LAMBERT LOMBARD
En somme, les tableaux inscrits dans les divers catalogues comme exécutés par Lambert Lombard sont d'une origine purement conjecturale. La Cène, déjà mentionnée dans la biographie de Pierre Coeck, est datée de i53o, au musée de Liège, la meilleure des répliques, de i53i au musée de Bruxelles, et de i55i (?) au Musée Germanique. Il n'y a aucune raison pour assigner cette œuvre à Lambert Lombard, d'autant plus, nous le répétons, que la Cène gravée d'après lui n'offre aucune analogie avec la précédente non plus que le tableau appartenant aux Hospices de Liège, ce dont il a été aisé de faire la constatation lorsque ces œuvres parurent réunies à l'Exposition rétrospective liégeoise de 1881 '.
11 est difficilement admissible, en présence du nombre assez respectable d'estampes gravées d'après Lambert Lombard, que ces planches reproduisent toujours des peintures. Les graveurs ont eu, nécessairement, sous les yeux des dessins expressément conçus pour être reproduits.
Au surplus, pour grande et sévère qu'elle soit, la manière du maître n'a rien de pittoresque et sa prétention à vêtir les personnages à l'antique, à les chausser de braies à la gauloise, à les coiffer du pileus, nous permettent de supposer que la grisaille convenait mieux à son talent que la peinture proprement dite. Ce fut précisément en grisaille qu'il exécuta, pour le cardinal Pole, la Table de Cébes.
Voici d'ailleurs comment s'exprime à son sujet Hubert Goltzius dans un passage déjà plusieurs fois reproduit et qui doit trouver ici sa place :
« Mov mesme av veu en la maison de Lambertus Lombardus, duquel ay esté le disciple en mon stile et mestier, plusieurs paintures, lesquelles il avait contrefaites en Alemaigne après certaines paintures anciennes des Francons et qui bien pourront estje comparées à plusieurs belles peintures romaines. Et ay souvent oui dire audit Lambert (qui est un patron et réformateur des Sciences en ces pays, qui ayant déchassé les mœurs barbares, ha ramené en ces régions la vraie science; qui aussy comme poète et orateur très éloquent, sçait à parler de son stile, et au regard de quelques paintures anciennes, sçait-il dire à quel temps elle est painte : en outre comme vray philosophe, possède-t-il toutes choses, comme ne possédant rien, et tout ce qu'il ha, il le tient pour bien preste de la nature), qu'il ne se vantoit d'autre chose que des paintures anciennes des Francons, desquelles il a prins son premier fondement, devant que jamais il vint à Rome, pour se rendre plus parfait en son art et stile- ».
On sait que Vasari dut à Lambert Lombard des renseignements sur l'école flamande du xv^ siècle; ces renseignements laissent fort à désirer sous le rapport de l'exactitude. Lombard prétendait que « Roger de Bruges « était le maître de Martin Schongauer et Albert Dürer, à son tour, l'élève de celui-ci. La lettre où ces renseignements sont donnés est datée du 27 avril i5b5 ; elle est conservée aux Archives de Florence ■'.