Sir Edouard Vere, comte d'Oxford
6. Vertue mentionne les portraits de William Herbert, comte de Penibroke, du lord-amiral Lincoln, Henry Fitzalan, comte d'Arundel. M. George Scharf veut bien aussi nous signaler les portraits de sir Thomas ou sir William Gresham à Titsey Park, chez M. G. Leveson Gower; ce portrait est signé et porte la date de iSyq, et de sir Martin Frobisher, le célèbre marin (i535-i 5q4), à l'université d'Oxford. Cette dernière œuvre, un grand portrait exécuté en 1577, fut payée au peintre la somme de 5 livres sterling. Waagen, dans ses Trésors d'art de l'Angleterre, ne cite aucun des portraits en question.
7. Il y présenta au baptême, le ih novembre i58i, un hls qui reçut le nom de Raphaël. (A. D. De Vries, loc. cit.)
8. Ce tableau figure aujourd'hui à l'hôtel de ville d'Amsterdam; il porte le n" 34 de la description de M. Scheltema (Historische Beschrijving der Schilderijen van het Raadhuis te Amsterdam, page 22, 1879) et la date de i588. Nous ne savons, toutefois, si l'attribution est tout k fait exacte, par la raison que la description de van Mander concorde assez peu avec l'œuvre elle-même.
9. Nous n'avons pas vu cette particularité sur le tableau d'Amsterdam, peut-être mutilé.
,5o LE LIVRE DES PEINTRES
A la ressemblance des physionomies se joint la bonne exécution des ajustements et des accessoires. Dans la partie inférieure, il y a de petites allégories peintes en grisaille : les figures de Mars et de Vulcain imitant le bronze.
Pour expliquer ces emblèmes, Ketel écrivit le quatrain suivant :
Arrête, terrible Mars, tes sanguinaires exploits ; Et toi, Vulcain, cesse de forger des armes ; A vos pieds gisent vaincues La Haine, TAvarice, TEnvie et la Discorde.
Ketel composa et peignit encore deux allégories ; Tune où les Vertus triomphent des Vices et qu'il intitula : le Triomphe de la Vertu ; l'autre où les Vices triomphent des Vertus, et qu'il intitula le Triomphe du Vice\ Ces œuvres, que je vis chez Thonorable Jean van Weely, à Amsterdam, sont remarquablement peintes. Les Vertus et les Vices y sont des mieux caractérisés par leurs attributs.
Pour expliquer sa pensée, le peintre composa les poèmes suivants :
Triomphe de la Vertu.
L'Envie, la Discorde, la Guerre, la Tyrannie,
Ici terrassées sont réduites à l'impuissance.
Où trône la Sagesse en bonne souveraine,
Où la Justice assure et fortifie la Paix,
Où l'Amour et la Foi à tous les yeux éclatent,
Où les fraternelles étreintes à nos regards se montrent,
Où l'Amour apporte ses généreuses offrandes
De palmes et de lauriers dont s'orne la Vertu,
L'on voit la Vérité, des hauteurs où elle plane
Par la Force et la Tempérance sa valeur enrichir.
Dans la vive clarté ces vertus embellir.
Gloire au pays où les lois de la vérité sont en honneur !
Triomphe du Vice.
Où l'infernale Envie, de sa tille la Discorde,
Souffle les noires nuées.
De ses traits funestes poursuit la Vertu,
I. D'après Vertue, ces tableaux faisaient partie de la Galerie du duc de Buckingham.
CORNEILLE KETEL ,5i
Et blesse la Justice qu'ici Ton cherche en vain,
La Vérité succombe et dans la lutte,
Tombe, frappée mortellement par la Tyrannie.
Où la Guerre environnée des vapeurs funestes
Tire du fourreau le glaive de sa vengeance,
La Foi et l'Amour verront leurs chétifs rejetons grandir dans la honte ;
La Sagesse, le Progrès, la Paix s'éclipsent.
Malheur au pays où triomphe le mal !
Vers i584, Ketel peignit un Saint Paul, les yeux levés au ciel, figure grande comme nature et vue jusqu'aux genoux, pour laquelle posa Roger Janszoon'. C'était une commande de Jean Ophogen, dont le frère, Thomas Ophogen, en voulut la répétition, plus cinq autres figures : Saint Pierre pénitent, la Aladeleine repentante, le Publicain, Said se jetant sur son épée, enfin Judas en train de se pendre, lesquelles peintures sont encore à Dantzig, chez le susdit Thomas, et sont, à tous égards, excellentes.
