Le 24 mars i
COMMENTAIRE
Une question qui a considérablement occupé les auteurs est la recherche du degré de parenté des deux Goltzius, Hubert et Henri. On n'est nullement d'accord sur ce point, bien que, certainement, l'origine des deux familles se confonde. M. Siret, dans le Journal des Beaux-Arts (1862, page 143), s'appuyant sur van Mander, établit un degré de parenté, assez lointain, il est vrai, entre les deux artistes. Hubert et Henri étaient cousins issus de germains, et c'est exactement la même démonstration que fait M. Arnold dans son article sur Corneille Adriaensz dans la Dietsche Warande (1878, page 445).
Hubert Goltzius le vieux eut un fils et deux filles selon MM. Siret et Arnold. Le fils, Jean, peintre sur verre, eut à son tour pour fils Henri et Jacques Goltzius, graveurs l'un et l'autre.
Une des filles épousa un peintre Roger, originaire deWurtzbourg, qui aurait adopté le nom de famille de sa femme et se serait appelé Roger Goltzius. 11 fut le père de notre Hubert Goltzius l'historien.
M. Weale n'admet pas ce changement de nom. D'après lui, Roger Goltzius, mentionné dans les archives de Vcnlo de i5 3o à 1564, peintre de valeur secondaire, arriva de Wurtzbourg en Hollande après la naissance de son fils Hubert et son degré de parenté avec Jean Goltzius n'est pas établi.
II nous faut observer, cependant, que la version de van Mander, le contemporain des deux Goltzius, laisse peu de doute sur leur parenté : presque toujours nous avons trouvé le texte de notre historien conforme à la vérité sur les points dont la vérification nous a été possible. La question est d'ailleurs d'importance minime.
Un point beaucoup plus intéressant à déterminer était l'origine de Jules Goltzius le graveur, envisagé par certains iconographes comme le fils, par d'autres comme le frère d'Henri. Cette question-là est absolument résolue par M. Siret. Jules Goltzius le graveur est bien le fils d'Hubert; aucun doute ne peut subsister à cet égard et M. Arnold insère, dans son travail déjà cité, des extraits de comptes de l'imprimerie plantinienne qui nous montrent Jules Goltzius exécutant des travaux de « taillure » de cuivre pour la célèbre maison anversoise, dès l'année oj/, et mentionné en qualité de fils du savant numismate.
Et si maintenant nous revenons à la controverse sur la parenté des deux hommes qui ont illustré le nom de Goltzius, il nous paraît important de rappeler que Jules figure au nombre des graveurs de son homonyme, ce qui laisse peu de doute sur leurs relations. Cette circonstance avait été complètement perdue de vue par MM. Siret, Arnold et Weale. Bartsch lui-même relève quelques pièces de Jules Goltzius, à la suite de l'œuvre d'Henri.
Comme peintre, nous avons peu de chose à dire d'Hubert Goltzius. En réalité l'on ne possède qu'une seule œuvre de son pinceau qui puisse servir de point de départ à une détermination certaine, et van Mander, comme on l'a vu, ne trouve à mentionner que celle-là. Il faut même hésiter à attribuer les beaux frontispices des divers travaux
numismatiques de Goltzius à l'auteur lui-même, tant il y a parfois d'analogie entre ces créations et le style de Lambert Lombard. Nous ne serions pas éloigné de croire que de même que Goltzius faisait emploi d'une marque positivement dessinée par son ancien maître, celui-ci lui prêta son concours pour la superbe ordonnance du frontispice de son livre de i566, Fasti magistratuum et triumphonun Romanorum. Le sujet était pleinement en rapport avec les connaissances spéciales de Lambert Lombard.
La Galerie de Dresde possède un Jugement de Midas^ attribué à Hubert Goltzius et dont le paysage serait de Lucas Gassel. 11 est évident qu'en l'absence de toute signature, cette œuvre est d'une authenticité très douteuse. Un portrait de femme au musée de Bruxelles, longtemps attribué au maître, figure aujourd'hui parmi les anonymes -. Reste, enfin, une œuvre des plus curieuses et peu connue, au musée de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, ensemble très remarquable donné par M. Wilson à sa ville natale. Ce tableau allégorique représente une jeune femme un peu plus petite que nature, dans le costume fantaisiste affectionné par les peintres du xvii^ siècle. Elle tient une balance dont l'un des plateaux supporte une plume, l'autre deux mains unies, sorte de rébus facile à déchiffrer : les serments sont plus légers que la plume.
Le tableau est, en somme, très remarquable. Pourquoi est-il donné à Hubert Goltzius? A la rigueur on pourrait dire Henri Goltzius. Mais nous songerions beaucoup plutôt à Hans van Achen. En l'absence de toute signature, les suppositions sont permises.
Hubert Goltzius fut certainement un artiste éminent, à ne le juger que par les planches de ses livres; mais il nous paraît très légitime de croire qu'à dater du jour où il s'occupa de ses études archéologiques, il dut lui rester fort peu de temps à consacrer à la peinture.
Les dessins originaux des livres de Goltzius se conservent à la Bibliothèque royale de La Haye. Nous devons ce dernier renseignement à l'obligeance de M. Weale.