‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 104 sur 218 · Le texte dit l'ordurier · texte numérisé non relu

Le texte dit l'ordurier

j88 le livre des PEINTRES

mande, dont nous nous débarrasserons difficilement, mais que les Italiens n'adopteront jamais.

Pierre a produit beaucoup d'œuvres : retables, tableaux et portraits '. Il a été peintre de Sa Majesté impériale Charles-Quint, au service duquel il est mort à Anvers vers i55o, car sa veuve Maeyken Verhulst publia ses livres d'architecture en i553'~,

Paul van Aelst, fils naturel de Pierre Koeck, a copié avec un talent particulier les œuvres de Jean Mabuse, et peint aussi très bien des verres avec des fleurs. Il a demeuré à Anvers et y est mort. Sa veuve épousa Gilles van Conincxloo^.

Lampsonius, s'adressant à Pierre Koeck, lui dit en vers latins :

Tu ne fus pas seulement peintre habile, Pierre,

Rendant célèbre Alost par le monde entier,

Mais beaucoup de savoir est venu par ton labeur

A ceux dont c'est le fait d'ériger des monuments.

Serlio l'apprit à son peuple, et toi au tien,

Comme aux Français : car tu fus en deux langues l'interprète de Serlio.

COMMENTAIRE

Vasari n'a pas mentionné Pierre Coeck dans la première édition de sa Vie des Peintres (i55o); lorsque, plus tard, pour sa seconde édition, il parle du maître, c'est en empruntant le langage de Guichardin, dont le livre parut en i56y. La traduction française de la Description des Pays-Bas, du gentilhomme florentin, s'exprime comme suit :

« Pierre Coeck d' Alost et bon peintre et subtil inventeur, et traceur de patrons pour faire tapisseries, et auquel on attribue l'honneur d'avoir porté par deçà la maistrise et vrai practique d'architecture et qui, outre ce, a traduit les œuvres insignes de Sébastien Serlio Bolonois en langue teutonne : en quoi on tient qu'il a fait un grand bien et service à sa patrie. »

1. Il n'existe aucun tableau signé de Pierre Coeck ni aucune œuvre qui lui soit attribuée dans les Galeries publiques ou particulières.

2. Pierre Coeck mourut à Bruxelles et y reçut la sépulture dans l'église de Saint-Géry. L'église a cessé d'exister, mais l'épitaphe du maître a été transcrite et publiée. Elle donne à P. Coeck l'âge de quarante-huit ans, quatre mois, deux jours, et le fait mourir à Bruxelles le il) décembre i55o. L'inscription funéraire donne aussi à l'artiste le titre de « peintre de l'empereur et de Marie de Hongrie ».

3. Paul van Aelst était, effectivement, le (ils naturel de Pierre Coeck et d'Antonia vander Sant. (Vanden Branden, loc. cit.)

PIERRE KOECK 189

Malheureusement, si nous avons les œuvres littéraires de P. Coeck, ses œuvres artistiques sont introuvables.

Les dessins, faits en Turquie, sont qualifiés parfois de « Tapisseries de Charles- Quint «, mais nous ne sachions pas que l'on en ait jamais signalé des tentures, ni d'ailleurs aucune œuvre de l'espèce dont il soit permis d'attribuer le dessin avec certitude à notre maître.

Comme peintre, nous avons dit qu'aucune œuvre authentique ne donne la mesure de son talent. La Galerie de Brunswick possède un portrait d'homme, jadis donné à Pierre Coeck; M. Riegel, le conservateur de la Galerie, dans son ouvrage : Beitrœge :{iir Nieder lœndischen Kunstgeschichte (Berlin, 1882, t. II, p. 48), déclare que c'est une œuvre du commencement du xvn"^ siècle. Le musée de Bruxelles possédait une Pietà, attribuée à Pierre Coeck par le catalogue de 1844; l'attribution était toute gratuite; l'œuvre, depuis plusieurs années, a cessé d'être exposée.

M. vanden Branden, en compulsant les anciens inventaires d'Anvers, y a trouvé la mention de plusieurs tableaux de « Pierre van Aelst » (car c'est le plus souvent ainsi que le maître est désigné) ; notamment le Maure de maître van Aelst avec la ville de Tunis au fond. De même, le Père du susdit Maure aux genoux de l'empereur Charles- Quint.

M. vanden Branden déduit de cette indication que Pierre Coeck pourrait avoir accompagné l'empereur dans l'expédition de Tunis (i535), ce qui n'est pas chose impossible, puisque le peintre Vermeyen fut bien de l'expédition. Mais nous devons rappeler que selon Braun : Civitates orbis terrarum (tome IV, page 10), Pierre Coeck rapporta de Constantinople de nombreux présents et qu'il en ramena un serviteur. C'est donc bien là le « Maure de maître van Aelst ».

