Philippe II d'Espagne
était fort désireux de la posséder, mais n'en voulant pas priver la ville de Gand, il en commanda une reproduction à Michel Coxcie, peintre malinois, qui fit ce travail avec beaucoup de talent.
Comme on ne se procure pas chez nous de si beau bleu, Titien envoya de Venise, à la demande du roi, une sorte d'azur que Ton tient pour naturel, qui se trouve dans les montagnes de la Hongrie et qu'il était moins difficile d'obtenir avant que le Turc ne se fût emparé de ces contrées. La faible quantité de cette couleur que l'on employa au manteau de la Vierge coûta 32 ducats.
Coxcie fut amené à introduire certaines modifications dans sa copie, par exemple en ce qui concerne la sainte Cécile, que l'on voit trop de dos, ce qui n'est point gracieux. La copie fut envoyée en Espagne'.
Il y avait au panneau principal un gradin; il était peint à la colle ou à l'albumine, et Ton y voyait un enfer, avec les damnés fléchissant le genou devant le nom de Jésus, l'agneau mystique. Mais comme le nettoyage de cette partie de l'œuvre fut confié à des peintres malhabiles, il en résulta qu'elle fut détériorée et perdue -.
Les deux frères que l'on voit représentés à cheval, aux côtés du comte Philippe, qui était aussi duc de Bourgogne, étaient tenus par lui en haute estime, surtout Jean qui devint, dit-on, à cause de son mérite artistique et de ses vastes connaissances, conseiller intime, et le
1. Elle porte la date de ]55o, mais ne resta pas en Espagne. Springer, dans ses notes à Crowe (page 6G), dit même qu'elle fut conservée dans les Pays-Bas. De Bast, dans sa traduction de l'étude de Waagen sur l'œuvre de Van Eyck {Notice sur le chef-d'œuvre des frères Van Eyck, Gand, iSaS), assure que le tableau fut emporté d'Espagne par le général Belliard et successivement acquis par MM. Dansaert-Engels et Nuens-Latour de Bruxelles. Le prince d'Orange en posséda une partie. Aujourd'hui le musée de Berlin a réuni aux six volets originaux qu'il possédait, les panneaux centraux du haut et du bas, copiés par Coxcie, la Vierge et saint Jean-Baptiste, copiés par C. F. Schultz. Les copies anciennes de ces figures ornent la Pinacothèque de Munich; enfin, les volets inférieurs et les concerts d'anges ont été joints à ce qui restait de l'œuvre originale à l'église Saint-Bavon, à Gand. En même temps, les figures d'Adam et Eve originales furent transportées au musée de Bruxelles et remplacées à Gand, en 1861, par des copies exécutées pour le compte du gouvernement belge par M. Victor Lagye. Le copiste eut pour mission de présenter les personnages dans un état moins complet de nudité. Coxcie ne reproduisit point les portraits des donateurs figurés à l'extérieur des panneaux du bas, ni la figure en grisaille de saint Jean-Baptiste; il les remplaça par trois figures d^Évarigélisles en conservant celle de saint Jean l'apôtre, de van Eyck. (Voir au sujet du retable de Gand VExposé chr07iologique de M. Ad. Siret dans VArt chrétien en Hollande et en Flandre de M. C. E. Taurel, tome I"'', pages 2 et 5. Amsterdam, 1881.)
2. Non pas la restauration faite en i55o par Lancelot Blondeel et Jean Schoorel, et dont parle van Vaernewyck au chapitre XLVII, car ces peintres, à ce que lui-même nous apprend, procédèrent avec un plein succès et reçurent des cadeaux du chapitre de l'église.
comte prenait plaisir à Favoir près de lui, comme Alexandre le Grand chérissait l'illustre Apelle'.
On n'ouvrait le retable de l'Agneau que pour les grands seigneurs ou contre une bonne rémunération donnée au gardien. La foule ne le voyait qu'aux jours de grande fête. Mais il y avait alors une telle presse qu'on en pouvait difficilement approcher , et la chapelle ne désemplissait pas de la journée. Les peintres jeunes et vieux et les amateurs d'art y affluaient, comme par un jour d'été les abeilles et les mouches volent par essaims autour des corbeilles de figues ou de raisins.
Dans la même chapelle, dite d'Adam et Eve, dans l'église Saint- Jean, et en face de l'œuvre, on voyait, contre le mur, une ode composée par Lucas de Heere, peintre gantois ~.
Je la donne ici légèrement modifiée et disposée en alexandrins.
Eloge de l'œuvre que l'on voit dans la chapelle Saint-Jean, Peinture faite par le maître qu'on nomme Jean, Qui naquit à Maeseyck, à bon droit V Apelle flamand. Lise:[ avec attention, saisisse:^ bien, puis contemple:^ l'œuvre.