N° 118; ce portrait a e'té gravé par \V. Unger
(AERTGEN VAN LEYDEN)
PEINTRE
Bien qu'un peintre de mérite, mais peu habile en l'art de se faire valoir, ne soit pas moins apprécié des connaisseurs, la foule ignorante est ainsi faite, qu'elle n'accorde à lui-mènie et à ses travaux qu'une médiocre attention. On l'a constaté par Alart Glaeszoon, peintre de Leyde, qui ne fut jamais désigné que sous le nom de petit Alart (Aertgen), bien qu'il fût d'une taille élevée.
Il naquit à Leyde en 1498, car son père, qui était foulon, ne manquait jamais de préciser son âge, par le fait que l'an du Jubilé de i5oo, le petit. Alart était âgé de deux ans, lorsque lui, son père, accomplit le voeu de faire un pèlerinage à Rome.
Jusqu'à l'âge de dix-huit ans, Alart suivit le métier paternel, ce qui le fit surnommer « Aertgen le foulon ' ».
La nature, toutefois, le sollicitant d'être artiste, on le mit en apprentissage, en i5i6, chez Corneille Engelbrechtsen, sous la direction duquel il devint bientôt un maître et créa plusieurs œuvres, tant à l'huile qu'à la détrempe, rarement ou jamais inspirées de la fiction ou de l'allégorie, mais tirées des textes sacrés qu'il avait coutume de citer à ses élèves. Il régnait entre lui et eux une grande cordialité, et le maître était fort dévoué à leurs progrès. Le lundi, d'ordinaire, on ne travaillait pas, et tous ensemble allaient au cabaret se divertir, quoiqu'on ne pût reprocher à Aertgen d'avoir des habitudes intempérantes. Il était d'ailleurs d'un naturel réservé et faisait beaucoup moins de cas de lui-même que des autres.
I. M. C. Vosniaer a pu établir, par cette qualité de foulon de Claesz, qu'il était un des ascendants des Nicolai, ou Claesz, c'est-à-dire des Swanenburg. (Voyez Rembrandt, ses précurseurs et ses années d'apprentissage ; La Haye, i8ôi, page 34).
3i2 LE LIVRE DES PEINTRES
Sa manière se rapprochait beaucoup de celle de Corneille Engelbrechtsen; plus tard, ayant vu les œuvres de Schoorel, il conforma son style à celui de ce peintre', pour s'inspirer ensuite de Heemskerck, surtout dans les fonds d'architecture qu'il traitait avec grand talent. Toutefois il sut rester personnel, et si ses peintures avaient un aspect quelque peu malpropre et désagréable dans l'exécution, elles étaient intelligemment conçues et arrivaient par là à mériter les suffrages des connaisseurs.
Frans Floris d'Anvers vint à Leyde, attiré par la réputation du peintre, au temps où la commande d'un Crucifiement pour l'église de Delft l'amena dans cette ville, pour voir l'emplacement que l'on destinait à son tableau.
Le premier soin de Floris fut de s'informer de la demeure de son confrère; ayant appris qu'il habitait non loin des remparts une petite maison délabrée, il s'y rendit aussitôt. Aertgen était sorti, mais Floris ayant fait connaître qu'il venait de loin expressément pour le voir, obtint la faveur de pénétrer dans l'atelier et de jeter un coup d'œil sur les œuvres qui y étaient. Il monta donc au grenier,, — car c'était là que travaillait le peintre, — et, prenant le fusain d'un des élèves qu'il trouva en train de dessiner, il traça sur le mur bas et étroit, blanchi à la chaux, une tête de bœuf avec la face de saint Luc et l'armoirie des peintres, le tout aussi grand que le permettait l'étroit espace. Ce dessin subsista fort longtemps et ne s'effaça qu'à la longue. Ayant ainsi marqué son passage, Floris reprit le chemin de son auberge.
Aertgen, lorsqu'il rentra, apprit qu'un étranger, venu pour le voir, avait été admis à visiter l'atelier et qu'après avoir tracé au fusain diverses choses, il était parti sans dire son nom. Au premier coup d'œil, Aertgen s'écria : « C'était Floris! » et il se sentit tout confus
I. 11 y a tout lieu de croire que c'est notre maître que de'signe Jean Schoorel dans la lettre qu'il adresse à Adrien de Maerselaer le 36 mai i534 en lui envoyant de Rome le portrait d'Adrien VI, lorsqu'il engage son correspondant à payer par l'intermédiaire « A'Alaert l'orfèvre». Si réellement Alart Claeszoon est l'auteur des estampes fort nombreuses que Bartsch, Passavant, Renouvier, etc., lui attribuent, il habitait Utrecht à la date indiquée. Son nom n'y apparaît pas toutefois dans les registres de la gilde des peintres, dépouillés par M. S. Müller.
