‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 12 sur 218 · JEAN VAN EYCK PARLANT DE LUI-MÊME DIT · texte numérisé non relu

JEAN VAN EYCK PARLANT DE LUI-MÊME DIT

« Moi qui le premier fis voir de quelle manière les belles couleurs se mélangent à l'huile de lin, avec mon frère Hubert, j'ai bientôt étonné Bruges de cette découverte que peut-être Apelle n'aurait pu faire et que notre vaillance eut bientôt répandue par le monde entier. »

COMMENTAIRE

L'ensemble des données que Ton possède sur les frères van Eyck n'ajoute ni n'enlève ■ sensiblement au récit de van Mander. Cette circonstance s'explique par le fait que

1. Pictorum aliquot celebriitm Germaniœ inferioris effif;ies... Antv., 1572. Ce recueil précieux, publié par la veuve de Jérôme Cock, montre les portraits d'Hubert et Jean van Eyck tirés de V Adoration de l'Agneau.

1. Dominique Lampsonius, né à Bruges en i53-2, peintre, poète et lettré, fut secrétaire de trois princes-évcques de Liège : Robert de Berg, Gérard de Groesbeek et Ernest de Bavière. Il avait communiqué ses notes à Vasari; on possède de lui une biographie de Lambert Lombard, son maître pour la peinture, et sur lequel, d'autre part, lui-même exerça une grande influence. Lampsonius mourut à Liège en iSgg.

l'historien de la peinture Hamande ne possédait ici d'autres renseignements que ceux qu'il avait pu puiser dans le poème de son maître Lucas de Heere ^ et dans les écrits de ses devanciers Louis Guichardin, Vasari, Marc van Vaernewyck. De notre temps on a pu réunir quelques indications complémentaires, mais il faut observer qu'elles ne sont en désaccord avec les dires du biographe que sur des points secondaires. La haute faveur dont Jouissait le plus jeune des frères auprès du duc de Bourgogne s'est trouvée pleinement établie par les découvertes de M. le comte de Laborde. Si le peintre n'était pas membre du Conseil privé de Philippe le Bon, il fut certainement chargé de missions assez nombreuses pour démontrer combien il était avant dans les bonnes grâces de son maître. Celui-ci, d'ailleurs, témoignait le plus grand intérêt à l'artiste; il le visitait familièrement et fut le parrain de sa tille, en 1434 -. Jean van Eyck mourut au service du duc de Bourgogne, en 1440.

Van Mander déclare ne rien connaître relativement aux débuts des deux frères; il s'étonne de les voir se produire avec une si haute supériorité à une époque des plus obscures. Cette production, en quelque sorte spontanée, de la peinture flamande n'a pas cessé de préoccuper les historiens de l'art-'. L'inscription retrouvée sur les volets de ÏAdoration de l'Agneau ne peut laisser aucun doute sur la haute notoriété dont Jouissait déjà Hubert, alors même que l'hommage posthume que lui rend son cadet serait exagéré; quant aux œuvres de Jean, elles suffisent à démontrer la rare perfection qu'il avait su atteindre et qui, en dehors même de l'excellence de sa technique, le ferait ranger parmi les maîtres de premier ordre. En réalité, Jean van Eyck ne brille pas seulement par l'éclat exceptionnel du coloris; il se signale entre tous les peintres de son temps par l'observation fidèle de la nature. Jointe à une compréhension rare des exigences pittoresques. La vive et légitime admiration que tout connaisseur accorde aux travaux de certains maîtres postérieurs, notamment Memling, ne fait pâlir en rien la gloire du chef d'école, qui est et demeure incomparable. Une page telle que le portrait d' Arnolfini et sa femme suffirait pour immortaliser le nom d'un artiste.

En tenant largement compte des forces acquises par l'étude et le travail, les qualités que nous signalons ne peuvent s'expliquer sans le concours de certaines traditions d'école dont le manque ici est absolu, quoi qu'on en dise. On peut admettre, dans une certaine mesure, l'influence des miniaturistes, mais elle ne suffit pas à expliquer le prodigieux savoir des van Eyck. Force est de croire qu'avant eux l'art flamand avait produit des peintres déjà très habiles et, chose digne de remarque, la contrée d'où semble originaire leur famille est également celle d'où procèdent des peintres renommés du temps immédiatement antérieur. Sans parler de l'éloge si connu que fait des maîtres de Cologne et de Maestricht le poète Wolframb von Eschenbach '*, rappelons Jean de Hasselt, peintre et varlet de Louis de Maie, dont les archives de Lille ont révélé

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