JACQUES DE BACKER
persévérant dans ses habitudes d'application, se refusant tout exercice corporel, de sorte qu'à la longue sa santé s'altéra gravement. On prétend qu'il fut frappé d'apoplexie, mais je crois, pour ma part, qu'il mourut d'une affection pulmonaire, car, au moment d'expirer dans les bras de la fille de son ancien maître Palerme ', il déplorait son triste sort, disant : « Faut-il, hélas ! que je meure si jeune ! » Il avait à peine trente ans-.
Il fut procédé à l'autopsie du cadavre, sans que l'on pût savoir à quel genre de maladie avait succombé le jeune artiste.
Les œuvres de De Bäcker sont très recherchées partout et ornent les cabinets des amateurs. A Middelbourg, chez Melchior Wijntgis, j'ai vu de lui trois beaux tableaux : Adam et Èj'e, la Charité et un Criicißx.
J'ai vu encore de lui, chez un sieur Oppenberg, trois autres tableaux : Vénus, Junon et Minerpe, figures en pied de grandeur demi-nature, fort bien posées avec divers objets dans le fond, accessoires, vêtements, animaux, etc.
En somme, De Bäcker fut un des meilleurs coloristes de Técole d'Anvers; il peignait largement et donnait à ses carnations une grande puissance d'effet. Son nom est digne de passer à la postérité.
COMMENTAIRE
L'unique tableau de Jacques De Bäcker que l'on connaisse est le Jugement dernier du tombeau de Plantin à Notre-Dame d'Anvers.
C'était un triptyque dont les volets, maintenant perdus, représentaient Plantin avec saint Roch, d'un côté ; la femme de Plantin accompagnée de ses tilles, et protégée par saint Jean, de l'autre. L'œuvre, jugée digne d'être emportée à Paris par les commissaires de la République en 1794, ne fut que partiellement rendue en 181 5. Les volets manquent.
1. Catherine van Palerme; elle était veuve de Pierre Goetkint qui avait été l'élève de son frère. (Voyez Rombouts et van Lerius, les Liggeren, pai^e i().>, i en note.)
2. Certains auteurs, Nagler et Siret (Biographie nationale de Belgique) fixent la date de son décès à i5Go. M. Pinchart (Neues Allgemeines Künstler Lexikon de Meyer, tome ]I, page 5i()),au contraire, présume que De Backer ne vint au monde qu'en i56o ou i5(3i, puisqu'il peignit un Jugement dernier pour le tombeau de Christophe Plantin, mort en iSSg. C'est donc en i5go ou iSiji que serait mort l'artiste.
De Bäcker avait peint d'autres tableaux du Jugement dernier. Il y en avait un aux Carmes d'Anvers et aux Chartreux de Liège. Ils furent emportés l'un et l'autre pour les musées français, mais figurent dans les listes comme n'étant pas arrivés à Paris.
L'inventaire des peintures d'Ernest d'Autriche mentionne plusieurs fois le nom de Jean De Bäcker : « Peccatum originale, Annonciatio, Passio, Resurrectio, Tempus et Adolescens « '.
Duarte, le marchand de tableaux anversois fixé à Amsterdam, possédait en 1682 « un ^cx'n Jugement cYt^r/z/cr extrêmement détaillé, de Jacques De Bäcker ». Il l'estimait 60 florins, somme relativement élevée.
Un autre Jugement dernier du maître, petit tableau rond, se vendit précisément 60 florins en 1764 avec la collection S'Gravenwezel d'Anvers. (Hoet., I, 373, n" 45.
L'Albertina, à Vienne, possède un dessin du même sujet.
Antoine et Jérôme Wiericx ont gravé, d'après De Bäcker, le premier, une Femme nue, enchaînée à un rocher et couronnée par un ange lAlvin, 1027I ; le second, un Crucifix entouré des figures de la Foi, de l'Espérance et de la Charité (Alv., 234 a.i
Crispin de Passe a gravé d'après le maitre un Emblème de la tempérance, composition de plafond avec deux génies portant une corbeille. ^Franken, n° 12 17.)
I. Bulletin de l.z commission royale d'histoire, tome XIII, page 141.