‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 195 sur 218 · PEINTRE DE WYCK-SUR-MER · texte numérisé non relu

PEINTRE DE WYCK-SUR-MER

Qui nous dira l'effet des émanations vivifiantes de la mer sur les côtes de la Nord-Hollande, en ce qui concerne le développement des facultés picturales ?

Chose digne de remarque, en effet, c'est ce coin de terre qui a eu le privilège de voir se révéler parmi la jeunesse rustique, à Beverwyck, à Schoorel, à Heemskerck, à Wyck-sur-xMer, des vocations artistiques absolument spontanées.

Au village de Wyck-sur-Mer vivait un pêcheur du nom d'Alart, dont le fils Richard, ayant eu dans sa Jeunesse le malheur de se brûler la jambe, fut envoyé à Harlem pour y être soigné; la blessure s'envenima et il fallut recourir à l'amputation. Et tandis que le jeune homme passait ses journées au coin du feu, la nature vint éveiller en lui l'amour du dessin et, sans modèle aucun, prenant les tisons de l'âtre, il se mit à tracer des images sur le mur blanc du foyer, ce que voyant, on lui demanda s'il voulait apprendre à peindre. Tel étant, en effet, son vif désir, il fut envoyé en apprentissage chez Jean Mostaert. Comme il se servait d'une béquille pour marcher, on le surnomma « Ryck à la béquille ».

Il s'appliqua grandement à l'étude et devint un bon maître. Ce fut lui qui peignit les volets du triptyque de l'autel des portefaix, lequel était l'œuvre de maître Jacob (Willemsz) dont Jean Mostaert fut l'élève.

Dans ces volets Richard représenta les Frères de Joseph venant acheter du blé en Egypte, Joseph entouré de la pompe royale, et d'autres épisodes pareils.

Il y avait beaucoup d'œuvres de Richard en Frise', et plusieurs

I. Par suite de l'omission d'une majuscule au mot Frise, dans la traduction de Descamps, des écrivains poste'rieurs se sont imaginé que les principaux ouvrages de Richard Aertzoon étaient des Crises !

aussi périrent, de sorte qu'il me serait difficile d'en désigner aucune'.

C'était un homme paisible, vertueux, d'une grande piété, aimant les Saintes Écritures et cherchant le repos de l'âme.

11 alla finalement se fixer à Anvers où, pour sa tranquillité, il se borna ù peindre les nus dans les œuvres de divers artistes, moyennant un modique salaire. Aucun de ses enfants n'embrassa la carrière artistique ^

Lorsqu'il eut atteint un grand âge, l'afli'aiblissement de sa vue fut cause qu'il mettait de telles épaisseurs de couleurs sur ses panneaux qu'il obtenait un médiocre succès et se voyait souvent contraint de gratter la couleur. Il se faisait alors de l'humeur de ce que les gens ne voulaient plus de sa peinture.

En ID20 il entra dans la confrérie des peintres d'Anvers, la Giroflée, qui portait pour devise : Wt jonsten Versaemt '^, laquelle chambre fut fondée en l'an 1400.

Son portrait fut peint par Frans Floris sous la figure de Saint Luc peignant la Vierge, tableau destiné à la chambre des peintres''', car il était très aimé et d'un caractère Jovial et avait coutume de dire : « Je suis un richard très bien posé ^. » 11 avait une fort belle tête à peindre.

Richard mourut six mois environ après la furie espagnole, vers le mois de mai 1577, âgé de quatre-vingt-quinze ans.

I. Nous sommes restés tout aussi pauvres en renseignements sur les œuvres du peintre. MM. van Westrheenen et W. Schmidt, les auteurs de la notice insérée dans le Künstler Lexikon de Meyer, assurent que VAdoration des Mages, de l'ancienne collection Meyer de Cologne, avait été attribuée à Rvck Aertzoon sans aucun semblant de preuve.

Dans l'inventaire des œuvres d'art appartenant à H. Saftleven, dressé à Rotterdam en 11)27, '-'^'^ citée une Madone de Ryckaert Aertzoon. (Obreen, Archief, tome V, page ;i7.)

■2. Cela n'est point exact. Lambert Aertszen, tils de Richard, fut, au contraire, admis en qualité de hls de maitre à la gilde de Saint-Luc d'Anvers, en i553. Quelques élèves sont indiqués comme tra- \aillant chez lui, le dernier en i5i')i. Ce Lambert Ryck Aertszoon avait, parait-il, reçu le surnom de Robbesant. 11 épousa, vers i555, Catherine, tille de Roger vander W'eyden, arriére-petit-tils du grand Roger. (Voyez L. de Buvbure, Documents biographiques inédits sur les peintres Gossuin et Roger vander \\'erden le jeune; Bidlctins de l'Académie royale de Belgique, deuxième série, tome XIX, page 354.)

3. Unis par l'amitié. La Giroflée, société de rhétorique, avait fusionné avec la gilde des peintres.

4. Musée d'Anvers, n" i 14. Floris s'y est représenté comme broyeur de couleurs.

5. Samuel Ampzing, dans sa description de Harlem, lui consacre des vers élogieux où il parle aussi de sa jambe de bois. «S'il lui manqua une jambe», dit le poète, «il eut la main habile. »

RICHARD AERTZOON, DIT « RICHARD A LA BEQUILLE »

COMMENTAIRE

Le très petit nombre de renseignements que l'on possède sur Richard Aertszoon donne de l'intérêt aux deux faits suivants relevés par M. le chevalier de Burbure dans sa notice sur les descendants de vander Weyden :

1° Le 6 octobre i535, Richard Aertsz et sa femme Catherine Dierickx achètent, à Anvers, une propriété d'une certaine valeur.

2° Le 28 mars i538, les mêmes époux aliènent au profit de la caisse des secours de la gilde de Saint-Luc, représentée par Josse van Clevc et Adrien Tack, un bien attenant à leur demeure.

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