Vendue à Paris en i8G
Minerve pose sur le front du jeune homme semble être la récompense de succès artistiques, caractérisés par les emblèmes de l'Architecture, de la Peinture et de la Sculpture.
Le voyage de Spranger dans les Pays-Bas nous dit suffisamment qu'il n'avait pas oublié la patrie pendant ses longues années d'absence. Dès l'année iSgS, il avait dédié au magistrat d'Anvers la belle planche exécutée par Müller d'après la composition des Arts remontant vers VOlympe (Bartsch, n° ■jS]-^ il était donc resté en relations avec son pays natal. Au surplus, le burin de Goltzius mit au jour de nombreuses reproductions de ses œuvres.
On évalue à plusieurs centaines le nombre des planches gravées d'après les peintures et les dessins de Spranger; ce chiffre nous parait exagéré; par contre, les plus beaux graveurs de la fin du xv!*-' siècle contribuèrent au renom de l'artiste et mirent au jour des planches qui, plus d'une fois, peuvent compter parmi les chefs-d'œuvre. Goltzius, les Sadeler, Boetius à Bolswert, Crispin de Passe, Jacques Matham, Jean Müller et bien d'autres ont lutté de délicatesse pour rendre les œuvres de Spranger. Jean Müller et Egide Sadeler nous ont laissé son portrait.
Le Künstler-Lexikon de Nagler donne une liste assez étendue des œuvres de Spranger et indique, en outre, les principales gravures exécutées d'après lui. Malgré la fécondité du maître, ses peintures ne se rencontrent pas souvent. C'est à peine si, dans les divers musées de l'Europe, l'on en trouve une vingtaine; le musée du Belvédère à lui seul en contient plus de la moitié. Le musée de l'Académie des Beaux-Arts et la Galerie Liechtenstein, à Vienne, les Galeries de Mayence, d'Oldenbourg, de Brunswick, de Stuttgart, les musées de Pesth et de Saint-Pétersbourg, enfin le palais de Hampton Court possèdent des spécimens plus ou moins importants de la manière du maître.
Sous le n° 45 I , le musée de Bruxelles possède une composition considérable attribuée au maître : Suzanne justifiée par Daniel. Nous hésitons beaucoup, pour notre part, à voir dans cette peinture une œuvre de Spranger, le style et le coloris surtout se rapprochant infiniment plus de ceux de Carcl van Mander. 11 n'y aurait rien de surprenant ù ce que la Suzanne en question ne fût le même tableau inscrit sous le titre de la Femme adultère de l'inventaire des tableaux de Charles de Croy (mort en 1Ö12)', comme une œ^uvre de van Mander.
En effet, le musée de Bruxelles tient son tableau de la maison d'Arenberg, anciennement alliée à celle des Croy, et, s'il n'y a aucun doute sur le sujet représenté, il n'en est pas moins vrai qu'au premier coup d'œil l'on songe bien plutôt à la Femme adultère qu'à la Justification de Su^anne^ puisque, de part et d'autre, il s'agit d'une femme poursuivie par la populace.
Les tableaux bibliques de Spranger sont extrêmement rares, particulièrement ceux de l'Ancien Testament; ils sont, au contraire, communs dans l'œuvre de van Mander.
Spranger paraît avoir modelé. Une estampe de Müller, V Amour et Psyché, porte l'inscription : B. Spranger in argilla, forma hemisphera, prius effinxit'^. On lui
1. Alexandre Pinchart, Archives des Sciences, etc., tome 1°', page lùi, n" 22.
2. E. Fétis, les Artistes belges à l'étranger, tome 1°'', page 418. Le muse'c de Stuttgart (n" 584) possède cette même composition du niaitie traduite en peinture.
BARTHÉLÉMY SPRANGHER 145
attribue également des eaux-fortes, six pièces, dont deux portent la date i58g et une autre celle de iSpS.
Les sujets de ces planches sont tous religieux, à l'exception d'une seule pièce, Un homme et une femme qui s'embrassent^ figures à mi-corps.
Les autres estampes représentent Saint Sébastien, Saint Jean VEvangéliste, Saint Barthélémy [i5Sg], Saint Paul, figure à mi-corps (iSSg), Saint Jean-Baptiste baptisant dans le Jourdain (iSgB), planche attribuée quelquefois à Pierre Aertsen.
Toutes ces pièces sont très rares.
Il est à remarquer que sur celles qui portent la signature du maître, son nom s'écrit Sprangers.
Gérard Hoet, dans son catalogue des ventes de tableaux faites dans les Pays-Bas, cite quelques tableaux de Spranger qui passèrent en vente au xviii« siècle, à Amsterdam et à La Haye.
En 1728 : la Vérité élevée au Ciel; iy2C), Mars et Vénus; ij3 i , Nymphes et Satyres ; 1734, Femmes endormies ; ij3q, Banquet des Dieux; 1740, Idem collection letswaart); 1764, Danaé.
Nous n'avons rencontré de peintures de Spranger dans aucun niusée de la Hollande.
CORNEILLE KETEL