BERNARD VAN ORLEY
PEINTRE DE BRUXELLES
11 importe de rappeler, parmi les célébrités de la peinture, le savant Bernard, de Bruxelles, non moins habile qu'intelligent dans l'emploi de la couleur à Thuile que dans celui de la détrempe, précis dans son dessin et correct dans ses attitudes. Il fut au service de Madame Marguerite qui, de son temps, gouvernait les Pays-Bas, et devint aussi peintre de Tempereur Charles-Quint '.
A Anvers, dans la chapelle des aumôniers, Ton voit de lui un tableau du Jugement dernier dont il avait fait, au préalable, dorer en entier le panneau afin d'assurer à sa peinture une plus longue durée, et le procédé lui servit également pour donner plus de transparence à son ciel '.
On voyait ses œuvres dans plusieurs églises de Bruxelles, à Sainte- Gudule et ailleurs '\ Pour Malines il peignit le tableau de l'autel des peintres : Saint Luc faisant le portrait de la Vierge^ un fort beau morceau à l'huile que Michel Coxcie fut appelé, dans la suite, à compléter par des volets ''.
Pour Madame Marguerite, pour l'empereur et pour d'autres personnages, il dessina et peignit de superbes cartons de tapisseries, travaux
I. Il fat c'galenient peintre de Marguerite d'Autriche et, après la mort de celle-ci, passa au service de Marie de Hongrie, la nouvelle gouvernante des Pays-Bas. Nous ne sachions pas qu'il obtint le titre de peintre de l'empereiu-.
a. Les Aumôniers {almocscnievs) étaient, à proprement parler, les maîtres des pauvres des paroisses anversoises. 11 s'agit ici de la chapelle de l'église de Notre-Dame. Le tableau se conserve à l'hôpital Sainte-Elisabeth d'Anvers; il est gravé dans l'Art chrétien de Taurel, tome II, page 43.
3. il y avait là une Chute des anges qui a disparu (Alph. Wauters, Bernard van Orley, sa famille et son œuvre; Bruxelles, 1881), et un triptyque du Christ pleuré par les saintes femmes, actuellement au musée de Bruxelles, n° 40.
4. Van Mander a été induit en erreur; le tableau est de Mabuse. Emporté par l'archiduc Matthias en i58o, il est aujourd'hui encore à Prague, au musée des Amis des Arts {Patriotische Kunstfreunde). Il avait été peint en i5i5. Les volets de Coxcie sont également à Prague.
dans lesquels il fit preuve d'une fermeté et d'une ampleur de procédés bien rares. On les lui paya largement.
Pour Tcmpercur il fit diverses chasses ayant pour fonds des bois et des sites des environs de Bruxelles, où se faisaient les chasses impériales, œuvres dans lesquelles Tempereur et plusieurs princes et princesses étaient peints d'après nature et que Ton reproduisit très remarquablement en tapisserie'.
On a récemment introduit en Hollande et placé à la Haye, chez Son Excellence le comte Maurice, seize cartons peints de tapisseries, très remarquablement exécutés par Bernard. Sur chaque morceau on voit un cavalier ou une dame à cheval , de grandeur naturelle. Ce sont les membres de la maison de Nassau peints d'après nature -.
Les cartons dont il s'agit furent reproduits à l'huile par Tordre du comte Maurice, et ce travail fut confié à Hans Jordaens d'Anvers, un habile peintre fixé à Delft^. Les originaux doivent dater d'un siècle environ; on peut, dès lors, calculer à quelle époque le maître a vécu et travaillé. Je crois qu'il a atteint un grand âge, mais j'ignore les dates de sa naissance et de sa mort, aucun écrivain n'ayant cru devoir prendre la peine de consigner les circonstances de la vie d'un tel homme ^.
1. Ces tentures sont connues sous le nom de Belles chasses de Giiyse ou des Belles chasses de Maximilien et sont au nombre de douze, chacune de'corée d'un signe du Zodiaque. On les voit maintenant exposées au Louvre. M. Alph. Wauters en donne une étude approfondie dans sa notice sur van Orley.
2. Van Mander, à V Appendice de son livre, fait la rectification suivante: «Huit pièces, chacune avec deux chevaux, soit seize portraits. » Ces tentures, qui étaient tissées d"or et d'argent, ornaient autrefois le château de Bréda. Elles doivent, croit M. Wauters, exister encore dans les greniers de quelque propriété des Nassau. Il peut être utile de signaler la série de quatre dessins, que possède le Cabinet des estampes de Munich, et où l'on voit des princes et des princesses de la maison de Nassau à cheval. Ces pièces sont attribuées à Bernard van Orley. (Nagler, Die Mono grammisten, tome I", n° I25, et Hirth, Grand livre d'illustrations; trois siècles de vie sociale, tome I", pages SSG-SSy. Leipzig.)
3. Plusieurs peintres du nom de Hans Jordaens figurent dans les archives de lagilde anversoise. Le catalogue du musée d'Anvers en cite jusqu'à quatre. Le Jordaens cité ici est l'artiste inscrit parmi les peintres de la corporation de Delft et indiqué, en i6i3, comme décédé. f.l)-c/n'<?/ d'Obreen, tome I", page 4.) Il avait épousé la veuve de François Fourbus l'aîné.
4. Bernard van Orley naquit, selon M. Alph. Wauters f/oco citatol, entre 1490 et i5oi ; il mourut à Bruxelles, le 6 janvier 1541 (v. st.), c'est-à-dire en 1542.