‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 161 sur 218 · EXCELLENT PEINTRE · texte numérisé non relu

EXCELLENT PEINTRE

Pierre Breughel (d'Enfer). — Jean Breughel (de Velours).

La nature fit un choix singulièrement heureux le jour où elle alla prendre, parmi les paysans d'un obscur village brabançon, riiumoristique Pierre Breughel pour en faire le peintre des campagnards.

Né dans les environs de Bréda, au village dont il prit le nom pour le transmettre à ses descendants-, Pierre Breughel fut d'abord élève de Pierre Coeck dont il épousa plus tard la fille qu'il avait portée dans ses bras quand elle était enfant. 11 passa ensuite chez Jérôme Cock, puis alla en France et en Italie"'.

Les œuvres de Jérôme Bosch avaient fait l'objet spécial de ses études et, à son tour, il fit beaucoup de diableries et de sujets comiques, si bien qu'on le surnomma « Pierre le Drôle ». En efïet, il est peu d'œuvres de sa main qu'on puisse regarder sans rire, et le spectateur le plus morose se déride à leur aspect.

Breughel, au cours de ses voyages, fit un nombre considérable de vues d'après nature, au point que l'on a pu dire de lui qu'en traversant les Alpes il avait avalé les monts et les rocs pour les vomir, à son retour, sur des toiles et des panneaux, tant il parvenait à rendre la nature avec fidélité ''.

1. Van Mander écrit Bnieghel, ce qui s'explique; de son temps les lettres ett e'taient interverties dans la plupart des mots où on les rencontre. Cologne, par exemple, en flamand Ceiilen, s'écrivait Citclen ; jueght (jeunesse) pour je.ught. Adopter cette forme serait un pur archaïsme. Il en serait de même de Breughel, nom d'origine, qu'il faut nécessairement confjrmer à l'orthographe du village hollandais où notre peintre avait vu le jour. On ne pourrait dire k Bnteghel natif de Breughel », qu'à la condition de commettre un non-sens. Aussi dès l'édition de van Mander de 1618, a-t-on adopté la leçon Breughel.

2. Breughel naquit probablement vers i525. i Kramm dit en i3io.)

3. 11 était en Italie en i553 ainsi que cela résulte de deux estampes et de plusieurs dessins cités par Mariette, portant le mot Romœ.

4. Il est incontestable qu'aucun peintre n'a rendu la grandeur des perspectives alpestres avec plus

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II se fixa à Anvers et entra dans la gilde en i55i. Un marchand, du nom de Hans Frankert', lui commanda de nombreux tableaux. C'était un excellent homme qui était fort attaché au peintre. A eux deux, Franckert et Breughel prenaient plaisir à aller aux kermesses et aux noces villageoises, déguisés en paysans, offrant des cadeaux comme les autres convives et se disant de la famille de Tun des conjoints. Le bonheur de Breughel était d'étudier ces mœurs rustiques, ces ripailles, ces danses, ces amours champêtres qu'il excellait à traduire par son pinceau, tantôt à Thuile tantôt à la détrempe, car Tun et l'autre genre lui étaient familiers'-. C'était merveille de voir comme il s'entendait à accoutrer ses paysans à la mode campinoise ou autrement, à rendre leur attitude, leur démarche, leur façon de danser. Il était d'une précision extraordinaire dans ses compositions et se servait de la plume avec beaucoup d'adresse pour tracer de petites vues d'après nature.

A Anvers, il vivait maritalement avec une servante dont il aurait fait sa femme, n'eût été que la fille était une incorrigible menteuse. Il fit avec elle cet accord qu'il marquerait tous ses mensonges sur une taille qu'il choisit de belle longueur. Si la taille venait à se remplir, le projet de mariage serait absolument abandonné, ce qui eut lieu avant qu'il fût longtemps.

Enfin, comme la veuve de Pierre Coeck habitait Bruxelles, il se mit

de véritu que Breughel. Mariette disait avec raison que certains de ses paysages ne seraient pas désavoue's par le Titien.

