‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 98 sur 218 · PEINTRE DE LEYDE · texte numérisé non relu

PEINTRE DE LEYDE

Bien que, en général, les facultés artistiques ne se transmettent pas comme un héritage de famille. Corneille Kunst, fils et élève de Corneille Engelbrechtsen, fut un digne continuateur de son illustre père'.

Il vit le jour à Leyde, en 1493, et devint un des principaux peintres de sa ville natale; mais, comme Leyde n'était pas dans une situation très florissante, par le fait du départ des étrangers qui précédemment Fenrichissaient, Corneille s'en allait parfois passer trois ou quatre ans à Bruges, en Flandre, ville prospère et dont le commerce attirait en foule les gens du dehors. L'art y était tenu en haute estime et bien payé, ce qui fournit à notre peintre l'occasion de gagner beaucoup d'argent et de produire de fort belles choses^.

A Leyde, il laissa également bon nombre de créations excellentes. On peut voir, chez M. Théodore de Sonneveldt, un très beau Portement de la croix, avec les deux larrons menés au supplice, le tout représenté d'une manière dramatique, surtout la douleur de la Vierge à l'aspect du traitement cruel infligé à son divin fils, page digne d'être tenue pour la plus remarquable de ses eminentes productions ■^.

1. Corneille Cornelisz, qu'il ne faut pas confondre avec son liomonyme Corneille Corneliszen, de Harlem (i5')2-iG38), était le second fils de Corneille Engelbrechtsen. Il a été question de son aîné; Pierre Cornelisz, dans la notice consacrée à Engelbrechtsen le père. Corneille est porté, en iSiQ, sur les registres matricules de la garde urbaine de Delft. (Taurel, loc. cit., tome I"', page 190.)

2. Aucune œuvre de Cornelisz n'est mentionnée dans les inventaires brugeois.

3. M. Kramm {Levons en Werkeyi der HoUandsche en Vlaamsche Kiinstschilders, Amsterdam, i85q, page 921), croit avoir retrouvé ce tableau dans le catalogue du Cabinet D. van Dyl (Amsterdam, i8i3), sous le n° 92 : « le Portement de la Croix et le Critcißemcnt , avec nombreuses figures ». Nous signalons, pour notre part, l'admirable triptyque envoyé à Bruxelles, en 1882, par M. le comte Florent d'Oultremont, à l'Exposition organisée au profit de la Société néerlandaise de Bienfaisance, n° 281 du catalogue. C'est un ensemble de la Passion, mesurant i m. 37 cent, sur 97 cent. Au revers du volet de droite, est représenté à genoux un homme blond, vêtu d'une robe noire garnie de fourrures. Derrière lui, sainte Catherine, ayant à ses pieds le roi tenant le sceptre; un second personnage, décoré

CORNEILLE CORNELISZ KUNST 1:7

11 y a aussi, chez le même amateur, une Descente de croix, dïm coloris chaud, comme Texigeait la tenture.

Dans la demeure de la fille du peintre, Agathe Gornelis, actuellement âgée de soixante et onze ans, on voit le portrait de Kunst et celui de sa seconde femme, représentés assis dans leur jardin, hors de la Porte aux Vaches; au fond, se déroule une partie de la ville, avec la Porte aux Vaches, le tout peint d"après nature et d'un bon coloris.

Kunst avait exécuté aussi nombre de belles peintures pour un couvent des environs de Leyde^ à Leyderdorp ; elles ont été détruites ou cachées à Tépoque des troubles.

Il reste de lui beaucoup d'autres œuvres, grandes et petites, à Thuile et à la détrempe, chez des habitants de Leyde, notamment chez Jacques Vermy, un des notables.

Corneille Cornelisz Kunst est mort en Tan 1544, âgé de cinquante et un ans '.

de la Toison d'Or et tenant sur le point; un faucon. Le reste du volet se compose de personnages montant au Calvaire. Au cou d'un des larrons est suspendue une caisse avec les clous. Le volet de gauche représente le Christ succombant sous la Croix et Sainte Véronique. Il y a en tout dix personnages, dont deux cavaliers. Au fond, la Vierge s'e'vanouit, soutenue par saint Jean et deux saintes femmes. Aux bras de la Croix, sont appendues des armoiries d'or au lion de gueules chargé d'un lambel de sable avec un petit écu d'argent portant une roue dentée (Hogendorp ?). Près du lion, dans l'ecu, les lettres Ç^. H« Sur le volet de gauche, la hallebarde tenue par un soldat porte le monogramme C.

On remarquera que ce monogramme n'est pas sans analogie avec celui du maître Claude Corneille. (Bartsch, tome IX, page 44; Passavant, .tome VI, page 2(33; Robert-Dumesnil, tome VI, page 7.) Il avait été donné par Christ à Corneille Cornelisz.

Les estampes de ce maître, fort remarquables d'ailleurs, sont datées de iSqô à 1347. '^L Natalis Rondot a rencontré, dans une pièce comptable, la mention d'un Corneille, fils de Corneille, travaillant en France, et qui était d'origine néerlandaise.

« On l'appelle souvent Claude Corneille, dit M. Rondot; nous n'avons trouvé le nom de Claude sur aucune pièce originale, et nous ne croyons pas que notre peintre ait porté ce prénom. » {Les Artistes et les Maîtres de métier étrangers ayant travaillé à Lyon : Galette des Beaux-Arts, tome XXVIII, page 162, note 2, i883.)

1. Ce renseignement ne concorde pas avec l'indication fournie par M. C. E. Taurel, qui assure que Corneille Cornelisz mourut en i533, âgé de soixante-cinq ans. Il s'était marié vers l'âge de vingttrois ans. Après la mort du peintre, sa femme, qui se nommait Feye, alla s'établir à Delft. (Taurel, page iQO.) Van Mander est trop aflfirmatif en ce qui concerne la date de la mort de Corneille Cornelisz (Kunst est un surnom et veut dire arti, pour qu'il faille douter de sa précision. Le Corneille, fixé à Lyon, y résida de i544 à 1574, d'après M. Rondot, et fut successivement peintre des rois Henri II, François II et Charles IX. Henri II lui donna des lettres de naturalisation où il le qualifie de « Corneille de La Haye, natif de La Haye en Hollande ». (Voyez Rondot, ut supra.)

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