‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 177 sur 218 · I. C'est le verre que nous appelons vidrecome · texte numérisé non relu

I. C'est le verre que nous appelons vidrecome

personnes, qui toutes portaient sa santé et lui la leur, il but soixante fois sur deux fois que buvaient les autres convives, chose qui paraîtrait incroyable sil ne l'avait raconté lui-même à ses élèves, le soir, en se mettant au lit, dans sa chambre tendue de cuir doré.

Ses élèves avaient coutume d'assister à son coucher; deux d'entre eux veillaient toujours pour l'aider à se déshabiller et tirer ses chausses et ses souliers.

Il avait sans cesse entre les mains de grands et importants travaux, tableaux d'autel et autres. Parmi ceux-ci on peut, à bon droit, considérer comme le plus important le tableau de l'autel des escrimeurs ou de saint Michel, à Notre-Dame d'Anvers. C'est une Chute de Lucifer^ extraordinairement bien conçue et habilement peinte, et faite pour frapper d'étonnement les artistes et les connaisseurs'.

L'on y voit un extraordinaire enchevêtrement de démons, dont les corps nus servent de prétexte à une étude singulièrement soigneuse et intelligente des muscles, tendons, etc. On y voit aussi le dragon à sept têtes, d'un aspect terrifiant et venimeux. Sur un des volets est représenté le chef-homme de la gilde des escrimeurs, tenant de la main une épée; il est environné d'un nuage sombre qui produit un curieux effet ^.

Dans la même église, on pouvait voir de lui, au maître-autel, une grande toile de V Assomption de la Vierge, avec de belles draperies, des anges ailés. C'était une œuvre magnifique, grandement conçue et bien peinte, dont il faut déplorer la brutale destruction par les iconoclastes. Il y a cependant des personnes qui prétendent que cette œuvre existe encore à l'Escurial et qu'elle y est grandement admirées

A Bruxelles, il y avait également de lui un tableau d'autel : le Jugement dernier, avec beaucoup de figures nues, savamment traitées ^

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