1. Mentionné aux registres de la gilde de Saint-Luc, en i 540, comme Nurembergeois.

2. Le musée de Naples possède deux tableaux à la détrempe peints par Breughel et qui sont de véritables chefs-d'œuvre : i" la Parabole des aveugles, une merveille d'expression signée BRVEGEL M.D.LXVIII. (Reproductions à l'huile au musée de Parme, n" 478, et chez le baron Leys, à Anvers.) ■2° Une Allégorie sur le manque de bonne foi du monde: un personnage en deuil est victime d'un coupeur de bourse représenté par le globe terrestre. Le sujet est expliqué par ces vers flamands :

Cm dat de wcrell is soe on<^etro Dacr om ^ha le in den ru

tjxtaellement rendus en français sur une estampe de Wicricx (Ahin, 1547) •

Je porte le deuil voyant le monde Qui en tant de fraudes abonde.

C'est un tableau circulaire.

M. Edouard Fétis, à Bruxelles, possède également une grande détrempe de Breughel : V Adoration des Mages, avec d'innombrables figures. La peinture est ruinée, toutefois elle conserve les traces d'une rare adresse d'exécution. La liste des œuvres du maître contient d'ailleurs de nombreuses détrempes.

CFtfm/aâis, auâ £cMf ^ai^cu/us e/i yiJroc ^cmu/um a/umna!a, qua imä/^ oro/^cu/a a/} . ojr^iwr /luoi; y4r/(^>t yVafur^^Ahiirir/ôe^^is 'Jôcia/.:a/;aq!r téSr,A^a&ffvm Ârfi,yii-^u jSci'u,? /l^cif.'^Vtu//' in ylrfc A^atura,ai^am i^/fe> mû^tus exnra'si/.'Viu// rn //afi^ra y^rs , ûuam fifl

rcauxiLr'ira&cC(rn(^jScem lMa^c,!neffUi'jZàs 'v^ Paf'v/z i'z /^/fo rza^ : aofo/S- iiSa/z 7ariairr7a,nii^i/'i^s »isi ij/a^^ it^' fi/icrs?i's cit.

^a/rd^ 'T-t'/fOj Auner tn //^ /t/t\ u^/y/maui' J?n^/fs; S^r/i-fj (^Va/UfO!' J^os7^/aàf , ctj^o^, aa^m'fii/û^ , ama/of Sac . drs . Afai . /cu^faf" CEatJÎus Sai^/cr-, ejii/fi/tr/ . oo . /oc . yy .

IMERRE BREUGHEI, LE VIEUX.

Fac-iimilé de la gravure d'Égide Sadeler, d'après le tableau de Spraiigcr.

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à courtiser sa fille, celle-là même qu'il avait si souvent portée dans ses bras, et il la prit pour femme '.

La mère, cependant, mit pour condition au mariage que Breughel viendrait habiter Bruxelles pour se soustraire à son ancienne liaison, ce qui fut fait.

Breughel était un homme tranquille et rangé, parlant peu mais amusant en société, prenant plaisir à terrifier les gens, ses élèves notamment, par des histoires de revenants et des bruits surnaturels.

Plusieurs de ses meilleures productions sont aujourd'hui chez l'empereur, entre autres un grand tableau de la Tour de Babel où il y a beaucoup de jolies choses et dont le point de vue est très élevé ^; une autre représentation du même sujet ■", deux tableaux du Portement de la croix, très naturellement conçus et où sont introduits de nombreux épisodes comiques'*, un Massacre des innocents avec plusieurs scènes actuelles et dont j'ai parlé ailleurs^.

On assiste, par exemple, aux supplications d'une famille de paysans, qui cherche à arracher à la mort le pauvre enfant qu'un cruel soldat vient de saisir ; au désespoir des mères et à d'autres épisodes non moins émouvants ^.

Il y a aussi chez l'empereur une Conversion de saint Paul dans un paysage avec des rochers fantastiques "' . Il serait difficile de citer tout ce qu'il a fait en matière de diableries, d'enfers, d'épisodes rustiques, etc.

Il représenta une Tentation du Christ au milieu d'un site alpestre,

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