourd'hui que Sprangher est seul, que l'âge approche pour lui à grands pas, qu'il s'est vu ravir en ce monde sa chère et vertueuse épouse ' et ses enfants, il faudrait que quelque clémente Médée pût lui rendre la Jeunesse. Mais puisqu'il n'en sera point ainsi, l'Art sera sa compagne, et chaque jour viendra le rajeunir par son doux commerce, et nouveau Michel-Ange, lui donnera pour rejetons des oeuvres qui feront briller son nom au temple de Mémoire et mériteront qu'on y trace en caractères ineffaçables qu'il a loyalement servi de ses pinceaux un pape et deux empereurs-.

Bien que se qualifiant volontiers de Belge et d'Anversois, B. Spranger a peu d'allinités avec l'Ecole flamande. D'autre part, autant par ses défauts que par ses qualités, il occupe la première place parmi ces peintres et ces graveurs qui illustrent la fin du xvi"^ siècle dans les cours d'Allemagne et d'Italie et portent, non sans honneur, le nom belge à l'étranger.

Spranger est un homme d'imagination très puissante et même un véritable peintre, très entraîné qu'il soit par les exagérations de l'école italienne formée aux exemples du Parmesan et du Primatice.

Dans les Pavs-Bas, son influence se fit surtout sentir en Hollande où, grâce à van Mander lui-même, grâce à Corneille Cornelisz et à Goitzius, on eut bientôt l'occasion de voir se produire les plus terribles contorsions musculaires au milieu de compositions souvent très intéressantes. Van Mander, peut-on dire, est le héraut de Spranger, le missionnaire de ses principes. En Flandre, à Anvers, l'entrainement fut moindre, et Rubens eut bientôt fait d'attirer dans son orbite la jeune école née des enseignements d'Otto Venius et de van Balen. Adam van Noort, cependant, se ressentit dans une certaine mesure de l'influence sprangericnne, et nous connaissons du maître de Rubens des compositions que la gravure représente comme très tourmentées.

1. Ce triste événement inspira à Spranger une composition alle'gorique grave'e par G. Sadeler, comme on l'a vu plus haut. Nous la reproduisons k la page r23.

2. On a exagéré l'âge de B. Spranger à l'époque de sa venue aux Pays-Bas. Ce voyage se fit en i(j02; le maître, étant né en iS^-h, n'avait en réalité que cinquante-six ans.

BARTHELEMY SPRANGHER 143

Les événements de lu carrière de Spranger sont exposés avec une précision suffisante pour nous dispenser, à son sujet, d'un commentaire étendu; il est toutefois un point que les biographes ne sont pas parvenus à résoudre et sur lequel il va lieu de revenir. Nous voulons parler de la date de la mort du maître.

Presque tous les auteurs ont à ce sujet leur opinion, mais aucun ne la justifie '. Les plus récents critiques prennent le parti fort sage de s'arrêter à la dernière date positive de Texistence du personnage-, c'est-à-dire après Tannée où écrivait van Mander, 1604.

D'abord, il faut observer qu'en 1606, Spranger signe la dédicace de la Nativité gravée par Müller et nous avons trouvé un document assez imprévu qui ne permet point de douter que Spranger est bien réellement mort après 1627. Il s'agit d'une estampe de Jean Müller (Bartsch, n° 6j] et que Bartsch décrit comme suit :

« Mercure amenant à Minerve le jeune G. Spranger, qui se prosterne aux pieds de la déesse et reçoit une couronne de laurier. L'Envie et la Paresse sont terrassées derrière le siège de Minerve. »

La dédicace porte : « B. Spranger SchiJia^ hœcpro tJiematc G. Sprang. CID.ID.XCII tiiiic adolescenti D. D. Qui postniodiini ea diviilgans maiori natu filio sua Math. Sprang. CD. Sculpiore J. Mullero CID.ID.CXXVII. » Bartsch donne même la dernière date comme CXX'VIII, en quoi il se trompe, du moins d'après notre épreuve.

Le sens de cette dédicace n'est pas des plus clairs : on peut croire que G. Spranger mourut après i5()2 et que la dédicace se Ht alors à son frère aîné, Mathieu Spranger, en 1627. Mais il n'en est pas ainsi, et ce qui prouve que Spranger était encore de ce monde, c'est la présence de sa signature sur l'épreuve que nous avons sous les yeux et à laquelle il a fait plusieurs retouches à la plume. Ce parafe équivaut ainsi à une sorte d'approbatur.

L'épreuve dont il s'agit provient de la collection Camberlyn '' et portait le n" 2269 du catalogue rédigé par F. Guichardot, l'éminent connaisseur, avec cette observation : « Rare et superbe épreuve du premier état non décrit, avant divers travaux, notamment la contre-taille sur la marche du siège, au-dessous du pied gauche de la déesse; elle est parafée par le peintre. »

Une très belle contre-épreuve était jointe au numéro précédent et portait également le parafe du peintre.

Deux points sont donc établis par la planche de Müller : le premier, que l'année de la mort de Spranger ne peut être antérieure à 1627; le second, que son fils aîné, Mathieu, vivait encore la même année, contrairement à l'assertion de van Mander, qui assure que la femme et les enfants du peintre avaient cessé de vivre en 1604.

L'examen de l'estampe de J. Müller nous permet même de croire que Mathieu Spranger se destinait à suivre la carrière paternelle, par la raison que la couronne que

1. Zani donne la date de ir)i4 comme limite extrême de la carrière de Spranger.

2. Riegel, Beiträge :;ur Niederländischen Kunstgeschichte, tome II, page 3i.

'i. Devrait être Schildi.t, van der Schilden, le nom que le peintre avait adopte' après son anoblissement.

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