AValladolid
4. En flamand Schade leer u, anagramme du nom de Lucas de Heere et sa devise.
5. On a vu que V A^niis Dei (ut exposé pour la première fois le 6 mai 1482. La même année, Jean était à Bruges et y achetait une maison. (Weale, Notes sur Jean Van Eyck, page 8.) Mais il ne paraît pas que l'achèvement du tableau se fit à Gand même, et l'on croit, au contraire, que Jean y procéda à Bruges, après son retour du Portugal qui n'eut lieu qu'à Noël 1429; en i43i, il fut appelé de Bruges à Hesdin, où séjournait alors le duc Philippe. (De Laborde, tome 1°'', page 257.)
6. La Madone dite « du chanoine Pala », actuellement au musée de Bruges, n° i du Catalogue; l'œuvre est datée de 1436.
Le duc cVUrbin, Frédéric II, avait de Jean une Êtiive, qui était une œuvre très soignée et finie '. Laurent de Médicis, à Florence, avait aussi de sa main un Saint Jérôme ~ et beaucoup d'autres belles choses.
Des marchands florentins envoyèrent aussi de Flandre, au roi Alphonse I" de Naples, une très belle œuvre de Jean. On y voyait quantité de figures extrêmement bien peintes, et le roi en fut ravi ^.
Les artistes accouraient en foule pour voir le surprenant ouvrage, mais bien qu'ils y regardassent de près et fissent toutes sortes de conjectures, allant jusqu'à flairer le panneau qui émettait une odeur d'huile très prononcée, le secret n'en resta pas moins impénétrable. Il en fut ainsi jusqu'au jour où certain Antonello, de la ville de Messine, en Sicile, fort désireux d'apprendre à se servir de la peinture à l'huile, s'en vint à Bruges, en Flandre, et se mit au courant du procédé qu'il rapporta ensuite en Italie, comme nous l'avons relaté dans son histoire *.
A Ypres, il y avait de Jean, à l'église de Saint-Martin, une Madone près de laquelle un abbé était en prière. Les volets, qui restèrent inachevés, avaient chacun deux compartiments, dans lesquels étaient figurées diverses peintures emblématiques ayant trait à la Vierge, telles que le Buisson ardent, la Toison de Gédéon et autres choses du même genre. Il semblait que ce fût une œuvre plutôt divine qu'humaine ^.
Jean a fait aussi beaucoup de portraits d'après nature, exécutés de
1. Frédéric I". On ne connaît point ce tableau, le même, dit M. Eugène Müntz, que Fazio vit chez le cardinal OcX?i.\\dLn\.\s. [Raphaël, sa vie, son œuvre, pdLge. b, nom i. Paris, 1881.) Voir ci-dessus, page 34, note 2.
2. 11 est peut-être fait allusion ici au Saint Jérôme du inusée de Naples, n° 44 du catalogue, attribué un temps à Colantonio del Fiore, puis à Hubert van Eyck par Waagen; en dernier lieu à Jean van Eyck.
3. Ce tableau n'est certes pas la fameuse Adoration des Maf;es,yAd\?, au Castel Nuovo, maintenant au Palais royal de Naples. Nous avons analysé cette œuvre dans le Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie, 1879, pages 25-27. Elle fut peut-être repeinte par le Zingaro. Facius ayant parlé d'une Annonciation, c'est évidemment ce tableau-là qui émut si fort les artistes napolitains.
4. Ce que van Mander dit à ce sujet est emprunté à Vasari. La visite d'Antonello de Messine (1444? -j- 1493) à Jean van Eyck est aujourd'hui reléguée parmi les fables. Il est très possible que le peintre sicilien fit le voyage de Flandre, mais après la mort de l'auteur de VA gnus Dei ; dans tous les cas, il exerça une grande influence sur la peinture en Italie. On n'a point d'œuvres de sa main, antérieures à 1465 [National Gallery de Londres), et encore cette date est-elle contestée par M. Alphonse Wauters qui affirme qu'elle doit se lire 1475. (Bî/Z/e/iVi de l'Académie royale de Belgique, 3' série, tome V, page 562.) Antonello est mort vers 1493.
5. Ce tableau faisait partie de la collection van den Schrieck, vendue à Louvain en 1861,
la manière la plus patiente et auxquels il donnait souvent pour fonds d'agréables paysages.
Ses ébauches étaient plus complètes et plus précises que les travaux achevés d'autres artistes. Je me rappelle avoir vu de lui un petit panneau représentant une femme derrière laquelle était un paysage ; ce n'était qu'une préparation et cependant extraordinairement joli. Ce tableau appartenait à mon maître, Lucas de Heere, à Gand'.
Jean avait peint à Thuile, dans un même tableau, le Portrait d'un homme et d'une femme qui se tiennent par la main droite, comme unis par le mariage, et c'est la Fidélité qui préside à leur union. Ce petit tableau fut, plus tard, trouvé dans la possession d'un barbier, à Bruges, lequel, je crois, en avait hérité. Madame Marie, tante du roi Philippe d'Espagne, et veuve du roi Louis de Hongrie, qui périt en combattant les Turcs, eut occasion de le voir, et cette princesse, passionnée pour les arts, fut ravie de l'œuvre au point que, pour l'obtenir, elle donna au barbier un poste qui rapportait annuellement cent florins ~.
J'ai vu de Jean divers dessins qui étaient exécutés avec une grande correction.
n° 23 du catalogue. II fat acquis par M"" SchoUaert, à Louvain, à qui il appartient encore. Le personnage représenté est l'abbé van Maelbeke, prévôt de Saint-Martin d'Ypres. Haut., i m. 89 cent.; larg., I m. 14 cent.
