Alph. Wauters, loc. cit., pages
5. Il s'appelait de Vossem et était originaire de la Campine; il fut le quinzième prieur du couvent et exerça ses fonctions de 1475 à 1485. (Note de M. Wauters.)
prieur Thomas autorisa Hugues à monter à la chambre des hôtes et à y banqueter avec eux.
« Quelques années après sa profession, au bout cie cinq à six ans, notre frère convers, si j'ai bonne mémoire, se rendit à Cologne, en compagnie de son frère utérin Nicolas, qui était entré commj oblat à Rouge-Cloitre et y avait fait profession, du frère Pierre, chanoine régulier du Trône et qui demeurait alors au couvent de Jéricho, à Bruxelles, et de quelques autres personnes. Comme je l'appris alors du frère Nicolas, pendant que Hugues revenait de ce vovage, il fut frappé d'une maladie mentale. Il ne cessait de se dire damné et voué à la damnation éternelle, et aurait voulu se nuire corporellement et cruellement, s'il n'en avait été empêché, de force, grâce à l'assistance des personnes présentes. Cette infirmité étonnante jeta une grande tristesse sur la fin du voyage. On parvint, toutefois, à atteindre Bruxelles, où le prieur fut immédiatement appelé. Celui-ci soupçonna Hugues d'être frappé de l'affection qui avait tourmenté le roi Saiil, et se rappelant comment il s'apaisait lorsque David jouait de la cithare, il permit de faire de la musique en présence du frère Hugues, et d'y joindre d'autres récréations de nature à dominer le trouble mental du peintre.
« Malgré tout ce que l'on put faire, le frère Hugues ne se porta pas mieux, mais persista à se proclamer un enfant de perdition. Ce fut dans cet état de souffrance qu'il rentra au couvent. L'aide et l'assistance que les frères choraux lui procurèrent, l'esprit de charité et de compassion dont ils lui donnèrent des preuves nuit et jour, en s'efforçant de tout prévoir, ne s'effaceront jamais de la mémoire. Et cependant plus d'un et les grands exprimaient une tout autre opinion. On était rarement d'accord sur l'origine de la maladie de notre frère convers. D'après les uns, c'était une espèce de frénésie. A en croire les autres, il était possédé du démon. 11 se révélait, chez lui, des symptômes de l'une et de l'autre de ces affections; toutefois, comme on me l'a fréquemment répété, il ne voulut jamais nuire à personne qu'à lui pendant tout le cours de sa maladie. Ce n'est pas là ce que l'on dit des frénétiques ni des possédés; aussi, à mon avis. Dieu seul sait ce qui en était.
« Nous pouvons envisager de deux manières la maladie de notre convers. Disons d'abord que ce fut sans doute une frénésie naturelle et d'une espèce particulière. Il y a, en effet, plusieurs variétés de cette maladie, qui sont provoquées : les unes, par des aliments portant à la mélancolie ; les autres, par l'absorption de vins capiteux, qui brûlent et incinèrent les humeurs ; d'autres encore par l'ardeur des passions, telles que l'inquiétude, la tristesse, la trop grande application au travail et la crainte ; les dernières enfin par l'action d'une humeur corrompue, agissant sur le corps d'un homme déjà disposé à une infirmité de ce genre. Pour ce qui est des passions de l'âme, je sais, de source certaine, que notre frère convers y était fortement livré. Il était préoccupé à l'excès de la question de savoir comment il terminerait les œuvres qu'il avait à peindre et qu'il aurait à peine pu finir, comme on le disait, en neuf années. — ■ Il étudiait très souvent dans un livre flamand. — Pour ce qui est du vin, il en buvait avec ses hôtes, et l'on peut croire que cela aggrava son état. Ces circonstances purent amener les causes qui, avec le temps, produisirent la grave infirmité dont Hugues fut atteint.
« D'autre part, on peut dire que cette malaelie arriva par la très juste providence de Dieu, qui, comme on le dit, est patient, mais agit avec douceur à notre égard, voulant que nul ne succombe, mais que tous puissent revenir à résipiscence. Le frère convers dont il est ici question avait acquis une grande réputation dans notre ordre; grâce à son talent, il était devenu plus célèbre que s'il était resté dans le monde. Et comme il était un homme de la même nature que les autres, par suite des honneurs qui lui étaient rendus, des visites, des hommages qu'il recevait, son orgueil se sera exalté, et Dieu, qui ne voulait pas le laisser succomber, lui aura envoyé cette infirmité dégradante qui l'humilia réellement d'une manière extrême. Lui-même, aussitôt qu'il se porta mieux, le comprit; s'abaissant à l'excès, il abandonna de son gré notre réfectoire et prit modestement ses repas avec les frères lais.
