ODE
Accourez, amants de l'art, quelle que soit votre race, Contemplez cette œuvre dédalienne, un joyau, un noble gage,
1. Philippe le Bon, nous l'avons dit, ne figure pas parmi les cavaliers du volet de gauche de VAgmis Dei.Le personnage auquel Jean van Eyck donne la droite, et qui porte un manteau fourré d'hermine, ne rappelle en rien les traits si connus du duc de Bourgogne.
Jean van Eyck porta le titre de « peintre et varlet de chambre » du duc de Bourgogne à dater du 19 mai 1425 et fut, à diverses reprises, chargé par son maître de missions d'une nature intime. l,e comte de Laborde, dans son précieux ouvrage, les Ducs de Bourgogne, tome I", publie à ce sujet des indications de la plus haute importance. Au mois de juillet et au mois d'octobre 1426, Jean avait déjà accompli « certains loingtains voiages secrets ». Il fit partie, en 1428, de la mission envoyée auprès du roi de Portugal pour demander la main de la princesse Isabelle; en 1484, le duc fut parrain de sa fille ; en 1435, il l'envoya de nouveau en k voiages loingtains et estranges tnarches ». (De Laborde, tome I", page 35o.) Il y a donc des preuves surabondantes de la haute faveur dont jouit le peintre. Et, disons-le, cette faveur il la conserva jusqu'à la fin de sa carrière, car la dernière mention que l'on ait trouvée de lui dans les comptes de Philippe le qualifie de « paintre de Monseigneur », à la fin de 1439. (De Laborde, tome I", page 358.) On ne peut donc admettre, avec MM. Kervyn de Lettenhove et Weale, qu'à dater de 1437 Jean cessa d'être au service de la cour. (Voir à ce sujet Crowe et Cavalcaselle, édition Springer, page 124.)
2. Lucas de Heere, peintre, poète, archéologue, etc., né à Gand en i534, mort (à Paris?) le 29 août 1584. Il fut le premier maître de van Mander. On remarquera que celui-ci n'a fait, en réalité, que suivre, dans tous ses détails, la biographie rimée que nous essayons de rendre aussi exactement que possible.
Auprès duquel les trésors de Crésus sont sans valeur :
Car c'est un don du Ciel à la chère Patrie.
Venez, dis-je, mais considérez avec recueillement et intelligence
Chaque qualité de l'œuvre; vous y verrez
Un océan où l'art coule à pleins flots,
Et où chaque chose veut être également louée.
Contemplez le Père Eternel, regardez la face de Jean,
Et combien Marie nous montre un doux visage;
Il semble que l'on voie ses lèvres prononcer les mots qu'elle lit.
Et quelle perfection dans sa couronne et sa parure!
Voyez comme Adam est là, terrible et vivant;
Jamais vit-on peinte ainsi la chair du corps humain?
On dirait qu'il refuse et repousse l'offre d'Eve
Qui lui tend avec amour une flgue douce aux lèvres '.
Des nymphes célestes, des anges habiles.
En chœur font entendre leurs chants mélodieux;
Le ton de chacun ici se perçoit
Car l'œil et la bouche au naturel le disent;
Mais c'est en vain qu'on louerait une chose plutôt que l'autre,
Car entre eux ici luttent les plus nobles joyaux;
Tout s'anime et paraît sortir du cadre.
Ce sont des miroirs, oui des miroirs, et non point des peintures!
Combien sont vénérables les patriarches et dans son ensemble
Le groupe des ecclésiastiques formés en cortège.
Remarquez ici, ô peintres! encore par surcroît.
L'exemple d'étoffes bien drapées, du moins pour ce temps-là;
Voyez aussi les vierges dont le visage nous charme,
Dont le pudique maintien devrait guider les nôtres.
Considérez sur les volets, dans quelle dignité chevauchent
Les rois, les princes, les comtes, suivis de leurs seigneurs.
A bon droit, parmi eux, l'on voit aller le peintre.
Le cadet, et pourtant le meilleur, qui termina toute l'œuvre;
Un chapelet rouge orne son habit noir.
Hubert prend le pas, comme par droit d'aînesse.
Il avait commencé l'œuvre selon sa coutume.
Mais la mort, qui tout frappe, arrêta son dessein.
Il repose ici, non loin de sa sœur^.
Qui, elle aussi, a étonné le monde de ses peintures.