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I. Jean Gossaert, de Maubeuge, dit Mabuse

•2. A Anvers il fut inscrit parmi les francs-maîtres de la gilde de Saint-Luc sous la date de i522.

3. Il est remarquable que le voyage d'Albert Durer aux Pays-Bas ait exercé sur lui un effet analogue; on ne doit pas trop s'en étonner, car le journal de voyage du maître nous éclaire sur les excès de table auxquels il était entraîné sous prétexte d'hospitalité. Lucas de Leyde, de complexion infiniment plu.s délicate, supporta moins bien encore, selon nul doute, le régime flamand.

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pratique de leur noble métier donne de Jour en jour un attachement plus vif au travail.

Quand sa santé et ses forces eurent été sans cesse déclinant, que la science fut devenue impuissante à le soulager et qu'il sentit sa fin prochaine, il voulut contempler une dernière fois la voûte des cieux, l'œuvre du Seigneur, et, à cet effet, sa servante le porta dehors. Ce fut son dernier voyage. Il expira le surlendemain , âgé de trenteneuf ans, en i533.

La veille de sa mort fut une journée qui est restée dans le souvenir des vieillards sous le nom de « jour de la chaude procession de Leyde », car, dans cette procession, plusieurs personnes tombèrent et périrent des suites de la chaleur '.

La dernière planche qu'il a gravée est une petite Pallas^ et l'on dit qu'on la trouva terminée sur son lit de mort, comme pour indiquer qu'il avait chéri et exercé jusqu'au bout sa noble et intelligente profession ^.

Il laissait une fille unique^ qui, neuf jours avant la mort de son père, donna le jour à un fils.

Quand on revint du baptême, il demanda le nom de son petit-fils, et quelqu'un ayant observé qu'il resterait encore après lui un Lucas de Leyde, il ne le prit pas en bonne part, comme si l'on avait voulu dire qu'on désirait sa mort.

Ce fils de sa fille, Lucas Damessen, est mort à Utrecht en 1604, âgé de soixante et onze ans. C'était un assez bon peintre, comme l'est encore son frère Jean de Hoey, peintre du roi de France ''.

1. Nous n'avons rien trouvé sur cet e'vénement dans les chroniques locales.

2. B., i3g. La Pallas est repre'sentée assise, tenant l'e'gide de la main gauche et la lance de la main droite. La planche n'est pas signe'e.

3. Cette tille n'était point issue du mariage du peintre avec Elisabeth de Boshuysen. Elle se nommait Marie et avait épousé, en i532, le peintre Dammasz ou Damissen Claesz. (Taurel, loc. cit., page 3-2.) D'autre part, il résulte d'un procès auquel donna lieu le testament de Lucas Jansz. van Wassenaer, devant la Cour de Hollande, en 1Ô45, que Lucas de Leyde laissa une tille Marguerite, qui épousa un de Hoey, de qui elle eut quatre tils : Corneille, Lucas, Hugues et Jean dont il est question ci-après. Voy. Archief voor Nederlandsche Kunstgeschiedenis, publ. par Obreen, tome II (1879-18S0), page 144, communication de M. Leupe.

4. Jean de Hoey, nommé en France Doé, Dhoe, valet de chambre et peintre ordinaire du roi, né à Leyde en i545, selon De Jongh, et élève de Lucas Dammasz. Après avoir travaillé à Leyde, il partit

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Lampsonius a composé à la louange de Lucas de Leyde un poème latin conçu à peu près en ces termes, que je trouve insuffisamment élogieux.

Toi aussi Lucas, non l'égal de Dürer,

Mais proche de lui, soit que variant tes procédés

Tu fasses des tableaux ou qu'en gravure.

Tu les montres, ou confies ton cuivre

Au fragile papier, chose digne d'admiration.

Approche (si tel est ton désir,

Ou ton honneur) et permets-nous dans ces vers

D'associer ta gloire à celle de Leyde, ta patrie.