« J'ai eu soin de donner tous ces détails. Dieu ayant permis ce qui précède, comme je le pense, non seulement pour la punition du péché, ou la correction et l'amendement du pécheur, mais aussi pour notre édification. Cette infirmité survint à la suite d'un accident naturel. Apprenons par là à réprimer nos passions, à ne pas leur permettre de nous dominer, sinon nous pouvons être frappés d'une manière irrémédiable. Ce frère, en qualité d'excellent peintre, comme on le qualifiait alors, était livré, par un excès d'imagination, aux rêveries et aux préoccupations : il a été par là atteint dans une veine près du cerveau. Il y a, en efiet, à ce que l'on dit, dans le voisinage de ce dernier, une veine petite et délicate, dominée par la puissance créatrice et de rêverie. Quand chez nous l'imagination est trop active et que les rêves sont fréquents, cette veine est tourmentée, et si elle est tellement troublée et blessée qu'elle vient à se rompre, la frénésie et la démence se produisent. Afin de ne pas tomber dans un danger aussi fatal et sans remède, nous devons donc arrêter nos rêves, nos imaginations, nos soupçons et les autres pensées vaines et inutiles, qui peuvent troubler notre cerveau. Nous sommes des hommes, et ce qui est arrivé à ce convers par suite de ses rêveries et de ses hallucinations, ne peut-il pas non plus nous survenir?... »
Puis, après une longue digression, toute théologique, le narrateur ajoute : •
« Il fut enterré dans notre cimetière, en plein air. »
L'épitaphe de vander Goes, reproduite par Swertius, était ainsi conçue :
Pictor Hiiffd V. der Goes huinatus hic quiescit ; Dolet ars cum s'unilem sibi modo nescit^.
Les bâtiments de Rouge-Cloître existent encore dans leur pittoresque vallon; ils ont été sécularisés. Les armoiries qui surmontaient la porte d'entrée ont été en partie rasées pendant la tourmente révolutionnaire. Le vaste ensemble était affecté, en dernier lieu, à l'usage d'une teinturerie.
I. Monumcnta scpulcralia Br^tbanticv, page 'yiT^. « Le peintre vander Goes repose sous cette terre; l'art éploré craint de ne plus retrouver son égal, u
Hans Sebald Bcham. — Lucas Cranach. — Israel de Meckenen. — Martin Schongauer. — Hans Memling. — Gérard vander Meire. — Gérard Horebout. — Liévin de Witte. — Lancelot Blondeel.
— Hans Vereycke. — Gérard David. — Jean van Hemessen. — Jean Mandyn. — Volckert Claesz.
— Hans Singher. — Jean van Elbrucht. — Aert de Beer. — Jean Cransse. — Lambert van Noort.
— Michel de Gast. — Pierre Bom. — Corneille van Dalem.
En Allemagne, comme dans les Pays-Bas, plusieurs hommes éminents ont illustré notre art. C'est à peine, cependant, si les historiens nous ont conservé leurs noms. L'observation s'applique particulièrement aux Néerlandais. Mais, comme dans le passé, la plupart des graveurs étaient également peintres, il n'est point rare de rencontrer des manifestations du talent de ces maîtres sous la forme d'estampes. Je citerai Sebald Beham, originaire de la Souabe', Lucas de Cranach en Saxe-, Israel de Mayence'' et le Beau Martin*, dont les estampes attestent seules le mérite, car il serait difficile de citer des tableaux de leur main pour l'établir autrement.
Parmi les Néerlandais, dont je ne connais les œuvres et la carrière que d'une manière imparfaite, ignorant aussi l'époque précise où ils vivaient, je citerai d'abord, à Bruges, un maître excellent pour cette période lointaine de l'art : Hans Memmelinck''. 11 y avait de lui, dans
1. Hans Sebald Peham, ensuite Beham, peintre et graveur, né à Nuremberg en iSoo, mort à Francfort-sur-le-Mein, le 22 novembre i55o.Il était, comme on le voit, originaire de la Franconie et non de la Souabe. De Jongh, dans son édition de van Mander, croit à tort que le qualificatif « Suanius » s'applique à Suavius le graveur, qui vivait au xvi° siècle et était le beau-frère de Lambert Lombard.
2. Lucas Sünder (?), dit Cranach, ou Kronach, peintre et graveur, né à Kronach dans la Franconie en 1472, mort à Weimar le 16 octobre i353.
3. Israel de Meckenen, orfèvre et graveur, travailla à Bocholt, petite ville de la Westphalie, non loin de Munster, et y mourut le 10 novembre i5o3.
4. Martin Schongauer, surnommé Hiipscli, Martin Schœn, bel Martina, un des peintres les plus illustres de son temps et graveur accompli, naquit à Colmar en 1443 ou 1443 (1420?), et mourut dans la mémi ville le 2 février 1488. Nous expliquons au Commentaire les motifs du désaccord des auteurs au sujet des années de naissance et de décès de ce maître.
5. Les investigations de M. James Weale ont réduit à néant l'ancienne légende qui faisait de ce maître un soldat blessé, venant demander asile à l'hospice Saint-Jean de Bruges, et peignant par
cette ville, à Thospice Saint-Jean, une châsse décorée de personnages d'assez petite dimension, mais exécutée avec une supériorité telle, que plus d'une fois on a offert à l'hospice une châsse d'argent pur en échange de l'œuvre peinte'.