D'autres tableaux sont indiqués dans les anciennes sources. C'est ainsi que M. vanden Branden trouve cfu'en i585, Ambroise Bosschaert déclare avoir acheté un beau retable de la Descente de croix, avec volets représentant la Descente aux limbes et la Résurrection, l'extérieur donnant la Conversion de saint Paul; cette peinture devait être livrée à Lisbonne; chez Pierre Lizaert, à Anvers, se trouvait, en 044, une petite Cène des Apôtres, une Vierge et un Saint Jérôme.

Certaines indications nous ont porté à croire que la petite Cène dont il s'agit se retrouve au musée de Bruxelles sous le n° 29, attribuée, sans aucune preuve d'ailleurs, à Lambert Lombard. Il existe, en effet, dans l'œuvre de Goltzius une gravure en contrepartie du tableau en question (B.,39). Rechberger en attribuait la composition à Pierre Coeck et, précisément, M. Dutuit, dans son Manuel de l'amateur d'estampes, nous dit que l'épreuve de sa précieuse collection porte, en ancienne écriture, les mots : Pierre van Aelst, invenit '.

I. Ces observations ont fait l'objet d'un article inse'ré dans l'Art, tome XX\'I, 1881, page 18. M. Edouard Fetis combat notre thèse dans un article publié dans le Bulletin des Cofumissioiis royales d'art et d'archéologie, tome XX, page 200. « La gravure de Goltzius, dit notre honorable confrère, n'est pas la reproduction du tableau; elle en est la caricature. » On ne peut nier cependant que la composition du tableau et celle de l'estampe ne soient identiques.

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Cette double attribution, jointe à la petitesse de Tœuvre, nous a semblé digne d'être considérée. Le tableau, daté de i53i, devait, nécessairement, jouir d'une certaine notoriété pour avoir fait l'objet d'une estampe de Goltzius et de deux reproductions à l'huile dont l'une existe au musée de Liège (n« 79], et l'autre au Musée Germanique (n° jSi. Quoi qu'il en soit, l'attribution à Pierre Coeck de l'œuvre dont il s'agit permettrait logiquement de restituer aussi au même maître un petit tableau anonyme du musée de Gand, daté de 1540, et représentant le Christ et la femme adultère (n° 109). Dans les apôtres qui entourent le Christ, on retrouve les types de la petite peinture de Bruxelles et, pour ce qui concerne les Pharisiens, le peintre a représenté, non pas les Orientaux de fantaisie, que l'on trouve communément sous le pinceau de ses contemporains, mais des Turcs véritables comme on les voit dans le recueil de Pierre Coeck. L'architecture, aussi, a la prétention de se conformer aux enseignements classiques et l'on voit dans le fond un dôme en style italien de la Renaissance.

Malheureusement, tout cela est fort endommagé.

Au musée d'Amsterdam, deux œuvres anonymes : Salomon et la reine de Saba (no 5 I i), et David et Bethsabée (n» 5 12), nous semblent offrir de l'analogie avec le style du maître. Ces tableaux ont été retrouvés en 1880 dans les greniers de l'hôtel du gouvernement provincial de Groningue.

Le musée archiépiscopal d'Utrecht possède un triptyque de la Manne, très semblable au caractère du maître.

En 1540, Pierre Coeck habitait Anvers, car le 10 novembre il apposait sa signature au bas du testament de son confrère Josse van Cleve '.

Doyen de la gilde de Saint-Luc d'Anvers en iSS/, Pierre Coeck s'occupait la même année de l'exécution d'un vitrail pour la chapelle Saint-Nicolas de l'église de Notre- Dame. La quittance de ce travail, datée du 28 mars, est conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles. Ici, encore une fois, nous rencontrons la malechance qui parait s'être attachée à tout l'œuvre du maître: le vitrail a, depuis longtemps, péri.

La réputation du peintre se fondait en bonne partie, comme on l'a vu, sur le mérite de ses cartons de tapisseries.

En 1541, la ville d'Anvers, voulant reconnaître les services qu'il avait rendus en introduisant un art jusqu'alors peu pratiqué dans la ville, lui octroya une pension annuelle de 12 livres 10 escalins^.

La ville d'Alost, patrie du maître, lui avait, dès longtemps, conféré le titre de peintre et d'architecte municipal^.

Le nombre des élèves de Pierre Coeck, inscrits aux registres de la gilde de Saint-Luc d'Anvers, est peu considérable. En 1529, il reçoit Guillaume van Breda; en i539, Nicolas Lucidel, un portraitiste admirable dont les musées de Munich et surtout de Pesth possèdent des œuvres grandioses; en 1544, Pierre Clays. En i552, Gilles de la Hee reçoit la maîtrise et déclare avoir étudié sous Pierre Coeck.

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