Peint par lui-même. — Gravure de Jonas Suyderhocl.
de ce qu'un tel maître eût daigné lui rendre visite'. Quand, plus tard, il reçut une invitation de Floris de Taller voir à son auberge, il n'osa pas y aller, trouvant que la société d'un pareil homme n'était pas faite pour lui. Toutefois, lorsque le hasard les eut fait se rencontrer, Frans fit des instances pour emmener Aertgen à Anvers, s'engageant à lui procurer des travaux mieux rétribués qu'à Leyde, et à faire de lui un seigneur au lieu d'un peintre besogneux. Mais, à toutes ces offres, Aert répondit qu'il était aussi heureux de sa médiocrité que d'autres de leurs splendeurs, qu'il laissait aux rois leurs royaumes pourvu qu'on le laissât habiter paisiblement sa masure; aussi Frans s'en retourna seul à Anvers.
Pour ce qui est des œuvres d' Aertgen, elles sont d'inégale valeur, mais intelligentes et approfondies. On y voit, surtout dans les œuvres de grandes dimensions, des figures allongées et parfois une certaine absence de proportion. Mais, comme on l'a dit, la composition est remarquable. On prétend que c'est pour ce motif que Floris tenait à l'emmener à Anvers dans l'espoir d'utiliser son concours.
Il dessina beaucoup pour les peintres verriers et autres, et l'on trouverait encore de lui, à Leyde, des centaines de travaux de l'espèce. D'ordinaire on lui payait sept gros un dessin sur une feuille entière de papier, bien qu'il y passât beaucoup de temps, et l'on peut juger par là que son art ne lui rapportait pas de quoi faire grasse cuisine.
Chez M, Jean Gerritsz Buytewegh, à Leyde, il y a trois des meilleures œuvres produites par Aertgen,. et qui surpassent les autres par la beauté du coloris et la valeur de l'exécution.
C'est d'abord un Christ entre les larrons, avec la Vierge, les saintes femmes et les disciples au pied de la croix que la Madeleine entoure de ses bras.
Il y a ensuite un Christ portant la croix, suivi d'une grande foule, avec la Vierge, les saintes femmes, les disciples. Il y a, enfin, le tableau o\x Abraham, accompagné d'Isaac, se rend au lieu du sacrifice que l'on voit s'accomplir dans le fond.
On voit encore chez la veuve de M. Jean van Wassenaer, en son
I. C'est toujours la vieille histoire de la visite d'Apelle à Protogène.
vivant, bourgmestre et receveur des taxes municipales, à Leyde, une Natii'ité fort bien agencée et qu'il est permis de compter parmi les meilleures œuvres du maître, bien qu'elle soit d'une peinture plus lâchée que les précédentes'.
M. Jean Adriaensz Knotter possède quelques peintures à la détrempe, entre autres une Vierge entourée d'un chœur d'anges. Chez M. Jean Diricksz van Montfoort il y a un petit triptyque du Jugement dernier, sur l'un des volets duquel est le portrait de Dirick Jacobsz van Montfort.
H. Goltzius, à Harlem, possède un Passage de la Mer rouge, peint à Ihuile, fort détérioré, mais très remarquable et d'une variété extraordinaire de costumes et de coiffures : chapeaux, turbans, etc., le tout très intéressant à considérer. 11 y a d'autres œuvres de lui en divers endroits.
Lorsqu'un amateur venait pour faire une commande à Aertgen, celui-ci le conduisait au cabaret traiter l'affaire, et, le soir venu, lorsqu'on se séparait, il ne prenait pas le chemin de chez lui, mais allait à la recherche d'autres camarades, errant par les rues des nuits entières en jouant de la flûte allemande qu'il portait sur lui, si noir qu'il fit, et prenant si peu garde, que deux ou trois fois il lui arriva, tout en jouant, de tomber à l'eau,, et ce fut précisément une aventure pareille qui finit par lui coûter la vie.
Lorsqu'il ne trouvait pas de société, il avait un endroit où il s'en allait dormir, mais il ne regagnait jamais sa demeure, attendu que le quartier des foulons était peu sûr, comme il en avait fait la fâcheuse expérience.
