Galerie de Munich, n" 93. C'est une figure en pied
faite et très soignée, qui appartient à un grand amateur, M. Melchior Wyntgis, de Middelbourg '.
En somme, Albert Dürer fut un homme éminent et très considéré, tenu en haute estime par les grands et doué d'un rare génie.
11 vint dans les Pays-Bas- et rendit visite aux artistes, trouvant autant de plaisir à faire la connaissance de leurs œuvres que de leur personne, car il avait, de longue date, le désir de les rencontrer, particulièrement Lucas de Leyde, qu'il considéra avec tant d'émotion, à ce que Ton prétend, qu'il en resta sans voix. Puis, le serrant dans ses bras, il s'étonna de la petitesse de sa taille comparée à la grandeur de son renom. Lucas n'éprouva pas moins de joie d'apprendre à connaître un homme si illustre dont il avait, de tout temps, considéré les estampes avec tant de plaisir et qui Jouissait d'une renommée si étendue. Ces deux ornements de l'Allemagne et des Pays-Bas ont fait le portrait de l'un et de l'autre et frayé ensemble de la manière la plus cordiale ^
Albert apportait dans ses paroles une extrême réserve et beaucoup de sens. Lorsqu'il vit les œuvres du petit Gérard de Saint-Jean, il en fut très frappé et s'écria : « Vraiment, celui-ci fut peintre dès le sein maternel '*. » S'il arrivait qu'on lui montrât quelque œuvre médiocre ou mauvaise : « l'auteur a fait son possible », disait-il, attribuant, avec
1. Melchior Wyntgis ou Wyntgcns, issu d'une famille de monnayeurs, occupa de 1601 à 1612 les fonctions de maître des monnaies de Ze'lande à Middelbourg. En i6i5, au mois d'octobre, nous le trouvons à Bruxelles « conseiller et maître extraordinaire de la Chambre des comptes pour les affaires du pays et duché de Luxembourg », titre que lui donne une ordonnance de l'archiduc Albert, rendue en faveur d'Otto Vœnius. (Voyez Pinchart, Archives des Arts, etc., tome III, page 206.)
2. En i520-i52i Dürer avait tenu de son voyage un journal, document du plus haut intérêt, publié intégralement pour la première fois, bien que d'après une copie ancienne, l'original s'étant égaré, par F. Campe sous le titre : Reliquien von Albrecht Durer, Nuremberg, 1828; réédité avec des notes par M. Thausing, dans les Quellenschriften für Kunstgeschichte : Dürers Briefe, Tagebücher, etc. Vienne, 1872. De nouveau par le docteur Fried. Leitschuh, A. Dürers Tagebuch der Reise in die Niederlande, Leipzig, 1 884, d'après un ms. de Hauer, existant à la bibliothèque de Baniberg. Traduction française dans le Cabinet de l'Amateur, tome I»', page 4i5, par M. Ch, Narrey (Paris, i8'3h), et flamande par M. Verächter (1840). M. Alexandre Pinchart a ajouté des notes précieuses à ce travail dans son appendice à l'édition française de l'Ancienne École de peinture flamande de MM. Crowe et Cavalcaselle (Bruxelles, 1862).
3. Le portrait dessiné de Lucas de Leyde est au musée de Lille. (Voyez notre notice : Albert Dürer et Lucas de Leyde, leur rencontre à Anvers {Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie, 1877, page 172); Ch. Ephrussi, Albert Dürer et ses dessins, page Sog. Fac-similé du portrait dans la Galette des Beaux- Arts, 1877, page 80; reproduction (par Wiericx?) au musée de Rennes (Ephrussi).
4. Nous avons déjà dit qu'Albert Dürer ne visita pas la ville de Harlem.
discernement, à toute chose sa valeur, sans rien ravaler, évitant ainsi de s'exposer aux ressentiments , comme ceux qui se hâtent de condamner et de dénigrer au grand dommage de leur propre considération. Plût au Ciel qu ils prissent exemple sur des maîtres si fameux, car, en toute chose, il sied de parler avec réserve.
Albert est mort en i528, le 8 avril', pendant la Semaine sainte ou aux environs de Pâques. Il repose non loin des portes de Nuremberg, au cimetière de Saint-Jean, dans le voisinage d'autres personnes honorables, et sur une haute pierre tombale on lit Tépitaphe suivante :