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pinceau et se montrait si difficile pour ses épreuves que Jamais il n'en est sorti une seule de ses mains qui eût le moindre défaut ou la moindre tache.
Aussi, même de son temps, ses planches avaient une assez grande valeur; ses meilleures œuvres, telles, par exemple, que la Grande Madeleine \ la plus belle de toutes, le Cnicißx"^ VEcce Honio"^ ^ V Adoration des Mages'' et d'autres grandes planches, valaient un florin d'or ou vingt-huit sous la feuille. J'ai appris que sa fille assurait qu'il avait livré aux flammes de grands tas d'épreuves mal venues au tirage.
Il n'est jamais sorti de son pays pour apprendre son art, bien que Vasari assure le contraire, se figurant que tout peintre célèbre des Pays-Bas a dû puiser l'art en Italie et se former sous les Italiens. Cet auteur se trompe du reste en plusieurs choses sur lesquelles il a été mal renseigné.
Lucas prit femme et épousa une fille de la noble maison de Boschuysen^; il perdit alors, à son grand regret, beaucoup de temps à festoyer et à faire bonne chère, selon la coutume des riches et des grands.
On a prétendu qu'Albert Dürer et lui se défièrent et cherchèrent à se surpasser; que Lucas grava certains sujets déjà traités par Albert et qu'ils suivaient les œuvres l'un de l'autre avec grand intérêt, si bien qu'Albert est finalement venu dans les Pays-Bas et, se trouvant à Leyde chez Lucas, ils se sont fait réciproquement leurs portraits sur un petit panneau et se sont cordialement divertis ensemble ^.
Lucas était de petite taille et de chétive complexion. 11 existe de lui un portrait, gravé par lui-même, où il s'est représenté un peu plus
I. Marie-Madclcine se livrant aux plaisirs du monde, «le bal de la Madeleine ». B., 132. 3. Le Calvaire. B., 74.
5. Elisabeth, tille de Jacob de Boschuysen et d'Adèle Heerman. (Voy. Taurel, l'Art chrétien, tome II, page 22.)
G. Albert Dürer n'est pas allé à Leyde; sa rencontre avec Lucas eut lieu, comme on sait, à Anvers, en i52i. Nous avons dit que le portrait, dessine', de Lucas de Leyde, par Albert Durer, est au musée de Lille.
qu"à mi-corps, jeune et imberbe, coiffé d'une grande toque à plumes et portant dans sa robe ou son sein une tête de mort'.
Les tableaux qui restent de sa main ou que Ton rencontre encore de lui sont en petit nombre, mais extraordinairement remarquables; ils ont un charme particulier, résultant d'un je ne sais quoi qui séduit.
De toutes ses œuvres la plus excellente est un cabinet à deux vantaux qui se trouve aujourd'hui dans la possession de Goltzius, l'éminent artiste de Harlem, lequel l'obtint à Leyde, en 1602, pour un grand prix et à sa joie extrême, ses vastes connaissances artistiques lui inspirant pour les œuvres de Lucas une vive admiration. Le sujet représenté est V Aveugle de Jéricho \ Bartimée, fils de Timée, rendu à la vue, comme Tévangéliste saint Marc l'écrit au chapitre X, et saint Luc au chapitre XVIIL
L'œuvre est d'une grande fraîcheur de coloris, extrêmement bien composée et peinte. L'intérieur des portes ou volets complète la composition. On y voit un grand nombre de figures en diverses attitudes, témoignant un grand étonnement du fait prodigieux qui s'accomplit au centre : un aveugle rendu à la vue. Les carnations et les visages sont extrêmement variés, aimables et éclatants; chaque figure a un costume différent, et les personnages sont coiffés d'extraordinaires bonnets, de turbans et de chaperons. Le Christ se distingue par sa simplicité naturelle, sa douceur, sa modestie et sa compassion en rendant à l'aveugle le bienfait de la vue.
Chez l'aveugle, conduit par son jeune fils, on constate à merveille l'habitude d'avancer la main en tâtonnant.
Les fonds sont beaux et lumineux; dans le lointain on voit des arbres et des forêts si bien traités, que les pareils ne se rencontrent chez aucun autre peintre ; il semble que l'on ait sous les yeux la réalité même des champs, A l'arrière-plan, comme suite à l'épisode sacré, et très légèrement touché, le Christ cherchant des figues sur le
1. B., 174. 11 nous paraît douteux que ce personnage, souvent donné comme Lucas de Leyde, représente le maître, dont les traits nous sont connus par le dessin d'Albert Dürer, la gravure du recueil de Lampsonius, l'estampe de Stock et, au besoin, le portrait gravé par Lucas lui-même, en I 525. B., I 73.
2. Daté de i53i, actuellement au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, n° 41)8.
figuier stérile. Le paysage, enfin, se complète d'une manière excellente par l'adjonction de quelques jolies fabriques dans le lointain.
A la louange de cette oeuvre exceptionnelle, d'une si habile main, quelqu'un a tracé les vers suivants :