Un soir, sortant du cabaret et voulant rentrer chez lui, il s'arrêta pour satisfaire un besoin. Survint un ivrogne qui, par derrière, lui porta à la joue un coup de couteau, ce qu'il avait juré de faire au premier individu qu'il rencontrerait. « Qui me fait cela? » dit Aertgen se retournant. L'ivrogne reconnut cette voix et implora un pardon
1. C'est peut-ctre le tableau que posséda plus tard Rubens et qui hgure dans le catalogue de sa Galerie sous le n" iJSq. « La Nativité de Notre Seigneur, par Artus van Leyden ». Nous ignorons ce que l'œuvre est devenue. Deux autres peintures du même maître sont portées à l'inventaire, n° 194 : « Un Bordel », et n° 219 : « Une Epitaphe à dix clôtures ».
qui lui fut accordé. Quelque peu dégrisé, il conduisit le peintre chez un barbier qui pansa la blessure. A dater de ce jour, Aertgen redoutait de suivre nuitamment le chemin de la maison '.
11 se fit, toutefois, qu'ayant eu l'occasion de sortir dans Faprès-dinée, en compagnie d'un riche bourgeois de Leyde, Quirin Claesz, pour toucher l'argent d'un tableau qu'il venait d'achever : le Jugement de Salomon, qu'on voit encore à Delft, il s'attarda, suivant sa coutume, et pris d'un besoin, se dépouilla de son habit qu'il jeta sur le parapet du fossé des Foulons. Lorsqu'il voulut reprendre ensuite son vêtement, il fit un faux pas, tomba dans le fossé et y trouva la mort. Ce fut en 1564; il avait soixante-six ans.
COMMENTAIRE
Les œuvres d'Alart Claeszoon paraissent avoir été rares de tout temps. Gérard Hoet, dans le nombre immense de peintures relevées dans son précieux catalogue des ventes de tableaux des xvn^ et xvni^ siècles, n'en cite que deux. Le premier est une Prédication de saint Jean-Baptiste, vendue en 1700 à la vente Flines, à Amsterdam; le second, une Pentecôte, vendue en 1704, chez Pierre Six. M. Leupe, des Archives de La Haye, relève, d'autre part, un Dimanche des Rameaux et une Tète de bœuf, dans un document du xvu'= siècle iVoy. r.4rc7n'^d'Obreen, tome II, page 142); M. Bredius [ibid., tome V, page 56^ un tableau « où le Christ dit : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ^\ c'est-à-dire la Pemme adultère, vendu à Delft chez J. Vosmaer en
Le musée de Bruxelles possède, sous le n" i 16, un petit triptvque provenant de la Galerie d'Arenberg et daté de iSaö; il représente la Femme adultère dans le temple, orné avec la plus grande richesse. Les personnages, vêtus de costumes orientaux, de turbans, chaperons, etc., des plus bizarres, nous ont toujours rappelé ce que dit van Mander du Passage de la mer Rouge et de l'étrangeté des coiti'ures qu'on y rencontrait. De plus, on lit sur ce tableau, en flamand ou en hollandais, en grandes lettres les mots : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre (Die sonder Sonden is die WERPT DEN eersten SteenI, titre sous lequel est désigné le tableau vendu en 1641.
En décrivant cette œuvre, M. Ed. Fétis nous dit que le Christ vient de tracer sur la pierre, en caractères hébreux, la même sentence. C'était en effet l'intention du peintre de présenter ainsi les choses, mais, en réalité, il se contenta de donner un
I. Le portrait grave par Suyderhoef et que nous reproduisons, montre encore la trace du coup de couteau sur la joue droite du personnage.
aspect cabalistique à ce que nous croyons être les lettres de son propre nom présentées à l'envers. Reprenant ces lettres et les remettant dans le sens normal nous obtenons :
ce qui nous paraît être allaert, en tenant compte des altérations voulues pour donner une apparence hébraïque à Finscription.
Il est vrai que dans le médaillon d'un guerrier romain, accroché à l'une des colonnes, on lit en blanc sur le fond bleu un monogramme M F ou M P. Mais nous nous sommes demandé plus d'une fois s'il n'était pas là pour IMP (erator). L'extraordinaire richesse de l'ornementation, sa supériorité même sur les tigures semblent trahir la main d'un graveur expérimenté et n'auraient pas lieu de surprendre en ce qui concerne Alart Claeszoon, si la peinture émanait de lui.
