‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 10 sur 218 · Nous avons dit que ce fruit paraît être un citron · texte numérisé non relu

Nous avons dit que ce fruit paraît être un citron

2. Dans la crypte de Saint-Bavon. Sa sépulture fut détruite pendant les troubles religieux du xvi° siècle. (De Busscher, Recherches sur les peintres et sculpteurs à Gand, — xvi° siècle. — Gand, 1866, page 11.)

Et voyez dans cette œuvre encore, combien diffère

Le visage du visage partout!

Aucune de ces figures, — elles sont plus de trois cents, —

Ne ressemble à l'autre, même en ce nombre immense.

Et, d'autre part, quelle gloire sera la sienne

De ce que toutes ses couleurs n'ont point pâli

En près de deux cents ans ; qu'elles tiennent encore.

C'est ce que l'on voit aujourd'hui dans bien peu d'œuvres.

La renommée, à juste titre, a signalé cet artiste

Comme un peintre accompli, un maître complet.

Il possédait quatre qualités qui doivent être celles du peintre :

La patience, la tempérance, la raison et l'esprit en abondance.

La netteté indique son humeur douce et patiente,

La tempérance, son intelligence à tout caractériser

Avec effet, mesure et art, pour que chaque chose produise l'effet voulu.

Et son esprit le mit en mesure de bien concevoir la légende.

Bien plus encore sa renommée grandira

De ce qu'en pareil temps et lieu il ait su briller.

N'ayant point de tableaux pour mieux guider son œil.

Ni lui servir d'exemple, point d'autres que les siens.

Un Italien ' écrit, et on peut le croire,

Que ce Jean van Eyck a découvert la peinture à l'huile;

Il cite trois belles œuvres de sa main.

Que l'on voyait à Florence, à Urbin et à Naples -.

Oi^t donc ailleurs voit-on rapporter de telles merveilles

Qu'un art nouveau ainsi se montre parfait?

De ces deux enfants de Maeseyck l'on ignore les débuts

Et aucun document ne dit qui fut leur maître.

A bon droit, toute sa vie, Jean fut cher

Au noble comte Philippe et fidèle à son gracieux maître.

Qui le tenait en haute estime et se plaisait

A l'envisager comme l'ornement de la Néerlande.

Ses œuvres étaient recherchées de diverses contrées.

Ce qui fait que, hormis ce retable, il s'en rencontre peu.

1. Barthélémy Fazio ou Facius. II écrivait en 1456. Son livre a été publié pour la première fois à Florence sous le titre De Viris illustrihus, en 1745. Jean van Eyck et Roger van der Weyden sont les seuls Flamands dont l'auteur fasse mention.

2. Une Annonciation appartenant au roi .Alphonse de Naples. C'était un triptyque dont les volets intérieurs représentaient saint Jean-Baptiste et saint Jérôme, les volets extérieurs Baptiste Lomellini et sa femme. — Chez Ottavio dei Ottaviani, cardinal, des Femmes an bain. Cette môme œuvre est également citée comme existant à Urbin chez le duc Frédéric I"''. Mais Facius mentionne un troisième tableau, circulaire, représentant le Monde et peint pour Philippe le Bon. Toutes ces peintures ont disparu.

lOANNES Ah EYCK, PICTOR .

Aüe eßo, am Icetos oleo de Jemme Imi JE^vreßo docui princeps mifcere colores , Q^^erto cum Jratre. Nouum Jmjjuere reyertum, Ç^tcme wsi ianotutn quonclam Jortaßis ^jielli, Fforehtes opious Bruace-.mox noßra j)er omnem ^t0uncii. täte profitas non ahnmt orhem — > -

JEAN VAN f;YCK.

Fac-simili; de la gravure du recueil de Lampsonius,

d'après le portrait faisaut partie de V Adoration de l'Agneau.

A peine peut-on en voir une à Bruges,

Une autre à Ypres, et môme inachevée ^

Tôt fut ravie à la terre cette noble fleur -,

Issue d'un triste lieu, la ville de Maeseyck;

Sa dépouille repose à Bruges, c'est là que la mort survint;

Mais son nom et sa gloire seront immortels.

Notre comte, le roi Philippe, apprécia tant son œuvre

(Comme du reste il affectionne tout art honnête),

Qu'il la fit copier et paya la copie

Quatre mille florins ou à peu de chose près.

Le fameux Michel Coxcie, en une ou deux années.

Fit cette copie dans la présente chapelle.

Il a sauvegardé son honneur et bien exécuté.

De la première à la dernière chose, en ouvrier habile.

Cette copie est en Espagne (il est bon de le dire),

A Vendedoly^, en témoignage

De l'admiration de notre roi, je l'ai dit plus haut.

Et pour la plus grande gloire de van Eyck et de Coxcie.

Le dommage vous éclaire^.

Lucas de Heere.

L'autel de Gand achevé % Jean retourna à Bruges, où se conserve de son habile main une œuvre excellente ''. Il a produit beaucoup d'autres travaux que des négociants ont envoyés au loin et qui ont été vus avec une profonde admiration par les artistes jaloux d'entrer dans la voie ouverte par le peintre, mais ne parvenant pas à connaître de quelle façon se produisait ce genre de peinture. Et, en effet, si un prince obtenait parfois une de ces productions merveilleuses, la manière de procéder n'en demeurait pas moins en Flandre.

1. Il s'agit de la Madone dite « du chanoine Paia » et de la Madone adorée par l'abbé van Maelbeke d'Ypres, dont il sera question plus loin.

2. « Je ne tiens pas pour exacte sa mort prématurée, car il était âgé lorsqu'il enseigna la peinture à l'huile à un Sicilien. « (Note de van Mander.)

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