COMMENTAIRE

La biographie, par elle-même très détaillée, de Lucas de Leyde donnée par van Mander, et les notes qu'il nous a été possible d'y joindre, laissent peu de chose à ajouter touchant l'histoire de ce grand artiste. Le D"' Waagen voit en lui un des plus puissants propagateurs de la peinture de genre. « Ses têtes ont généralement, dit-il, un type vulgaire, des traits ignobles et laids, le nez long, les lèvres grosses, ses poses sont guindées et fausses : les draperies tombent sans grâce, etc. » Mais il est incontestable, el le savant critique le reconnaît, que Lucas rachète par l'expression ce qui lui manque en noblesse. On ne peut méconnaître d'ailleurs que, substantiellement, Lucas de Leyde ne soit inférieur à Albert Dürer sous plus d'un rapport, bien qu'il use du burin avec une perfection égale, sinon plus grande.

« Les tableaux authentiques de ce maître sont presque aussi rares que sont nombreuses les œuvres qu'on lui attribue et qui ne sont, pour la plupart, que des copies de

pour l'Italie et se fixa plus tard en France où il mourut en i6i5, âgé de soixante-dix ans. Selon Félibien, il eut en outre la garde des tableaux du roi Henri IV.

M. de Laborde, dans la Renaissance des arts à la cour de France, s'est également occupé de cet artiste; son fils Claude recueillit sa survivance en 1604, d'où il résulterait que Jean avait cessé de vivre à cette époque. Mais M. Jal, dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, a trouvé Jean Doé inscrit sur les états de iSgo à 1609, avec 35 livres de gages, puis, en 1609, porté à 100 livres, et son fils Claude obtient sa survivance la même année. On peut conclure de là que Jean de Hoey finit sa carrière en 1609. Une de ses filles, Françoise, fut la seconde femme de Martin Fréminet. Voir aussi sur de Hoey : Les travaux exécutés à Fontainebleau, par le comte de Laborde. {Revue universelle des arts, i856, tome IV, page 209.) On trouve, dans le Supplément à l'Isographie des hommes célèbres, par E. Charavay (Paris, 1880), les fac-similés des signatures de trois de Hoey. Celui des autographes attribué à Jacques de Hoey est du 20 mars 161 5. De Jean nous avons une signature de 1625 ; celle de Claude est de i652.

Jacques Doé était sans doute le frère de Jean. Il fut garde du Cabinet de peintures du Louvre, avec un traitement annuel de 400 livres, de 1G18 à 1623. En 1626 sa pension fut augmentée de 200 livres, et de 1(33 i à idjß il toucha en sus 3oo livres. (Voy. Jal, page 5oi.)

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ses gravures faites par d'autres artistes. » Cette observation de Waagen est pleinement justifiée.

Si l'on ouvre le catalogue où Gérard Hoet a réuni le titre de toutes les œuvres passées en vente en Hollande de 1684 à 1768, à peu d'exceptions près, les peintures attribuées à Lucas de Leyde reproduisent des estampes très connues du maître.

C'est encore le cas pour six des sept tableaux attribués à Lucas au musée d'Anvers (no* 202-210), pour le Triomphe de David de la Galerie Liechtenstein, à Vienne; pour les Evaiigé listes du musée de Pesth, et la Danse de la Madeleine, à Bruxelles.

En somme, la critique moderne ne trouve qu'un petit nombre d'œuvres à ajouter à celles déjà décrites par van Mander. Dans l'inventaire des tableaux délaissés par Rubens nous trouvons, sous le n° 177, la mention âC un Portrait d'Érasme, et sous le n» 178 Saint Paul premier ermite avec saint Antoine, tableau de Lucas de Leyde. La seconde de ces œuvres est probablement le n° io55 de la Galerie Liechtenstein, à Vienne.

Les plus récentes études consacrées au maître signalent une détrempe : V Empereur Auguste et la Sibylle, au musée de l'Académie des Beaux-Arts, à Vienne (?1; une Partie de cartes, chez lord Pembroke; une Partie d'échecs et un Saint Jérôme, au musée de Berlin '; le Christ en croix avec la Vierge, saint Jean et la Madeleine, peintures signées et datées de i5o5, à la Pinacothèque de Munich ; Moïse frappant le rocher, à la villa Borghèse, à Y(.om.e;V Adoration des Mages, à Buckingham Palace; le Crucifiement, chez M. Weber, à Hambourg^.

