‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 85 sur 218 · JEAN LE HOLLANDAIS · texte numérisé non relu

JEAN LE HOLLANDAIS

Gravuie de Jean ^^'iel■ic.\.

i56 JEAN LE HOLLANDAIS (DEN HOLLÄNDER)

Lampsonius s'adresse à lui en ces termes :

Le Flamand, par ses paysages, toujours mérite l'éloge ;

L'Italien à souhait peint hommes et dieux.

Ce n'est point merveille et peut bien se comprendre.

Car l'Italien dans son cerveau porte l'intelligence.

Tandis que le Néerlandais, dit-on,

Dans sa main porte l'adresse; aussi ce Brabançon

Aima-t-il mieux être paysagiste que de mal rendre

Têtes humaines et divines ou l'image de l'homme.

Q UENTIN MESSYS

PEINTRE d'aNVERs'

J'ai parlé déjà de ces penchants contrariés, tantôt par la destinée elle-même, tantôt par la volonté des parents, sinon par la nécessité ou d'autres causes, de sorte qu'il se fait que des hommes qui semblaient créés pour notre art, s'en vont échouer dans quelque profession manuelle. Dès l'instant, toutefois, où il leur est donné de pouvoir suivre leur impulsion naturelle, d'embrasser, même tard, la carrière artistique, on les voit progresser d'une manière surprenante et moissonner des fruits excellents. La vie de Polydore'^ nous en avait fourni l'exemple, et nous en voyons une nouvelle preuve dans la carrière de Quentin Messys, peintre d'Anvers, que l'on a surnommé le Forgeron, parce qu'il exerça ce métier jusqu'à sa vingtième année, période que certaines personnes prolongent à tort de dix ans.

Il arriva que Quentin, à l'âge .de vingt ans, fît une longue et grave maladie par laquelle il se trouva dans l'impossibilité de gagner son pain, lui qui vivait avec sa pauvre vieille mère et pourvoyait à ses besoins. Il se désolait fort, lorsqu'on venait le voir, d'être là, étendu sur son lit, sans pouvoir reprendre le travail.

Et, lorsque, un peu plus tard, le mal eut perdu de son intensité, et que le malade commençait à pouvoir se lever un peu, il se sentait à ce point affaibli qu'il ne pouvait songer à reprendre le rude labeur de la forge.

On approchait des jours gras, et c'était à Anvers un antique usage

1. Aussi Massys et Matsys. En realité, la signature du triptyque de la Légende de sainte Anne, au muse'e de Bruxelles, porte la signature Metsys. D'autre part, la forme Matsys se rencontre dans des actes authentiques concernant le peintre et sa famille. Les auteurs du xvii* siècle écrivent Metsys, et cette forme a prévalu chez le peuple jusqu'aujourd'hui.

Page 1