En i58g, il livra à la compagnie de l'Arc-à-main, capitaine Dirck Rosecrans, un groupe de personnages, grands comme nature, tous debout, excellemment peints, et avec une nouvelle invention d'encadrement '.
On trouve de lui nombre de bons portraits. Il y a, entre autres, ceux du capitaine Neck^ et de sa femme, tous les deux en pied.
Mais remarquables entre tous sont les portraits suivants, admirablement soignés :
D'abord, celui d'un certain André Vrericksen ; ensuite, celui d'un nommé Jean Lammersen, tenant d'une main une orange; troisièmement, le secrétaire Haen; quatrièmement, un orfèvre, tête demi-nature. Ce sont tous Amsterdamois.
Puis un Vénitien qui fit construire à Amsterdam un splendide
1. Il publia, en lùcri, à Amsterdam un livre mystique. Son portrait fut peint e'galement par Miereveld. (Voir ci-dessous, page 174.)
2. Hôtel de ville d'Amsterdam. Scheltema, n" 53. M. A. D. De Vries nous a fait observer sur ce tableau un bras qui ne peut appartenir à aucun des personnages, d'où l'on doit conclure que la toile a été réduite.
3. Houbraken a gravé d'après Corneille Ketel un portrait de Jacob Cornelis van Neck, qui fut bourgmestre d'Amsterdam en 1622. (Voyez \'erhueil, Jacobus Houbraken, son œuvre, n" 3o8. Arnheim, 1875.)
navire. C'était un magnifico du nom de Francesco Morosini ', La tête
était superbe. Il en fit une contre-partie exécutée avec les doigts et sans le secours du pinceau, et qui était aussi fort ressemblante.
Sixièmement, une excellente tête, le portrait de Vincent Jacobsen, le jaugeur de vins d'Amsterdam, tenant un hanap de vin du Rhin, peinture extraordinairement soignée, et qui cependant fait à distance un excellent effets Septièmement, une jeune Portugaise; huitièmement, un certain Simon Lock, d'Amsterdam. Ce portrait, le meilleur de tous, est actuellement à La Haye, chez le procureur Lock.
Entre beaucoup d'autres bons portraits, il s'occupe actuellement d'une série composée du Christ et des dou{e apôtres^ têtes au moins grandes comme nature, qui sont des portraits de peintres ou d'amateurs d'art, extrêmement bien exécutés et dessinés. On voit, parmi ces têtes, le portrait fort ressemblant de l'excellent statuaire Henri De Keyser, architecte de la ville d'Amsterdam^.
J'ai vu, en outre, avec beaucoup de plaisir, douze têtes d'apôtres de grandeur naturelle, avec les mains très bien soignées. Ces peintures sont à Paris chez le neveu de Corneille, Jacques Ketel, ingénieur du roi de France, homme prodigieux dans sa partie et qui fut au service du roi d'Espagne, à Milan.
A l'exemple du vieux Timanthe, Ketel, qui fut de tout temps un favori des Muses, a inventé nombre d'ingénieux emblèmes.
Je cite d'abord une composition dessinée, démontrant les trois causes pour lesquelles on cultive les arts. Cette œuvre est accompagnée du poème suivant :
Trois causes excitent à cultiver les arts, L'argent, l'honneur et l'amour de l'art lui-même. Qui cherclie l'argent, rencontre l'avarice
1. Il doit y avoir là une confusion; Francesco Morosini ne vint au monde qu'en 1618. Peut-être s'agit-il d'Andréa Morosini, ne en i357 et mort en i()i8.
2. C'est d'après ce portrait que Jacques Matham a fait sa magnifique estampe. (Bartsch, n° 169.) Mariette [Abeccdario; Archives de l'Art français, lome III, page 22) voyait parfaitement juste à cet égard, mais il ne s'expliquait pas la présence du compas et de la toise dans les armoiries du personnage, ce qui le faisait hésiter. 11 prenait Jacobsen pour un marchand de vins, d'où son hésitation à identifier l'œuvre.
