PORTRAIT D HENRI DE BLES
D'après la gravuic de \\'iei-;cx
Chez Fempereur, en Italie, et en d'autres lieux encore on voit nombre de ses œuvres qui sont surtout recherchées en Italie, car « Thomme à la chouette » y jouit d'une grande célébrité '.
COMMENTAIRE
Il n'est pas du tout impossible que Blés ou de Blés ne fût réellement le nom patronymique du peintre, car une œuvre de la Pinacothèque de Munich, V Adoration des Mages ln° 9 il, est signée Henricus Blesius. Il serait téméraire de se prononcer à cet égard. Selon toute vraisemblance, ce fut en pays flamand que le maître s'illustra, bien qu'il ait dû nécessairement travailler en Italie. Lanzi affirme qu'il résida dans l'Etat vénitien.
On a cru — et M. Helbig tient même pour certain, — que lorsque, dans son Journal de voyage, Albert Dürer mentionne « maître Henri le peintre », c'est Blés qu'il désigne. Une chose est prouvée, c'est que lorsque le maître nous dit qu'il a rendu visite à Malines à l'hôte de l'auberge de la Tête-d'Or, le peintre H :nri, c'est Henri Keldermans que la mention concerne^.
Nous savons, en outre, que Henri de Patenier, inscrit à la gilde d'Anvers, n'est pas Henri de Blés, puisqu'il existe de celui-ci une œuvre datée de i5ii.
C'est tout ce que l'on sait de l'histoire du peintre. Quant à son œuvre, M. A. Bequet, conservateur du musée de Namur, M. Woermann, directeur de la Galerie de Dresde, l'un dans les Annales de la Société archéologique de Namiir, tomes VIII et IX, l'autre dans son Histoire générale de la Peinture^ en ont fait une étude consciencieuse.
Les notes, encore inédites, de M. Scheibler ont été utilisées par M. 'Woermann.
Il y a, en somme, une très grande variété dans les travaux de Blés, qui n'était pas exclusivement paysagiste, qu'on se garde de le croire, et qui ne lit pas seulement des petits tableaux, comme l'affirme van Mander. M. Scheibler va même jusqu'à donner au maître le grand et beau triptyque des Disciples d'Emmaiis au musée de Bruxelles (n^ 24 du catalogue). M. Woermann ne se rallie pas à l'attribution et nous partageons ses réserves.
L'œuvre la plus remarquable de Blés, VEn/er, à l'étage supérieur du Palais Ducal de Venise, passerait fort bien pour un Jérôme Bosch, et le Portement de croix, du Palais Doria, à Rome, émane peut-être du même maître.
Le musée Correr à Venise (n° 161), et le musée, de Bruxelles (n°402), nous montrent la Tentation de saint Antoine, non pas d'une composition pareille, mais d'une même conception. Le démon, sous les traits d'une vieille, présente au pieux anachorète deux jeunes femmes nues. Les figures ont, de part et d'autre, une grande importance. On doit remarquer, cependant, qu'il n'y a pas entre les deux tableaux grande similitude et
1. On rencontre, en effet, de ses tableaux à Venise, à Naples, à Padoue, à Gènes, etc.
2. Neefs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, tome II, pages 43-44.