B. Dolendo, le même artiste qui grava d'après van Mander, a exécuté d'après Aertgen van Leyden une grande planche des Evangélistes, composition vulgaire, assez proche de Heemskerck et de Frans Floris, mais uniquement par la disposition.
C'est également d'après une peinture d'Alart Claeszoon que Suyderhoef exécuta le portrait du maître. (IFz/i'i. et //., n° i.] On y remarque, nous l'avons dit, la trace du coup de couteau dont il est question dans les écrits de van Mander.
Nous hésitons un peu, pour notre part, à attribuer à Aertgen van Leyden toutes les estampes signées yc\. Datées de i52o à i555, leur nombre est trop considérable pour que van Mander, si bien renseigné d'ordinaire, eût totalement ignoré cette face intéressante du talent d'un maître dont les peintures lui étaient assez bien connues en somme. Remarquons, d'autre part, que le maître graveur que l'on identifie à Alart Claeszoon paraît avoir des attaches nombreuses avec les Italiens. On nous le montre copiant même certaines planches de l'école de Marc-Antoine. Rien de ceci n'apparaît dans les travaux du foulon de Leyde. Tout au plus peut-on croire à une simple coïncidence de noms nullement établie.
Quant au Gérard de Leyde d'après lequel Théodore Matham, encore tout jeune, grava la Déposition de la croix, avec l'indication qu'il s'agit du tableau qui arracha à Albert Dürer l'exclamation : « L'auteur de cette œuvre fut peintre dès le sein maternel », et qu'on le nommait Gérard de Saint-Jean, il s'agit évidemment de ce dernier et non pas d'Alart Claeszoon.
JOACHIM BUECKLAER
f:XCELLENT PEINTRE d'aNVERS '
C'est toujours un grand avantage pour le débutant lorsqu'il lui est donné de joindre à ses dispositions naturelles un bon exemple et des conseils éclairés. Il en fut ainsi pour Joachim Buecklaer d'Anvers, qui eut riieureuse chance de voir sa tante' épouser le célèbre peintre Pierre Aertsen, dit « le long Pierre », lequel devint pour lui un véritable guide vers la perfection.
Il éprouva d'abord une grande difficulté à bien peindre et colorer, jusqu'au jour où son oncle Pierre lui eût enseigné à tout exécuter d'après nature : fruits, légumes, viande, gibier, poissons, etc., et ce système d'étude lui donna un tel degré d'adresse qu'il devint un des meilleurs peintres de son genre, procédant comme sans effort et arrivant à une remarquable puissance d'effet ^.
Malheureusement, en ce bas monde les choses actuelles et d'obtention facile sont tenues en médiocre considération, alors qu'au contraire celles que Ton obtient avec plus de peine sont avidement recherchées, et il en fut ainsi des belles peintures de Buecklaer, car les travaux qu'il multipliait et qui lui valaient un mince profit sont si fort appréciés depuis sa mort qu'on les paie jusqu'à douze fois le prix qu'en obtenait l'artiste.
Il s'appliquait surtout • à peindre des cuisines, et fit entre autres, pour le maître de la Monnaie d'Anvers, une œuvre des plus remarquables qu'on ne lui paya qu'un prix dérisoire. Chaque jour le maître
1. Ici encore existe l'interversion des lettres u e; on e'crit aujourd'hui le plus ordinairement Beuckelaer.
2. Catherine Beuckelaer. Ce mariage eut lieu en 1542. (Vanden Branden, page i65.)
3. Beuckelaer fut reçu franc-maître à la gilde de Saint-Luc d'Anvers en i56o. M. vanden Branden assure qu'il se maria la même année. On peut donc admettre qu'il vint au monde vers i53o.
loACHIMUv^ BueTcKELAER^, ANTV^r^.
- PlCTOR^.
Mtc tenut ptnoctt vr^tto^ dunt/^mta, -ptaticpat :
AI jy TTaputis mC l^ts ai<yirtii non ttn'U'Vs . Cwv.s ihoj- t vxoi^te/Vi coüntus Ta/yulasa. Culhias Nee nnit-^m, , midhs do-cfil Cuiina vU-ctt .
JOACHIM BEUCKELAER.
Fac-similé d'une gravure de H. Hondius.
33o LE LIVRE DES PEINTRES
de la Monnaie voulait que le travail s'augmentât de quelque nouvel objet, apportant sans relâche quelque chose à y introduire, si bien que le peintre gagnait à peine de quoi vivre, tant le tableau allait s'encombrant d'accessoires, de volailles, de poissons, de fruits et de légumes.
