‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 148 sur 218 · Il y mourut le 20 août 161 9. [Ibid., page · texte numérisé non relu

Il y mourut le 20 août 161 9. [Ibid., page

5. Voyez Woltmann, Die Gemälde Sammlung in der Kaiserliclicn Burg ^u Prag.

HENRI ET MARTIN VAN CLEEF 273

compose de trois initiales H. V. C. figurées : ^/i . II est, du reste, authentiqué par les mots Henri. Cliven. (Henricus Clivensis.j

Mais il faut observer que Thistoire de Tart cite quatre Henri van Cleve, dont le premier, admis franc-maître de la gilde de Saint- Luc d'Anvers en 1489, est, comme on Ta vu, le maître de Jean Sanders van Hemessen.

Le second Henri est admis à la maîtrise en i5 34 et reçoit des élèves en i5 39.

Le troisième, frère de Martin et de Guillaume, admis en i55i, meurt en 1589.

Le quatrième, inscrit à la corporation des peintres gantois en 1598, désigné comme « fils de Henri, peintre d'Anvers », meurt à Gand le 22 octobre 1646, et son épitaphe le qualifie Pictor egrcgius. Il peignait des sujets religieux, car son tombeau était surmonté d'une Descente de croix, œuvre de son propre pinceau. Ce quatrième et dernier Henri ne peut être que le fils du maître inscrit aux registres d'Anvers en i534 '.

M. vanden Branden a trouvé la mention de quelques œuvres de Martin van Cleef ou van Cleve dans de vieux inventaires : Une Prédication de saint Jean, les Dou\e Mois, le Père nourricier. Histoire de Suzanne, les Marrons du Jeu, le Roi boit, le Coucher de la Mariée rustique, les Cinq Sens, le Feu de la Saint-Martin, et, chose plus intéressante, la Démolition de la Citadelle d'Anvers, un événement contemporain, car il s'agit naturellement du soulèvement de 1577.

Rubens possédait un tableau de Martin van Cleve porté, sous le n" 226, au catalogue de sa collection : « Un mauvais lieu, par Martin van Cleef. »

Nous avons sous les yeux une grande estampe, gravée à l'eau-forte par un anonyme sous ce titre : « Le Pourtrait de Jean Calvin sodomit, cautérisé, peint par Martin de Cleves, alors vivant : et se void en Anvers en une maison ditte la Pladdys-Wejy -. C'est un tableau en trois compartiments, dont celui de gauche représente Calvin « cautérisé », c'est-à-dire flétri de la marque par le bourreau. Au centre, le supplice de Michel Servet; à droite, Calvin prenant sous sa protection un enfant que sa mère confie au réformateur. Cette estampe n'est pas dénuée de mérite. Reproduit-elle vraiment un tableau? Nous l'ignorons. Elle a dû être gravée au commencement du xvn<^ siècle.

Ce même siècle a eu Jean van Cleve, dont les églises de Gand contiennent des œuvres nombreuses et dont le musée de Courtray possède une grande page : la Continence de Scipion.

1. De Busscher, Recherches sur les Peintres et les Sculpteurs à Gand, i8()ô, pages 98-99.

2. Cette œuvre a été' de'crite par M. Ed. Fc'tis dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, tome XXI, page 256.

CÉLÈBRE PEINTRE d'uTRECHT *

La soif des honneurs et celle du gain sont le plus souvent les causes qui décident du choix de la carrière artistique. Il est bien rare qu'un jeune homme se sente des dispositions naturelles sans être entraîné par l'exemple des honneurs de toute espèce que moissonne Tartiste en vogue ; il en fut ainsi d'Antonio Moro.

Témoin de la célébrité de Jean Schoorel , le peintre-chanoine d' Utrecht, il voulut se mettre sous la direction de cet artiste, et fit preuve de la plus extraordinaire application pour devenir, à son tour, un maître, ce à quoi il réussit pleinement, car il fut un portraitiste d'après nature du plus haut mérite -.

En i552, Moro était à la cour de Madrid et y faisait le portrait du roi Philippe, car la protection du cardinal Granvelle l'avait fait admettre au service de l'empereur.

Envoyé d'abord en Portugal pour y peindre le portrait de la princesse, fiancée du roi Philippe, ceux du roi Jean et de la reine, sœur cadette de l'empereur, ces trois œuvres lui furent payées six cents ducats, outre sa pension, et il reçut encore de splendides cadeaux. On lui offrit une chaîne d'or de mille florins et il fut royalement traité. Les grands personnages arrivèrent en masse se faire peindre par lui, et chacun de ses portraits se payait cent ducats ou un prix proportionné à la fortune du modèle. 11 reçut aussi plusieurs chaînes d'or ^.

