‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 106 sur 218 · PEINTRE DE DINANT · texte numérisé non relu

PEINTRE DE DINANT

La célèbre et grandiose ville d'Anvers, arrivée par son négoce à la prospérité, vit, de toutes parts, affluer dans ses murs les artistes les plus éminents, par la raison que Tart est volontiers le commensal de l'opulence. Nous y trouvons, notamment, Joachim Patenier, natif de Dinant*, lequel entra dans la gilde et noble compagnie des peintres d'Anvers, en Tan de grâce iSiS'^.

Il avait une façon particulière de traiter le paysage avec beaucoup de soin et de finesse, ses arbres étant comme pointillés. Il y introduisait de jolies petites figures, en sorte que ses œuvres étaient recherchées, se vendaient bien et qu'elles se sont répandues en divers pays.

Il avait pour coutume de placer quelque part dans ses œuvres un

petit homme satisfaisant un besoin, d'où le surmon de ch qui lui

fut donné. Il fallait parfois chercher ce petit bonhomme comme la chouette dans les œuvres de Henri de Blés.

Ce Patenier, en dehors de son art, d'ailleurs très distingué, était un personnage vulgaire, s'adonnant à la boisson, et passant des

1. De Patenier, de Patinir, soit le Patinier, faiseur de patins. Les patins étaient portés au moyen âge par les deux sexes; c'étaient des semelles de bois tenues aux pieds par une lanière. On les voit fréquemment dans les tableaux du xv* siècle. A Tavant-plan du merveilleux portrait d'Arnolfini par van Eyck, k la Galerie Nationale de Londres, le personnage a déposé ses patins. Les chaussures de l'espèce ne servaient d'ailleurs que pour le dehors, par la raison que les chausses n'étaient point semelées.

2. Il paraît être venu au monde vers 1490. (Voir l'article de P. Génard dans VArt chrétien de Taurel, tome I«'", page igj.) Lomazzo l'appelle Joachim d'Anversa. Guichardin et Vasari le font naitre à Bouvignes, localité voisine de Dinant, mais auront été amenés à faire une confusion avec Henri de Blés, ou Met de Blés, qui paraît avoir été natif de Bouvignes et que, précisément, Guichardin appelle Henri de Dinant. Le nom de Patinier ou le Patinier se rencontre fréquemment dans les actes relatifs â Bouvignes. (Voyez Pinchart, Notes k l'édition française de Crowe et Cavalcaselle, page 282.)

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