M. Woltmann a fait connaître une très importante peinture à la détrempe, existant au palais de Prague et authentiquée par la signature ; c'est une Tentation de saint Antoine'^.

Nous avons, pour notre part, à diriger l'attention des connaisseurs vers un splendide triptyque du Crucifiement, au musée de Turin '', attribué à Corneille Engelbrechtsen. La croix est entourée de nombreux personnages : la Vierge, la Madeleine et d'autres saintes femmes. A l'avant-plan, un groupe de deux enfants qui poursuivent un chien. On ne voit pas les larrons. Sur le volet de gauche, le Christ montré au peuple. La signature L se trouve sous une arcade, près d'un personnage appuyé aux barreaux d'une prison. Le volet de droite représente le Couronnement d'épines. — • Larg., i m. 55 cent. ; haut., i m. 25.

A l'Ambrosienne, à Milan, se trouvent un Christ couronné d'épines et insulté, miniature admirable et originale du maître, et un tableau de V Adoration des Mages, en figures à mi-corps, non moins remarquable.

Au musée d'Oldenbourg, un portrait de grandeur naturelle à mi-corps, du comte

1. Nous avons vu en liSyS une très belle Partie de caries chez M. Posonij, à Vienne.

2. Woltmann et Woermann, Geschichte der Malerei, tome II, page 53i. Leipzig, 1881.

3. Die Gemälde Sammlung in der kaiserlichen Burg :^u Prag. (Mittheilungen der K. K. Central Commission :jur Erforschung und Erhaltung der Kunst und historischen Denkmale, page 25. Vienne, 1877.)

4. Catalogue, n" 3o(). Ce tableau est probablement le même qui passa en vente à La Haye, en 1662. (Voy. .4rt"/n'(;y d'Obreen, tome V, page 298, n° 55)

Edgard le Grand d'Ost-Frise, peint, à ce que Ton croit, entre 022 et i5 25. Nous ne connaissons pas cette peinture que Ton dit des plus remarquables.

A Naples, une Prédication de saint Jean (dite de Lucas Cranach), salle V, n" 3j; Un Couronnement d'épines, figure à mi-corps, à la Tribune de Florence. La Galerie du prince Frédéric des Pays-Bas possède une Adoration des Mages, signée et datée de i525, mais M. Victor de Stuers doute de l'authenticité de cette œuvre.

Il existe encore un grand nombre de créations attribuées à Lucas de Leyde et très arbitrairement, il faut le reconnaître.

De toutes les œuvres exposées sous le nom du peintre, au musée d'Anvers, on ne peut accepter comme véritable que V Adoration des Mages ^ . Quant au charmant petit triptyque du même sujet, possédé par la même Galerie, on ne pourrait l'envisager comme un Lucas de Leyde qu'à la condition d'oublier les types et le style du maître-. Les autres compositions sont la reproduction pure et simple d'estampes. Il faut ranger dans la même catégorie la Cène et la Prise de Jésus-Christ gravées par M. TaureP et que l'auteur lui-même déclare si conformes aux estampes, qu'il lui a suffi de calquer ces dernières pour obtenir le trait absolu des tableaux, lorsqu'il y eut appliqué son tracé.

Il est absolument probable que toutes ces transformations d'estampes de Lucas de Leyde en tableaux sont d'une même main, car on retrouve partout une gamme de tons identique; le rose et le jaune dominent.

Les copistes se sont du reste attaqués aux œuvres du maître avec une faveur marquée. Ses estampes ont été copiées en gravure avec la plus rare perfection. Il faut parfois une étude des plus attentives pour distinguer ces planches fausses des véritables. Il en est notamment ainsi d'une suite des Apôtres.

Lucas de Leyde a-t-il peint le portrait de Charics-Quint r Cette question, soulevée par M. Alexandre Pinchart, à propos de sa publication de ï Inventaire des tableaux et des sculptures de l'empereur', nous paraît devoir être résolue affirmativement.