1. De son nom vrai Antoine Mor; il s'intitula vers i339, selon Kramni, van Dashorst, d'une terre qu'il possédait. En Angleterre, il fut fait chevalier; les Anglais l'appellent Sir Anthony More. La date de son accession à la chevalerie n'est pas connue.

2. Mor est inscrit sous la date de 1347 ^ ''' giLle des peintres d'Anvers.

3. Selon Raczynski {les Arts en Portugal, page 291), les portraits de Jean III et de Catherine seraient encore dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste de Belem. Quant k la fiancée de Philippe,

A la cour de Charles-Quint il fut très occupé et fît, par ordre de l'empereur, le voyage d'Angleterre pour peindre la reine Marie, seconde femme du roi Philippe', portrait qu'on lui paya cent livres sterling, plus une chaîne d'or, indépendamment de son traitement annuel de cent livres ~. On lui fit copier plusieurs fois la tête de la reine, qui était une fort belle femmiC, en vue d'offrir ces reproductions à des personnages de la cour, à des membres de l'Ordre et à Granvelle. L'empereur paya deux cents florins la copie qu'il reçut.

On raconte, d'autre part, que Moro emporta à Bruxelles un portrait pour le cardinal, et que celui-ci chargea le peintre de l'ofïrir, en son nom, à l'empereur. — « Je ne tiens plus maison, dit le souverain, j'ai tout abandonné à mon fils. « Le peintre, sans reprendre son œuvre, s'en revint vers le cardinal, qui lui dit : — « Laissez-moi faire. » En efTet, allant trouver l'empereur, il loua fort le travail de l'artiste et la beauté du modèle et finit par demander ce que l'on avait donné au peintre. — « Rien », dit l'empereur, qui s'enquit en même temps de ce qu'il convenait de payer. — « Mille florins ou trois cents ducats », dit le cardinal. L'empereur le chargea alors de régler les choses sur ce pied. Si ce que l'on rapporte est exact, cela se serait passé un an et demi après le retour du peintre d'Espagne.

Après la conclusion de la paix entre l'Espagne et la France, Moro,

plus tard roi d'Espagne, M. Pincliart (Revue Universelle des Arts, i856, page 134) fait observer qu'il s'agissait de Marie, sœur du roi, car la fille de Jean III était morte en i545.

Le musée de Madrid possède encore, sous le n" 1485, le portrait de la reine Marie de Portugal.

1. Ce voyage eut lieu en i55!>, et non pas en i554 seulement comme on l'a pensé. Nous retrouvons le peintre à Utrecht en i35i5, n. st. (Voyez Kramm.)

2. Le portrait est au musée de Madrid, n° 1484 du catalogue. Il faisait partie des œuvres que Charles-Quint emporta dans sa retraite au monastère de Yuste. (Voyez Pinchart, Tableaux et Sculptures de Charles- Quint ; Revue Universelle des Arts, i85G, pages 225 et suivantes.) Il n'y a point de portrait de Marie Tudor au palais de Hampton Court. Le n" 640, qui provient de Whitehall, et qui a longtemps passé pour être l'image de la seconde femme de Philippe II, est désigné par les anciens inventaires comme représentant Christine de Lorraine. Mais il y a, dans les châteaux de l'aristocratie anglaise et ailleurs, de nombreux portraits de Marie Tudor, peintures qu'il est permis de croire de la main de Moro : chez le comte de Carlisle (un chef-d'œuvre selon Waagen); chez lord Yarborough, chez le duc de Bedford; enfin, une effigie fort curieuse au Belvédère, sur un panneau ovale (2° étage, I" salle, n° ^o); une autre au Musée National de Pesth, salle V, n° 3. Nous faisons nos réserves pour cette dernière.

L'inventaire de Diego Duarte, marchand de tableaux k Amsterdam en 1G82, document manuscrit que possède la Bibliothèque royale de Bruxelles, cite également un Portrait de Marie d'Angleterre provenant de la Galerie de l'empereur Rodolphe, à Prague.