11 y avait de Buecklaer, à Téglise Notre-Dame d'Anvers, un Dimanche des Rameaux très bien exécuté et qui périt dans la seconde dévastation des églises.
Deux pages excellentes de son pinceau existent à Amsterdam chez M. Zion Luz : Tune représente un Marché aux poissons, l'autre un Marché aux fruits^ avec toutes sortes de denrées extrêmement bien peintes d'après nature, des ménagères et autres personnages très naturellement fig-urés et colorés.
Chez Melchior Wijntgis, maître de la Monnaie de Middelbourg, il y a de lui une très belle Cuisine, avec des figures de grandeur naturelle, et une grisaille représentant le Dimanche des Rameaux.
J'ai vu chez Jacques Raeuwaert, à Amsterdam, un petit tableau d'un marché au fond duquel était VEcce Homo; c'était fort récréatif à voir ' .
A Harlem, chez Hans Verlaen, négociant, non loin de la Grue, il y a deux belles peintures de Buecklaer avec des figures de grandeur naturelle. L'une représente les Quatre Évangélistes, tableau d'un grand éclat de couleur, l'autre la Famille de sainte Anne.
Il me serait aussi impossible de désigner tous les endroits où se trouvent dispersées les œuvres du maître que de les louer selon leur mérite^. C'est une chose profondément regrettable que la façon dont il dut travailler, en quelque sorte sans profit, et que le peu de cas qu'il
1. Nous connaissons plusieurs c'ditions de ce sujet toujours représenté comme l'accessoire d'une scène de marché.
1° Munich, Pinacothèque, signé I. B. et daté de i5ôi. 2° Stockholm, Musée national, signé et daté de i565. 3" Nuremberg, Musée germanique, signé et daté de i566. 4° Stockholm, Musée national, daté de 1570.
2. Les musées belges et hollandais ne possèdent pas une seule œuvre de Beuckelaer, dont les plus belles créations sont à Naples et k Stockholm. M. vanden Branden (page 3.io) cite un Intérieur appartenant à une collection particulière anversoise et daté de i563. Ce tableau offre une grande analogie avec une des toiles du musée de Naples, salle V, n° 36.
JOACHIM BUECKLAER 33i
semblait faire de lui-même Tait fait si peu apprécier des autres. Il travaillait par exemple à la journée pour Antonio Moro, qui lui donnait à peindre les ajustements de ses portraits, et pour d'autres encore, et cela au prix de un florin ou un florin et demi par jour ! Pour cinq ou six livres il faisait un grand et beau tableau.
h'Ecce Homo dont j'ai parlé est, je crois, chez l'empereur, ayant été vendu par Jacques Raeuwaert au comte de Lippe, en même temps qu'un Marché aux fruits de Buecklaer ' et les Quatre Fius'^ de Heemskerck et une Scène du Déluge du même. On voyait dans ce dernier tableau des cadavres d'hommes et de femmes qui flottent sur l'eau ; il y a aussi des enfants dont la précoce perversité se montre par l'énergie avec laquelle ils serrent leurs jouets dans leurs mains crispées par l'agonie.
Il y avait de Dierick Barentszen un Persée avec de nombreux personnages changés en pierre. Le tout se vendit environ mille livres, monnaie de Flandre, et valait bien au delà.
Joachim est mort à Anvers, au dernier temps du séjour du duc d"Albe dans les Pays-Bas ■^. Il travaillait alors pour un chef militaire du nom de Vitello.
On dit qu'en mourant il se lamentait d'avoir travaillé à si bas prix. Il était âgé de quarante ans à peiae^
COMMENTAIRE
La majeure partie des tableaux de Joachim Beuckelaer, cités par van Mander comme existant de son temps, ont aujourd'Iiui disparu. En Belgique et en Hollande, nous l'avons dit, ses œuvres sont des plus rares. Il y a même ceci de particulier que
1. Le Belvédère possède effectivement un Marché aux fruits de Beuckelaer (2° e'tage, salle II, n" 3i, daté de iSôy). D'autre part, un sujet semblable, mais différemment composé, existe au palais de Prague. Il est daté de i56i. Les anciens inventaires attribuaient cette œuvre à Pierre Aertsen; elle est aujourd'hui donnée k Beuckelaer. Le musée de Prague a de Beuckelaer une Cuisinière.