3. Un des plus grands artistes qu'ait produits la Hollande. 11 naquit à Utrecht en i5(j5 et mourut à Amsterdam en ifjji. Suyderhoef a gravé son portrait.
CORNEILLE KETEL
Pour lui barrer la voie ; il le verra trop tôt. Qui aspire à riionneur, parfois est mieux servi ; La gloriole peut conduire à Tarbre des beaux-arts. Mais si l'on veut le fruit et non point l'arbre même, On obtient du fruit vert et fort peu d'agrément. A qui la vocation prépare la voie sûre, Poussé par son ardeur d'une force incessante, Ne sauraient manquer ni zèle ni patience. Son travail le mènera à l'art véritable Donnant, tout à la fois, l'honneur et le profit.
Le Bonheur excite l'Envie.
La Haine, l'Envie et la Médisance
Se liguent contre la Faveur.
Cependant la Renommée prend son vol
Et démontre de chacun le mérite.
La Vérité, grâce au Temps, éclate,
Rien,n'empéchc son triomphe.
L'Envie ronge le cœur ; l'araignée distille son venin
Où l'abeille récolte son miel.
Ce petit emblème de X Arbre des arts fut encore figuré par lui d'une manière ingénieuse et expédié dans le Brabant. On le voit à Hambourg, chez M. Dominique van Uffele, dans la rue Verte, où il n'est que trop dérobé, dans une caisse, à la lumière du Jour et aux regards des amateurs.
Ketel dessina aussi, à la prière de Raphaël Sadeler, une composition allégorique où Ton voit, au milieu d'un groupe formé par la Peinture, la Musique et la Poésie, assises près d'une fontaine et tenant un cœur enflammé, l'Amour qui tient les yeux fixés sur la Peinture et prête l'oreille aux sons de la Musique.
Au sommet de la fontaine, un enfant qui rend de l'eau. C'est l'Inclination, ayant à ses côtés la Subtilité, que figure un serpent.
L'ensemble veut dire que l'Amour est la source des arts.
Le peintre compléta l'allégorie dans un sens spirituel, en ornant la vasque supérieure de la fontaine de têtes de séraphins dont la bouche émet de l'eau. Et comme la natuix de l'aspiration de l'ai-tiste tend
vers riionneur et la récompense, cette aspiration est figurée par des couronnes de lauriers et des palmes.
Plus bas, on voit la Peinture peignant l'histoire de Dédale et d'Icare, ce qui est destiné à exhorter les artistes à la modestie et à les mettre en garde contre la vanité. Autour, il y a une bordure de divers sujets : la Diligence qui file, ayant près d'elle une grue, des fouets et des éperons; le Travail avec une pelle, un marteau, un cuir de bœuf et des fléaux; la Patience avec un oiseau en cage, un agneau et une horloge de sable et, derrière elle, des pièges; enfin, il y a l'Habitude ou la Pratique, tenant une flèche qu'elle dirige à travers un anneau en posant un pied sur une horloge de sable. Des arcs sont suspendus derrière elle.
Près de chacune de ces figures pendent deux lampes allumées, naissant d'un encadrement orné.
L'ensemble est destiné à démontrer que la Pratique se perfectionne avec le temps et que les Vertus représentées se produisent sous quatre formes extérieures, de même que tous les arts, par la manifestation des qualités susdites, sont au nombre des lumières de ce monde'.
11 peignit encore en grisaille une petite allégorie où un homme nu pose un pied sur le crâne d'un bœuf et l'autre sur une tombe, passant au-dessus d'une ancre qu'il tient relevée par l'anneau. 11 tient également un fouet et des éperons et, sur le bras, une femme qui personnifie l'Art, et qui élève de la main droite une couronne de lauriers que l'homme s'efforce d'atteindre également de la main droite, qui tient un cœur percé et enflammé.-
La femme pose le pied sur un sablier flanqué d'un oiseau diurne et d'un oiseau nocturne (ou chauve-souris), et, de la main gauche, elle désigne un agneau qui lève les yeux vers l'Art. Un enfant agenouillé passe un bras autour de l'agneau et tient une palette, pour indiquer qu'il veut cultiver l'art avec patience.
De l'autre coté de la figure, qui est vue de dos, est étendu un Jeune homme qui saisit d'une main une corne de bœuf, et tient de
1. C'est sans doute la composition i^ravJc par J. Sadclcr citcc par Kramni, une estampe que nous n'avons pas eu l'occasion de rencontrer.
