‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 175 sur 218 · I. Achcvii en 1541, sous Paul III · texte numérisé non relu

I. Achcvii en 1541, sous Paul III

^ FRANCISCO FLORO, ANTVERPIANO PICTORI

Ol ^té-for quantum natura, Ffore. vafe£as , n^ntum aciiunxif?es artts et tpse ti^i; ^ Dum tibi muura übet jiottùs. auàm pnaere muCtùm^

, ^^\^ ^ora te hmœ u^a, uißorcme iuuat; CecUte. ^ciamarem, pf?ores, ommßus oris

QiWs -vei aui, nojtri veC aermere patres .

FRANÇOIS DE VRIENDT (FRANS FLORIS). Fac-similé de la gravure de Jean Wiericx.

artistes et des connaisseurs, alors surtout que ses œuvres eurent été placées selon leur mérite dans des endroits publics.

Au début, lorsqu'il commençait à faire voir quel peintre et quel puissant génie il était, il apportait à ses travaux autant d'application et de soin qu'il faisait preuve de sens dans ses discours, de quelque chose qu'on Tentretînt : religion, philosophie, poésie, etc. ' Plus tard, quand la richesse et Tabondance commencèrent à régner chez lui par Taffluence des travaux bien rétribués, lorsqu'il entra en relation avec les princes et seigneurs et eut été entraîné par quelques-uns, il se mit à perdre son temps, devint dissipateur et tomba dans notre commun défaut flamand : l'amour de la boisson, et, traître à son art comme à ses nobles facultés, acquit une supériorité égale comme ivrogne et comme peintre.

Plusieurs personnes lui reprochèrent son intempérance, notamment le poète Dierick Volckaertz Coornhert- qui lui adressa une lettre accompagnée d'un poème où il disait qu'Albert Di.irer lui était apparu en songe sous les traits d'un noble vieillard, qu'il avait hautement loué Frans comme artiste, mais avait sévèrement réprouvé sa manière de vivre. En terminant, il disait : « Si ce quQ j'ai rêvé n'est point vrai, considérez qu'il est véritable que la chose vous a été franchement dite ».

Je vais relater ici, bien à regret, certains de ses exploits bachiques, souhaitant de les voir plutôt condamnés par ceux de notre art qu'admirés et imités, souhaitant surtout que la Jeunesse, si puissants que soient ses moyens, n'aspire point à pareil renom, bien que chez nous, peuple de race germanique, l'intempérance ne soit pas envisagée comme un vice honteux et condamnable, mais qu'en certains lieux le fait de savoir bien boire soit vanté à l'égal d'un mérite.

1. « Or, parlons maintenant des viuants, et pour le premier poserons François Floris peintre tant excellent en sa profession d'invention, et de dessin, qu'il n'a peut-être son pareil en toutes les provinces en deçà des monts, pour ce vrayment est niaistre très singulier, et puis est homme de nature fort gentil et courtois : auquel est attribue la palme d'avoir apporte' d'Italie la maistresse de faire muscules et scorces (raccourcis) naturels et merveilleux. » (Lodovico Guicciardini, Description de tout le Pais-Bas. Anvers, i568.)

2. Aussi the'ologien, peintre et graveur, né à Amsterdam en i522, mort en iSgo. 11 fut le maitre de Goltzius (Henri), qui nous a laisse' de lui un merveilleux portrait. B., 164.

FRANS FLORIS SSq

Chez d'autres peuples intelligents, cet art grossier est tenu pour la chose la plus abjecte du monde, envisagé comme un vice bestial, dégradant, contre nature et proclamé, à juste titre, la source funeste de toute malveillance et brutalité.

Or donc. Frans, devenu puissant par son art et arrivé en grande considération auprès des gens les plus haut placés : des chevaliers de la Toison d'or, du prince d'Orange, des comtes d'Egmont et de Hornes et d'autres, était très lié avec ces personnages qui venaient souvent chez lui boire du vin et se divertir. Sa femme, dame Claire Floris, était par moments acariâtre et rogue, se montrait extrêmement bourrue envers les visiteurs de son mari, n'ayant égard à rien ni à personne, car il lui était aussi indifférent de rudoyer les comtesses d'Egmont et de Hornes que ses servantes ou ses domestiques, ce qui froissait les sentiments de son brave et aimable époux et irritait son esprit délicat. On dit qu'elle fut la cause première de la vie déréglée de Frans, par son opiniâtreté et ses façons arrogantes.

Au sein de la prospérité, dans la grande et belle maison qu'elle occupait à la place de Meir ', non comme locataire, mais comme propriétaire, sous prétexte que le foyer de la cuisine fumait un peu, elle répétait à tout propos qu'elle n'entendait pas finir ses jours dans une pareille tanière, arrivant enfin à ceci : que Frans acheta un terrain clans les prés de l'hôpital ~, et y contruisit une somptueuse demeure dont son frère Corneille fut l'architecte.

Cette maison, ou pour mieux dire ce palais, avec ses portes et ses piliers de pierre bleue taillés selon les ordres antiques^, engloutit non seulement le produit de l'ancienne demeure, mais cinq mille florins que Frans avait en dépôt à la banque des Schetz et de plus tout ce qu'il trouva à emprunter. Pis encore, il ne négligea pas seulement son travail, mais faisant journellement bombance associait à ses festins les

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