PEINTRE EMINENT DE GOUDA
II y a des jeunes gens, quelque effort qu'ils fassent, qui se sentent arrêtés dès le début dans la carrière artistique, la nature ne leur venant pas en aide. D'autres, bien doués, eux, ne se donnent aucune peine et croient que la fortune paternelle leur sera d'un plus utile secours que l'aiguillon de la nécessité. D'autres, enfin, trop confiants dans leur étoile et leurs aptitudes naturelles, négligent le travail et restent en chemin.
Mais ceux auxquels la nature tend sa main secourable et qui s'eflForcent de suivre sans relâche la voie qu'elle leur trace, se fortifiant par l'étude et le travail, arrivent à goûter les fruits de leur labeur. La fortune sourit à ces prévoyants.
Je puis citer, sans crainte d'être contredit, l'exemple du peintrepoète. Corneille Ketel.
Il montra, dès son jeune âge, une grande application à l'étude et, à peine âgé de onze ans, comme il manifestait un goût très vif pour la peinture, fut mis en apprentissage chez un sien oncle, assez bon artiste, mais plus savant professeur que bon peintre.
Plus zélé que ses condisciples, il attira l'attention du peintre verrier Dirck Pietersz Crabeth', qui n'hésita point à dire en le montrant : « Celui-ci sera des cent qui arriveront. » Encouragé par cette parole, Ketel ne fit que s'appliquer avec plus d'ardeur au dessin et à la peinture.
Il naquit à Gouda, en 1548, le dimanche avant les Rameaux '^.
1. Le célèbre peintre verrier, auteur des vitraux de l'église de Saint-Jean, à Gouda, mort dans cette ville en iSyy. (Voir tome 1°'', page 234.)
2. Le i5 mars, si van Mander adopte le vieux st^'le, ce qui paraît vraisemblable. Du reste, le portrait de Ketel, gra\é par Bary, donne également la date de 154S.
CORNEILLE KETEL
Ayant accompli sa dix-huitième année, il devint Tëlève d'Antoine Blocklandt', à Delft, et passa chez lui l'année i565.
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CO K NEIL LE KETEL, DE GOUDA. Fac-similé de la gravure de H. Bary.
En i566, il partit pour Paris et se rendit à Fontainebleau, où travaillaient alors quelques jeunes Flamands : Jérôme Franck % Aper
1. Antoine van Monlfort. Voir sa biographie, tome I"'', chapitre l.
2. Voir à son sujet la biographie de Frans Floris, tome I", chapitre xliv, page IÎ49.
Fransen', Jean de Maeyer^ et Denys d'Utrecht ^ Ceux-ci lui firent bon accueil, et ils luttèrent d'ardeur de la manière la plus cordiale, jusqu'au moment où, après quelques mois, la cour étant venue s'établir à Fontainebleau, ils durent s'éloigner.
Ketel retourna alors à Paris et se mit en pension chez le peintre verrier du Roi, M. Jean de la Hame^ 11 y occupait un atelier indépendant et s'adonnait à la composition.
Il parut à cette époque un édit défendant, sous peine de mort, à tout sujet du roi d'Espagne, ayant moins de deux ans de séjour, de demeurer en France, par la raison que beaucoup de gens poursuivis pour le fait de religion y avaient cherché refuge. Ketel jugea prudent de s'en aller et échappa de la sorte au massacre de Paris "', puis revint en Hollande, bien résolu à retourner en France ou à se rendre en Italie.
Les circonstances contrarièrent ce projet et il demeura environ six ans dans sa ville natale de Gouda, où nombre de sirènes cherchèrent à le captiver par leurs doux chants.
Malheureusement la guerre favorisait peu les travaux artistiques et, en iSyS, Ketel s'embarquait pour l'Angleterre.
Arrivé à Londres, il y trouva un statuaire et architecte, grand ami de son oncle, qui lui fit bon accueil et ne permit point qu'il se logeât ailleurs que chez lui. Il trouva le moyen de vendre quelques peintures qu'il avait faites au pays, et entra en relation avec ceux de la Hanse, qui lui commandèrent nombre de portraits.
Ce fut en Angleterre qu'il contracta mariage avec son épouse actuelle, qui vint de Hollande à cet eff"et^, et ils restèrent à Londres
1. Elève de Frans Kloris. Il ne pratiquait l'art qu'en amateur. Voir tome 1»'', page 35o. 11 s'appelait Aper Franssen vander Houve ou vander Hoeven, et e'tait originaire de Delft. (Van Bleyswijck, ßc^cAri'/vinge der Stadt Delft, page 843 (i(3()7^, et tome F'', page 35o.)
2. Originaire d'Herenthals, élève de Frans Floris. M. de Lahorde {la Renaissance des Arts à la Cour de France) relève sa pre'sence à Fontainebleau le 8 novembre i5(3o. {Loc. cit., tome II, page 927.)
3. Aucun maître portant le nom de Denys, ni le prénom de Denis, ne figure dans la liste des peintres d'Utrecht publiée par M. S. Müller Fz. {Schilders vereenigingen te Utrecht. 1880.)
4. Jean de la Hamée, qui orna de ses verrières plusieurs demeures royales. (De Laborde, la Renaissance des Arts à la Cour de France, page 3gt3 et passim.)