CORNEILLE KETEL i3b
l'autre un livre de musique, pour montrer qu'il veut être musicien, et, en effet, il a près de lui toutes sortes d'instruments.
Dans les nues apparaissent d'un côté deux enfants : le Génie et le Goût, qui poussent le cœur enflammé vers la Diligence, caractérisée par le fouet et les éperons que Thomme tient en mains, et de l'autre côté arrive Cupidon armé d'un arc, dont la flèche vient de percer le cœur.
Au fond, des ruines, destinées à montrer que Rome est le lieu d'étude que doit choisir la jeunesse artiste'.
C'est le secrétaire Haen, d'Amsterdam, grand amateur d'art, qui possède ce morceau. Ketel l'explique par les vers suivants :
L'Espérance, ô jeunesse! ne t'abandonnera point;
Donc, travaille, libre et patiente.
Si le génie et le goût t'excitent
A l'application, tes vœux seront accomplis.
11 existe encore de lui un grand tableau, très bien peint, représentant la Vérité sous les ti"aits d'une belle femme nue, endormie sur une couche antique, ayant à son chevet, dans une gloire, un séraphin qui personnifie la Vertu. La Fraude masquée, sous les traits d'un satyre, cherche à prendre possession de la couche de la Vérité, mais celle-ci est démasquée par la force de la Vertu, sous les traits d'un homme robuste avec des ailes d'aigle et semblable au Temps, qui appuie sur les épaules de la Fraude au point qu'il semble lui briser les reins. Ce tableau est aussi à Amsterdam. La poésie suivante l'explique :
La Vérité sans voiles peut sommeiller ici.
La Vertu près d'elle monte la garde ;
Et si la Fraude tente de la surprendre,
Elle se trouve arrêtée par la force de la Vertu
Qui si fortement l'enserre qu'elle lui brise les reins.
Dans la Calverstraat, à Amsterdam, à la cour de Hollande, chez maître Claes, il y a une autre allégorie bien peinte et dont voici la signification :
L'Intelligence désarmée par le Vice, Par Vénus et la soif de l'or,
I. II ne paraît pas que Ketel soit jamais alU en Italie; Sandrart l'affirme, mais sans aucune preuve.
Par Tahus, un vieux venin.
Est changée en Folie.
Effectivement, on voit Tlntelligence dépouillée de ses armes : le casque, le bouclier et la lance, par les plaisirs sensuels, le vin et Tor. Vénus assise la retient par le pied; près d'elle, Cupidon, qui prend l'Intelligence pour but de ses traits ; Bacchus tenant d'une main un vase d'or, de l'autre une coupe de cristal, semble exciter l'Intelligence à boire. Le reflet du vin rouge colore son front. Un peu plus loin est l'Avarice, tirant une bourse d'un coffre où trône Midas qui change en or tout ce qu'il touche. L'Excès, sous les traits d'un vieux satyre, coiffe l'Intellio^ence d\m bonnet de Folie.
Le secrétaire Haen possède encore de Ketel un fort beau morceau des Sept Vertus. Il a peint, en outre, une représentation allégorique du dicton : le désir n'a point de repos. Elle est figurée à peu près de la sorte :
L'homme franchit un puits sans fond, tandis que la Chair lui met aux yeux un bandeau. Derrière lui, croit le Petun\ une plante qui signifie la vie de l'âme et dont la racine nous montre un enfant nouveau-né. Devant l'homme, au contraire, apparaît la Napellis, plante vénéneuse, la mort de l'âme, et dont la racine montre une tête de" mort. C'est là le bien temporel que l'homme poursuit et pour lequel il négligé son salut.
La Fortune, portant dans ses voiles le dieu des richesses, sème sur son passage tout ce que l'homme charnel peut désirer, mais l'insatiable n'a point de repos.
Voici encore l'explication rimée par le peintre :
L'iiomme terrestre est à ce point par la chair égaré, Qu'il ne connaît point Dieu et se délecte dans le mal; Ses désirs n'ont point de cesse; Alors même que tout lui vient, le désir est infatigable.
A l'appui de cela, il nous montre, dans le lointain, l'Enfer de la Fable avec les suj")plices : Tantale, Sisyphe, Ixion, Tityus et les Danaïdes.