1 . Musée d'Anvers, n° 410 du catalogue : Sainte Barbe, exécuté à la façon d'un dessin à la plume légèrement teinté d'azur et de pourpre, signé et daté de 1437. Collection van Ertborn. Il existe de ce tableau une gravure en fac-similé de G. van Noorde. Cette planche fut exécutée à l'époque où l'œuvre originale appartenait à l'imprimeur Enschedé, à Harlem.
2. C'est le tableau n° 186 de \a. National Gallery de Londres. Il représente Jean Arnolfini, négociant de Lucques, fixé à Bruges, et Jeanne de Chenany son épouse, debout dans un de ces intérieurs merveilleusement détaillés, où les peintres flamands du xv" siècle sont sans rivaux. La« Fidélité u est un petitchien barbet qui se trouve aux pieds des personnages. Le tableau, mentionné dans l'inventaire de Marguerite d'Autriche en i5i6, y est indiqué comme offert par « Don Diego » (Guevara), conseiller de Maximilien et de l'archiduc Charles. En i556, il est indiqué comme appartenant à Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas. En i8i5, un officier anglais, le général Hay, trouva le tableau à Bruxelles, dans l'appartement qu'il occupa après la bataille de 'Waterloo où il avait été blessé. Achetée par lui, l'œuvre passa en Angleterre et devint, en 1842, unedes perles de la Galerie de Londres. Elle est signée Johannes de Eyck fuit hic, et datée de 1434. (De Laborde, \?l Renaissance des arts à la Cour de France, page 601. — Pinchart, Inventaire des meubles, etc., de Marie de Hongrie. {Revue universelle des arts, tome m, page i3q.) — W. H. J. Weale, Notes sur Jean Van Eyck, pages 22 et suivantes. 18Ü1.) Les mots fuit hic, à la suite du nom de van Eyck, signifient, selon M. Weale, que le maître brugeois tenait à rappeler sa présence chez Arnolfini, et l'auteur n'hésite pas à croire que les figures qui se reflètent dans le miroir placé au fond de l'appartement ne sont autres que van Eyck et sa femme. Nous n'oserions être aussi aflirmatif sur ce point, la glace étant fort petite et paraissant refléter les personnages représentés à l'avant-plan, chose fréquente dans les œuvres de l'époque.
Jean est mort à Bruges dans un âge avancé'. Il a été inhumé dans réglise de Saint-Donatien, dont une colonne porte Tépitaphe suivante :
Hîc Jacet eximia clarus virtute Joannes, In quo pictural gratia mira fuit; Spirantes formas, et humum florcntibus hcrbis Pinxit, et ad vivum quodlihet cgit opus. Quippe illi Phidias et cedere débet Apelles : Arte illi inferior ac Policletus erat.
Crudeles igitur, crudeles dicite Parcas, Qua2 talem nobis cripuere virum.
Actum sit lachrymis incommutabile factum; Vivat ut in cœlis jam deprecare Deum.
La sépulture de l'aîné des frères se voit à Gand, dans Téglise Saint-Jean, comme il a été dit. Une pierre tombale, scellée dans le mur, porte une Mort sculptée en pierre blanche, tenant devant elle une plaque de cuivre portant une épitaphe qui est un vieux poème flamand- :
Mirez-vous en moi, vous qui me foulez.
J'étais pareil à vous; maintenant,
Tel vous me voyez, je repose ici dessous.
Ni conseils, ni savoir, ni médecins ne m'aidèrent;
L'art, l'honneur, la sagesse, la puissance, ni la richesse.
Ne prévalent quand vient la mort.
Hubert van Eyck était mon nom;
Maintenant proie des vers, jadis fameux;
Dans la peinture très hautement vanté.
Bientôt de quelque chose je m'en fus à rien.
En l'an du Seigneur
Mil quatre cent vingt-six,
Au mois de septembre, le dix-huit,
Je rendis à Dieu mon âme dans les douleurs.
Amants de l'art, priez Dieu pour moi
Que je puisse contempler sa face.
Fuyez le péché, amendez-vous,
Car vous subirez mon sort.
1. Le 9 juillet 1440. (Weale, op. cit., page 19.) « Il fut d'abord enterré dans le pourtour du chœur de Saint-Donatien; mais en 1442 il fut transféré à l'intérieur de l'église et enseveli près des fonts baptismaux. » L'église Saint-Donatien n'existe plus, ayant été démolie pendant la domination française.
2. Van Vaernewyck raconte que le bras droit d'Hubert fut exposé pendant plus d'un siècle à la vénération du public, à l'entrée de l'église qui contenait les restes mortels du maître.
Il a été publié naguère à Anvers quelques portraits, gravés sur cuivre, des plus célèbres artistes néerlandais et, en première ligne, ceux des illustres frères comme les plus anciens représentants du noble art de la peinture dans les Pays-Bas *. Ils sont accompagnés de très jolis vers latins du célèbre Dominique Lampsonius, de Bruges, secrétaire de Tévêque de Liège, et non seulement un grand amateur de notre art, mais encore très compétent dans cette branche ^. Lesquels poèmes à la louange de ces hommes éminents, j'ai essayé de joindre ici en langue vulgaire :
« O Hubert, ton frère et toi avez reçu récemment les louanges bien méritées de notre muse. Si elles ne suffisent, joins-y cette autre : que grâce à toi, ton frère, ton élève, te surpassa. C'est ce que nous apprend l'œuvre qu'on voit à Gand et dont le roi Philippe, ravi, se fit faire une reproduction de l'habile main de Coxcie pour l'envoyer en Espagne. »