L'inventaire mentionne plus d'un portrait u faict par maistre Lucas », ou que l'on dit estre faict par ledist maistre », et dans le nombre de ces œuvres figurent les images de l'empereur et de l'impératrice.

Trois peintres du nom de Lucas ont flori aux Pays-Bas sous Charles-Quint, dit M. Pinchart : Lucas de Leyde, Lucas Horebout et Lucas de Heere. Le dernier doit être écarté, car il avait deux ans à peine à la mort de l'impératrice. Restent Lucas Horebout et Lucas de Leyde, entre lesquels M. Pinchart hésite à se prononcer. L'impératrice n'a pas quitté l'Espagne, il est vrai, mais son portrait a pu être exécuté d'après n'importe quel travail, dessin ou peinture, ainsi que cela s'est vu très souvent, puisque le Titien la peignit sans l'avoir vue, et, dans ce cas, il pourrait parfaitement

2. N"' 208-210. M. Scheibler [Repertorium fur Kiins'.wissenchaft, tome VI, page 198) attribue ['(xuvre à Henri de Blés.

''•<. L'Art chrétien, etc.

4. Revue universelle des arts, tome 111 (i8.tü), pages 236-2l'>().

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être question de Lucas Horebout, miniaturiste, ou de Lucas de Leyde, qui déjà avait peint, ou tout au moins gravé, le portrait de Maximilien en maître consommé.

On trouve au musée de Naples un Portrait de Charles-Quint Jeune (salle V, no 43, jeune prince portant la Toison d'or), un autre au musée de Carlsruhe (anonyme, n° i5y], œtatis suce 3i, et un Profil de Ferdinand, frère de l'empereur, au musée des Offices de Florence, n" 890. Le personnage y est indiqué comme âgé de vingt et un ans. [Efg. Ferdin. Princip. Infant. Hisp... an° Etat sue XXI.)

Mais nous pensons qu'il y a tout lieu d'envisager comme une œuvre de Lucas de Leyde le portrait de l'empereur, très Jeune et imberbe, vu à mi-corps et tenant une branche de romarin, qui fait partie de la Galerie des tableaux de Windsor. De même que dans le portrait de Philippe de Bourgogne, au musée d'Amsterdam, le personnage se détache sur un fond bleu turquoise ^.

Il a été fait mention plus haut du portrait que possède le musée de Brunswick, celui de Lucas de Leyde connu par la gravure d'Andréas Stock. On ignore la provenance de cette peinture dont l'authenticité est généralement admise -.

MM. Sidney Colvin ■*, Gh. Ephrussi"* se sont occupés, ainsi que nous"% du portrait de Lucas de Leyde exécuté par Albert Dürer. M. Sidney Golvin pense retrouver l'original dans le dessin appartenant à lord Warwick et gravé par Lucas lui-même. L'auteur accepte toutefois le dessin du musée de Lille, comme ayant remplacé l'autre portrait dont la ressemblance aurait été insuffisante aux yeux d'Albert Dürer.

Nous pensons qu'il y a méprise. Le portrait gravé par Lucas de Leyde n'est pas nécessairement celui du maître et, comme le fait observer M. Riegel, l'inscription : Effigies Lucœ Leidensis propria manu incidere, est d'une main postérieure. Si M. Golvin a gardé le souvenir du portrait de la GoUection Lampsonius, celui qui nous a permis d'identitier le personnage du musée de Lille, aucun doute ne nous paraît devoir subsister dans son esprit sur. l'impossibilité de confondre les deux personnages représentés.

Plusieurs oeuvres de Lucas de Leyde ont été traduites par le burin. Matham, Saenredam, et Nicolas de Bruyn y ont particulièrement réussi. Nous ne saurions dire si ces estampes reproduisent des peintures ou des dessins du maître.

1. Inventaire du roi Henri VIII. Voy. George Scharf, Remarks on some portraits from Windsor Castle, etc., dans VArchœologia, tome XXXIX, page 245. Londres, i863.

2. N" 117. Voy. Riegel, Beiträge ^ur Niederländischen Kuyist geschickte, tome II, pages 145-149, et Scheibler, Repertoriuni für Kunstwissenschaft, tome VI, page 191.

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