Quant à la beauté de la reine, elle n'a existé que dans l'imagination de van Mander.

qui était très en faveur auprès de Philippe, accompagna celui-ci en Espagne ' et y fit le portrait du roi et celui de beaucoup de grands personnages. Il était avec le souverain sur un pied d'intimité tel qu'un jour que le roi le frappait familièrement sur Tépaule, Moro riposta d'un coup d'appui-main, liberté grande, car on ne joue pas avec les lions. Aussi cette liberté aurait pu coûter cher au peintre, s'il n'avait été prévenu secrètement, par l'amitié d'un seigneur de la cour, que rinquisition commençait à s'émouvoir de sa présence auprès du roi et de ce que le peintre pourrait lui suggérer touchant les affaires des Pays-Bas, et qu'il courait grand risque d'être arrêté. Saisissant un prétexte, Moro reprit le chemin de la Néerlande, muni d'un congé en forme et promettant de revenir.

Le roi, non moins attaché à son peintre qu'admirateur de son talent, fit de pressantes instances pour le ravoir, tandis que Moro trouvait des prétextes pour éluder les sollicitations, jusqu'au jour où le duc d'Albe, ayant pris le gouvernement des Pays-Bas, jugea convenable de garder les lettres de rappel et de prendre le peintre à son service. Moro lui peignit alors, à Bruxelles, le portrait de toutes ses maîtresses ~.

Le roi avait fait aux enfants du peintre de riches présents et les avait pourvus d'importants ofifices, tels que le canonicat et autres ". Le duc d'Albe aussi, s'étant informé de la famille de Moro, celui-ci lui fit connaître qu'il avait une fille dont le mari était un homme de grand savoir. Le duc lui conféra la recette de la West-Flandre, qui donnait un beau revenu et lui permit de vivre grandement. On le voyait parfois à Bruxelles, menant grand train et escorté de plusieurs cavaliers ^. Bref, Moro réussit splendidement par son art.

1. C"est-à-dirc en ]55i); le départ du roi eut lieu le 20 août. Il existe de Philippe II un grand nombre de portraits attribués à Moro : chez lord Dillon, chez lord Spencer, à Hampton Court, etc.

2. Le musée de Bruxelles possède un fort beau portrait du duc d'Albe attribué à Antonio Moro (n" [iST)). 11 est sans signature ni date. Un autre portrait du duc d'Albe existant au palais de Windsor est attribué également à Moro. Waagen le regarde comme douteux.

3. En effet, Philippe Mor, fils aîné du peintre, fut nommé chanoine de Saint-Sauveur, à Utrecht. 11 était également peintre, ainsi qu'il résulte de certaines pièces publiées par M. Kramm.

4. Elle s'appelait Catherine et son mari Jean Casetta; elle mourut veuve en 1589. (Kramm.) Une autre fille, Elisabeth, épousa maître Henri vander Horst, avocat à la cour d'Utrecht; elle était à Anvers en i5(38. (Vanden Branden, page 27J.)

On dit que lorsque le duc d'Albe le fit venir d'Utrecht à Bruxelles, il brûla tous ses chevalets et se défit de beaucoup de ses œuvres K

Fac-similé de la gravure de H. Hoiidius.

C'était un homme de manières distinguées, honorable et éloquent.

I. Il est donc prouve que ce fut k Utrecht que se rendit le peintre à son départ d'Espagne. Ce fut en i56o qu'il peignit son portrait pour l'oft'rir à Schoorel, son ancien maître. Ce portrait appartient it la Société des Antiquaires de Londres.

28o LE LIVRE DES PEINTRES

Il avait été en Italie et à Rome clans sa jeunesse'. Outre ses portraits, il peignit d'autres toiles, notamment une Résurrection du Christ^ avec deux anges et les apôtres saint Pierre et saint Paul, le tout bien exécuté et coloré ', car il possédait l'art de charmer les yeux, approchant si bien de la nature que c'était chose merveilleuse.

Il copia, pour le roi, la Danaé du Titien d'une façon excellente, et plusieurs autres choses -*.

Lorsque la mort le surprit, il travaillait à une Circoncision pour Féglise Notre-Dame d'Anvers, oeuvre qui promettait d'être une merveille ^.

Ce n'est pas sans peine que j'ai pu me procurer tous ces renseignements, car les enfants de Moro n'ont voulu rien me donner, bien que je me sois adressé à eux de la manière la plus courtoise. Il semble qu'ils n'aient aucun souci de la mémoire de leur père. Je ne puis donc rien dire de la mort de l'artiste. Mais il laisse à la postérité un nom impérissable.

A V Appendice, van Mander ajoute :

« Antonio Moro est décédé à Anvers à l'âge de cinquante-six ans, un an avant la Furie française-'. »

COMMENTAIRE

Selon toute vraisemblance, Antonio Moro vit le jour en i5i2; raffirmation de van Mander touchant l'âge du peintre à l'époque de son décès, — qui ne peut être postérieur

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